Reconstruction de l’hymen: une gynécologue pour l’interdiction

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ChirurgieReconstruction de l’hymen: une gynécologue plaide pour l’interdiction

La demande pour l’intervention chirurgicale est en augmentation en Suisse. Les avis des médecins divergent sur la position à adopter.

Le corps médical n’est pas unanime sur la question de l’intervention chirurgicale de «reconstruction».

Le corps médical n’est pas unanime sur la question de l’intervention chirurgicale de «reconstruction».

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Un grand nombre de cliniques en Suisse propose de «reconstruire la virginité» de femmes. Les opérations de reconstruction de l’hymen sont rares, mais la demande tend à augmenter. En décembre, dans le magazine en ligne «cath.ch», la gynécologue genevoise Michal Yaron, notamment médecin responsable des consultations ambulatoires de gynécologie aux HUG, plaide pour l’interdiction de la pratique.

«Les reconstructions hyménales sont absurdes, contraires à l’éthique et inutiles sur le plan médical. De plus, elles comportent un risque inutile pour la santé», dit-elle. Pour elle, la virginité est une construction sociale, «un état spirituel qui ne peut pas être restauré par une intervention», et la médecine ne devrait pas se soumettre aux pressions sociales (lire encadré). «Nous devons briser cette dynamique. On ne peut pas déterminer la valeur d’une femme à partir de cette petite peau», ajoute-t-elle.

Un cadre sûr avant le changement des mentalités

Le corps médical est divisé. Certains médecins pratiquent l’intervention de façon régulière, d’autres la font mais prennent plus de pincettes avant de donner leur accord. «Derrière les demandes que nous recevons se cachent généralement des histoires tragiques, dit Christian Köhler, directeur d’une clinique, qui a pratiqué l’opération une dizaine de fois l’an dernier. Une interdiction mettrait des bâtons dans les roues des femmes qui souffrent déjà de la pression sociale et de stigmatisation.»

Pour la gynécologue Anna Margareta Wagner, l’interdiction pousserait les femmes à aller voir ailleurs. Mieux vaut leur donner un cadre sûr, en Suisse, «jusqu’à ce que l’attitude envers cette pratique change fondamentalement», dit-elle.

Des communautés religieuses

L’opération vise à reconstruire l’hymen, la membrane qui sépare le vagin de la vulve et qui se rompt en général lors du premier rapport sexuel. Les femmes qui subissent l’opération de reconstruction sont souvent issues de communautés religieuses, musulmanes ou évangéliques, mais pas seulement. Il s’agit souvent de pressions venues de l’idée selon laquelle une femme doit être vierge au moment de son mariage. Des femmes sont poussées, soit par pression directe, soit en internalisant les croyances, à «reconstruire la virginité» si elle a été perdue avant le mariage.

Briser les mythes

Meriam Mastour, consultante sur les questions d’égalité et de discriminations, est également opposée à l’interdiction. «Tant que le mythe de la virginité n’est pas levé dans les communautés culturelles et religieuses, une telle interdiction pourrait mettre en réel danger les femmes qui se trouvent dans une situation de détresse», dit-elle. Michal Yaron rappelle pour sa part qu’il est faux de définir la virginité d’une femme par l’hymen. Celui-ci n’est parfois déjà plus intact lors du premier rapport et ne se rompt pas forcément non plus lors de celui-ci. L’OMS plaide de son côté pour l’interdiction des tests de virginité, auxquels sont encore souvent soumises de nombreuses femmes dans certains pays.

(Gabriela Graber, Michelle Ineichen, ywe)

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