Réclusion à perpétuité requise contre Yvan Colonna
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Réclusion à perpétuité requise contre Yvan Colonna

La réclusion criminelle à perpétuité, assortie d'une peine de sûreté de 22 ans, a été requise mercredi contre Yvan Colonna pour avoir assassiné le préfet de Corse, Claude Erignac, en 1998, un crime qu'il a toujours nié.

Une position poussant sa défense à le comparer au «Dreyfus corse».

«A l'issue d'un mois de débats, la seule hypothèse qui me paraît raisonnable est celle de la culpabilité d'Yvan Colonna», a souligné d'entrée mercredi matin l'avocat général Yves Jannier, s'appuyant essentiellement sur le dossier et non pas sur l'audience.

Pour le magistrat, le berger qui clame son innocence est «bien celui qui a appuyé, ce soir-là, trois fois sur la détente pour tirer trois balles dans la tête d'un homme parce qu'il avait été condamné à mort et parce qu'il était le symbole d'un Etat de liberté».

Il a démontré, plans à l'appui, que les témoignages oculaires de personnes disant n'avoir vu que deux hommes près du préfet n'étaient pas incompatibles avec la thèse de l'accusation qui place trois hommes sur le scène du crime: Yvan Colonna, comme tireur, Alain Ferrandi et Pierre Alessandri.

«Deux plus deux peut faire trois», a souligné Yves Jannier en notant que les deux principaux témoins n'avaient pas vu les mêmes personnes. Une hypothèse confortée, selon lui, par le transport sur les lieux effectué dimanche dernier par la cour. Les meurtriers «patrouillent, bougent, ils cherchent», a souligné le magistrat. «Par discrétion, ils ne peuvent pas rester plantés comme des piquets».

Yves Jannier a aussi tenté de démonter la vision de la défense selon laquelle le nom d'Yvan Colonna avait été soufflé aux autres membres du commando lors de leurs gardes à vue. «Il faut revenir au problème de base: les policiers ne savaient rien de qui avait fait quoi ce soir-là», au moment des interpellations en mai 1999, a-t-il déclaré. «Tout ce qu'ils savaient, c'est que deux téléphones portables avaient communiqué» à proximité du lieu des faits, au moment des faits.

Si les gardés à vue «ne parlent pas, on n'élucide pas» les faits et notamment l'attaque de la gendarmerie de Pietrosella en septembre 1997 au cours de laquelle l'arme ayant servi à tuer le préfet a été dérobée. «On n'a pas d'éléments matériels», rappelle M. Jannier.

Et de marteler la certitude de l'accusation: le groupe des anonymes, «c'est sept individus. Six d'entre eux se sont mis à table pour impliquer le septième». Et pour quel résultat, s'est désolé le magistrat. «Pour rien. Eux-mêmes s'en sont convaincus. Claude Erignac est mort pour rien, abattu comme un chien au coin d'une rue sombre».

L'avocat général, comme avant lui son collègue Christophe Tessier, a aussi souligné que la fuite d'Yvan Colonna devait être retenue à charge contre le berger. «Yvan Colonna n'a jamais été dans la disposition d'esprit de se rendre», a-t-il insisté.

«Pourquoi un innocent assumerait un acte politique?», s'est interrogé pour sa part Me Pascal Garbarini, le premier défenseur du berger à prendre la parole. Et de dénoncer le «schéma» qui se «reproduit à l'infini en Corse: discussion, rupture de discussion, répression».

«Ça ne nous fait pas plaisir de venir critiquer une enquête. Ca devait être une enquête parfaite, la cause sacrée», a rappelé l'avocat. Et d'énumérer «les plâtrages pour faire tenir» l'enquête parallèle du préfet Bernard Bonnet, la piste agricole...

«La discussion a fait apparaître des doutes, des possibilités, mais elle n'a pas apporté la preuve que la conscience de juges comme vous exige absolument pour condamner un homme», a-t-il conclu en citant l'avocat du capitaine Dreyfus. «Ne faites pas d'Yvan Colonna un Dreyfus corse, acquittez Yvan Colonna».

Me Philippe Dehapiot s'est attelé pour sa part à démonter les paradoxes de l'enquête, notamment le lancement quasi immédiat d'un mandat d'arrêt contre Yvan Colonna après l'arrestation du commando l'ayant mis en cause. «Il y a eu une volonté de camper définitivement sur une position», a-t-il dénoncé.

Les deux autres avocats de la défense doivent plaider jeudi. Le verdict est attendu jeudi soir ou vendredi.

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