Suisse: Référendum lancé contre les milliards du Gripen
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SuisseRéférendum lancé contre les milliards du Gripen

Neuf milliards de francs: la gauche va combattre l'avion de combat Gripen avec ce chiffre. Le comité composé du PS, des Verts, du PCS et du GSsA compte déposer son référendum avant Noël.

L'organisation anti-militariste récoltera les signatures, puis laissera les partis diriger la campagne. Un comité bourgeois s'attaque aussi à l'avion de combat.

L'acquisition des 22 jets du constructeur suédois Saab est budgétée à 3,126 milliards de francs. Les partisans du Gripen ont toujours fait valoir un bon rapport qualité-prix.

Or si l'on considère les frais de développement et d'entretien, la facture totale atteindra 9 à 10 milliards, sans compter les risques de change liés à l'inflation suédoise, a affirmé devant les médias à Berne Adèle Thorens, co-présidente des Verts en lançant officiellement la récolte des signatures. Pour articuler ce montant, elle s'appuie sur des estimations de spécialistes de RUAG, selon lesquels un avion de combat revient en fin de compte à trois fois son prix d'achat.

Interrogé par l'ats, le ministre de la défense Ueli Maurer juge cette estimation exagérée. Selon lui, les coûts de vie d'un avion s'élèvent au double du prix d'acquisition.

«Poudre aux yeux»

Le comité référendaire ne croit pas non plus que les «contrats compensatoires pour l'industrie suisse que Saab fait miroiter» suffiront à contrebalancer les 9 milliards. Ces contrats correspondaient il y a quelques mois à seulement 400 millions, selon Adèle Thorens. «Nous n'allons pas récupérer nos investissements, c'est de la poudre aux yeux».

L'argent dépensé pour les Gripen manquera pour la formation, les transports publics ou le social, a renchéri sa collègue socialiste Evi Allemann (BE). Tout le monde ne doit pas faire des économies pour que «quelques fans des forces aériennes voient leur rêve se réaliser». Et les opposants au jet suédois de rappeler que la somme de 9 milliards correspond à plus de 10% du budget total de la Confédération.

Avion en papier

Pour illustrer sa campagne, le comité a choisi un avion en papier glissé dans une urne. Contrairement aux précédents jets que la Suisse a achetés, le Gripen E n'existe pas encore dans sa version opérationnelle. «Nous ne voulons pas de cet avion-maquette», qui n'a pas effectué une seule heure de vol, a critiqué Marius Achermann, président du parti chrétien-social (PCS).

De plus, avec les 33 FA-18 actuels, l'espace aérien est suffisamment protégé. L'ex-conseiller national écologiste Josef Lang, membre du comité directeur du Groupe pour une Suisse sans armée (GsSA), a rappelé qu'en 2010, le gouvernement avait notamment avancé cet argument en annonçant le report de l'achat de nouveaux avions de combat, avant que le Parlement exige une acquisition rapide.

Les opposants au Gripen ne peuvent pas s'attaquer à l'achat lui-même. Leur référendum combat donc la loi instituant le fonds de financement de l'acquisition, qui sera alimenté via une ponction moyenne de 300 millions de francs chaque année pendant dix ans dans le budget de l'armée.

Le comité de gauche espère faire aboutir le référendum avant Noël, alors que le délai pour réunir les 50'000 signatures est fixé au 16 janvier. Le PS, les Verts et le GSsA entendent recueillir chacun un tiers des paraphes.

Bisbilles

L'organisation anti-militariste a sa place dans la récolte de signatures, puisqu'il s'agit d'une question de politique de paix, a estimé Evi Allemann, interrogée sur les divisions au sein du comité. Mais le GSsA ne tiendra pas le rôle principal dans la campagne, comme il l'a fait pour son initiative pour la suppression du service militaire obligatoire, qui vient d'être balayée par 73,2% des voix.

Il ne s'agit pas d'abolir l'armée, a souligné la socialiste, alors qu'un comité référendaire mené par les Vert'libéraux, mène sa propre récolte de signatures. Les deux comités récolteront les paraphes parallèlement et feront campagne séparément. De l'avis de la gauche et du GSsA, la présence d'opposants bourgeois augmente les chances de succès devant le peuple.

Il revient aux partis de diriger la campagne, puisqu'ils ont été impliqués dans les débats parlementaires, assure Josef Lang. Et d'afficher sa confiance dans le résultat des urnes pour ce premier référendum de l'histoire contre une loi touchant à l'armée.

Le peuple pourrait voter à la mi-mai 2014. Selon un sondage rendu public il y a un mois, 63% des personnes interrogées sont opposées à l'achat du Gripen, contre 31% d'avis favorables, alors que 6% n'ont pas d'opinion. (ats)

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