Vaud: Red Bull donne des ailes et en oublie un peu la nature
Actualisé

VaudRed Bull donne des ailes et en oublie un peu la nature

Le tournage d'un clip mettant en scène des vols en wingsuit semble avoir violé une zone protégée. L'État pourrait dénoncer les protagonistes.

par
Francesco Brienza

Les images sont à couper le souffle: Red Bull a publié ce mardi un clip dans lequel on voit des adeptes de vol en combinaison ailée (ou wingsuit) planer au-dessus des Alpes vaudoises. Frissons garantis. Sauf que ce film est entaché d'un couac gênant: pour les besoins du tournage, en septembre dernier, les protagonistes ont mandaté un hélicoptère d'Air-Glaciers. Celui-ci faisait des va et vient pour transporter les troupes dans une réserve naturelle doublement classée, au pied du Grand Muveran. Le droit fédéral interdit pourtant les atterrissages d'aéronefs dans cette zone de protection des mammifères et des oiseaux, sauf exception motivée à l'avance qui les justifierait. Là, les interprétations divergent (lire ci-dessous).

Cette situation fait bondir l'organisation Pro Natura, qui est au bénéfice d'une servitude de protection de site pour le Vallon de Nant. Elle n'a jamais été consultée en vue de l'opération, et elle est bien décidée à demander des comptes. «La nature n'est pas une zone récréative géante ou tout et n'importe quoi est acceptable», s'emporte Nicolas Wüthrich, son responsable de l'information. Les vélos et les chiens sans laisse y sont d'ailleurs interdits. «Le dérangement sur la faune n'est pas négligeable, reprend-il. Nous sommes étonnés qu'une entreprise aussi importante que ni Red Bull, ni la société d'hélicoptère n'ait eu de sensibilité vis-à-vis du site. Nous sommes ici dans une démarche totalement commerciale. La vidéo passe un très mauvais message.»

Selon nos informations, Red Bull et Air-Glaciers ont planifié et préparé ce tournage conjointement. Contactée jeudi, le géant de la boisson n'a pas répondu à nos questions sur les détails du projet. Pas plus que leur partenaire touristique Villars-Gryon-Les Diablerets. Côté autorités, les premiers éléments semblent montrer qu'aucune demande d'autorisation n'a été déposée. «Mais des vérifications sont actuellement en cours au sein des différents services de l'État de Vaud», précise Denis Rychner, de la Direction générale de l'environnement. Si cette piste devait se confirmer, les différents protagonistes du clip s'exposeraient à une dénonciation du Canton.

Air-Glaciers conteste avoir fait faux

Comme souvent, la loi peut être interprétée de plusieurs façons. Dans ce cas précis, la compagnie valaisanne estime être dans son bon droit. Vendredi, elle a indiqué que dans le cadre de ce tournage, ses vols étaient des vols de travail au sens de la loi, et que donc ils étaient autorisés puisqu'ils ont eu lieu en septembre, et que l'interdiction ne court que du 1er novembre au 31 juillet. «A nos yeux, il n'y avait donc aucune autorisation à demander», précise Patrick Fauchère, chef des pilotes. Dans la même ordonnance, on peut toutefois lire que les vols commerciaux ne sont autorisés que «si le travail envisagé présente un intérêt supérieur à la protection des zones». Ce qui pousse le Valaisan à se montrer philosophe: «Il serait peut-être bon qu'un juge statue sur la question et que cela fasse jurisprudence. Si nous avons fait une erreur, nous l'assumerons. Mais j'espère que les autorités se montreront raisonnables.»

Ton opinion