30.07.2020 à 22:08

Bélarus

Rassemblement record de l’opposition malgré les pressions des autorités

En soutien à la candidate de l’opposition à l’élection présidentielle Svetlana Tikhanovskaïa, des dizaines de milliers de personnes se sont retrouvées jeudi dans un parc de la capitale Minsk.

S’adressant à ses partisans, Svetlana Tikhanovskaïa a accusé les autorités de «briser» la vie de son mari et des «autres prisonniers politiques» bélarusses. (Photo Sergei GAPON / AFP)

S’adressant à ses partisans, Svetlana Tikhanovskaïa a accusé les autorités de «briser» la vie de son mari et des «autres prisonniers politiques» bélarusses. (Photo Sergei GAPON / AFP)

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Des dizaines de milliers de partisans de la principale candidate de l’opposition à l’élection présidentielle bélarusse ont participé jeudi à un grand rassemblement, malgré les pressions des autorités qui accusent des opposants emprisonnés d’avoir voulu organiser des «émeutes» avec l’aide de paramilitaires russes.

Au moins 63’000 personnes selon l’organisation de défense des droits humains Vasnia se sont retrouvées dans un parc de la capitale Minsk en soutien à cette candidate inattendue, Svetlana Tikhanovskaïa, pour le plus grand rassemblement d’opposants depuis au moins une décennie au Bélarus.

Au moins 63’000 personnes selon l’organisation de défense des droits humains Vasnia se sont retrouvées à Minsk en soutien à Svetlana Tikhanovskaïa, (Photo Sergei GAPON / AFP)

Au moins 63’000 personnes selon l’organisation de défense des droits humains Vasnia se sont retrouvées à Minsk en soutien à Svetlana Tikhanovskaïa, (Photo Sergei GAPON / AFP)

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Plus tôt dans la journée, les autorités avaient accusé deux chefs de file de l’opposition incarcérés, Sergueï Tikhanovski, le mari de Svetlana Tikhanovskaïa, et Mikola Statkevitch, d’avoir cherché à organiser des «émeutes de masse» avant le scrutin du 9 août avec l’aide d’une société militaire privée considérée comme proche du Kremlin, Wagner.

Cette accusation est un nouveau rebondissement dans une campagne électorale mouvementée, marquée par une violente répression ayant visé manifestants et opposants. Malgré cela, l’élection s’annonce épineuse pour le président Alexandre Loukachenko, au pouvoir depuis 2014 et qui fait face à une mobilisation inhabituellement forte de l’opposition.

Mercredi, les forces de l’ordre avaient arrêté 33 Russes présentés comme des «combattants» de Wagner cherchant à «déstabiliser» le Bélarus. Ces allégations ont provoqué des échanges acerbes avec Moscou.

Alliés historiques, la Russie et le Bélarus entretiennent des relations tendues depuis fin 2019, Alexandre Loukachenko ayant accusé la Russie de vouloir réduire son pays à l’état de vassal et de s’ingérer dans le scrutin du 9 août, ce que Moscou dément.

S’adressant à ses partisans, Svetlana Tikhanovskaïa a quant à elle accusé les autorités de «briser» la vie de son mari et des «autres prisonniers politiques» bélarusses, ajoutant que l’arrestation des paramilitaires russes était «effrayante». «Personne ne croira que ces combattants nous ont été envoyés pour les élections. Qu’ils voulaient faire une révolution ici. Quelle révolution ? Nous voulons la liberté», a-t-elle ajouté.

Un groupe de 200 hommes

Selon Andreï Ravkov, le secrétaire d’Etat du Conseil de sécurité bélarusse, les 33 hommes arrêtés mercredi appartiennent à un groupe de 200 personnes : «On cherche les autres, ils sont comme une aiguille dans une botte de foin».

La Russie a démenti toute entreprise de déstabilisation. «Il est évident que ça ne peut être le cas, la Russie et le Bélarus sont des alliés, les partenaires les plus proches», a réagi Dmitri Peskov, le porte-parole du Kremlin.

Dans un communiqué, la diplomatie russe a affirmé que ces hommes travaillaient pour une entreprise bélarusse et étaient en transit pour Istanbul. «Toute tentative de présenter ce qui s’est passé comme une ingérence extérieure dans les affaires de la république (bélarusse) est pour le moins ahurissante», peut-on y lire.

Wagner est régulièrement accusé de déployer des mercenaires à l’étranger – Ukraine, Syrie, Libye, République centrafricaine -, des interventions auxquelles la Russie ne veut pas être officiellement associée.

Les autorités bélarusses affirment que les suspects devaient déstabiliser le pays à l’occasion de la présidentielle, Alexandre Loukachenko, 65 ans, considérant que la Russie, son principal allié depuis 26 ans, soutient désormais ses adversaires.

Phénomène politique

Après avoir remplacé au pied levé son mari dans la course à la présidence, Svetalana Tikhanovskaïa est devenue contre toute attente un phénomène politique, dont les rassemblements attirent des foules jamais vues naguère au Bélarus.

Elle s’est associée à Maria Kolesnikova, l’ex-directrice de campagne d’un autre opposant incarcéré, et à Veronika Tsepkalo, l’épouse d’un troisième détracteur du régime désormais en exil sur le territoire russe.

Cette dernière a annoncé jeudi l’interpellation de sa sœur et sa convocation par la police dans une enquête visant son mari, «des pressions politiques», selon elle.

Depuis son arrivée au pouvoir en 1994, jamais le président Loukachenko n’a semblé aussi contesté que pendant cette campagne électorale, galvanisée par l’arrivée de nouveaux visages.

S'il a par le passé accusé à de nombreuses reprises l’Occident de vouloir l’écarter, c’est la première fois qu’il s’en prend ainsi à la Russie et certains jugent que l’affaire est une mise en scène orchestrée par le pouvoir bélarusse.

Alexandre Loukachenko et Vladimir Poutine se sont vus à plusieurs reprises ces derniers mois, dont deux fois en juin, pour tenter sans succès d’aplanir leurs différends.

(AFP/NXP)

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