Zurich: Razzia policière contre des logeurs abuseurs
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ZurichRazzia policière contre des logeurs abuseurs

Les polices cantonale et municipale zurichoises ont lancé mardi une action massive. Elles ont investi trois immeubles dans un état pitoyable. Quatre personnes ont été interpellées.

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ann/som/dmz
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La police a effectué une razzia, mardi matin 20 octobre 2015, à Zurich, dans trois immeubles locatifs.

La police a effectué une razzia, mardi matin 20 octobre 2015, à Zurich, dans trois immeubles locatifs.

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Quatre personnes ont été arrêtées. Elles sont accusées d'avoir loué des appartements dans un état désolant à des prix exorbitants.

Quatre personnes ont été arrêtées. Elles sont accusées d'avoir loué des appartements dans un état désolant à des prix exorbitants.

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La police a également commencé à interroger les 120 locataires.

La police a également commencé à interroger les 120 locataires.

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«L'intervention a duré toute la matinée», a expliqué à «20 Minuten» Marco Cortesi, porte-parole de la police de la ville de Zurich. En collaboration avec les forces de l'ordre cantonales, ses agents ont investi mardi matin trois immeubles du centre-ville datant de années 1970.

But: constater l'état des appartements loués pour la plupart à des bénéficiaires de l'aide sociale, à des «prix exorbitants». Selon les intervenants, plusieurs appartements présentent des défauts d'électricité, d'eau ou sont mal chauffés. Dans un des locatifs, les toilettes sont communes et ne fonctionnent que partiellement (voir diaporama). Les couloirs sentent l'urine et les cafards ont élu domicile partout dans les immeubles.

Délabrement

Pas moins de 120 personnes vivent dans ces immeubles. Pour un studio de 10 à 20 mètres carrés, le loyer monte à plus de 1000 francs par mois. Certains reçoivent à peine la lumière du jour. Et malgré les rappels à l'ordre de la police du feu et du bureau de la protection de l'environnement et de la santé, seules quelques réparations mineures ont été effectuées par les propriétaires.

Ljubisa Grulovic , qui vit depuis quatre ans dans un une pièce et demi, a raconté: «Dans mon appartement, ça sent la pisse dans les couloirs. Les conditions de vie sont terribles et le propriétaire n'a rien fait pour changer cela. Je serais ravi de pouvoir vivre ailleurs.» Pour le logement qu'il occupe, qui coûte 1100 francs par mois, les services sociaux lui versent 800 francs.

La cuisine est totalement délabrée et les toilettes et le lavabo sont cassés. La douche est pleine de restes de nourriture et le plâtre du plafond se détache. «J'ai dû colmater les trous, pour éviter un envahissement de cafards», a poursuivi le quadragénaire.

Quatre interpellations

La police a passé d'appartement en appartement, afin de relever toutes les anomalies. Problème, elle ne disposait que d'un mandat lui permettant d'entrer dans les immeubles, mais pas dans les biens loués. Tous les locataires ne les ont pas laissé entrer.

Quatre personnes, trois hommes et une femme âgés de 39 à 56 ans et originaires de Suisse et du Liban, ont été interpellées. Il s'agit du propriétaire des immeubles et de trois employés qui s'occupent de leur administration. Une enquête pénale a été ouverte pour usure.

Pas un cas isolé

Selon Michael Rüegg, porte-parole des services sociaux de la ville de Zurich, ces trois immeubles ne sont toutefois pas les seuls à poser problème: «Nous en connaissons une douzaine dans un état discutable où logent nos bénéficiaires. Nous avons commencé à entreprendre quelque chose», promet-il.

«Lorsque des bénéficiaires nous signalent des problèmes de moisissures, de saleté, de parasites ou de défauts de construction, nous demandons au propriétaire de faire ce qu'il faut, poursuit Michael Rüegg. Et si rien ne se passe, nous les encourageons à saisir le Tribunal des baux.»

Mais beaucoup renoncent: «Ils ont souvent peur de perdre leur logement et de ne rien retrouver. Pour le moment, nous avons connaissances de deux plaintes», conclut le fonctionnaire.

Cette vidéo en allemand montre à quel point certains appartement sont délabrés:

De la côte dorée aux bas fonds de Zurich

Selon nos collègues alémaniques, le propriétaires des immeubles est un certain Peter S. Ce quinquagénaire s'est spécialisé dans les investissements immobiliers. L'an dernier, le «Beobachter» a déjà fait écho des problèmes de ces trois immeubles, rachetés ces dernières années par cet habitant de Küsnacht, village de la Goldküste, la côte dorée des bords du lac de Zurich.

Le magazine décrit le quartier comme sujet au trafic de drogue, dont les immeubles ont les fenêtres mal isolées, où les conditions d'hygiène sont déplorables et les loyers abusifs.

Ce à quoi Peter S. a répondu: «Je suis plutôt une victime, car je dois supporter les coûts pour remettre en ordre ces immeubles.» Dans une interview au «TagesAnzeiger», il a en outre réfuté laisser ces locatifs partir en déliquescence: «Dès qu'un locataire se plaint, je réagis immédiatement», a-t-il promis. Il a aussi déclaré ne plus vouloir accueillir de bénéficiaires de l'aide sociale, car «ce ne sont pas des locataires attractifs.»

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