Actualisé 15.12.2019 à 14:34

SommetRéfugiés: leaders attendus à Genève mardi

Genève va accueillir mardi et mercredi «la plus grande et la plus importante» réunion jamais consacrée aux réfugiés.

Premier Forum mondial sur les réfugiés à Genève.

Premier Forum mondial sur les réfugiés à Genève.

Keystone/archive/photo d'illustration

La crise migratoire est finie, mais les déplacés plus nombreux que jamais: chefs d'Etat et ministres se rassembleront mardi et mercredi à Genève à l'occasion du premier Forum mondial sur les réfugiés, pour donner un nouvel «élan» au Pacte onusien adopté l'an dernier.

Un an jour pour jour après l'adoption à New York de ce texte destiné à apporter une réponse internationale aux mouvements massifs de réfugiés, dirigeants, société civile et entreprises sont invités en Suisse par le Haut-commissariat pour les réfugiés (HCR) de l'ONU à présenter des propositions concrètes lors de débats qui porteront principalement sur le «partage de la charge et des responsabilités».

La première édition de ce forum, appelé à se tenir tous les quatre ans, «intervient à l'issue d'une décennie plus qu'agitée en termes de niveaux de déplacements», explique à l'AFP Kelly Clements, Haut-commissaire adjointe au HCR, évoquant 71 millions de personnes déplacées en 2018, dont 26 millions de réfugiés, un record. «Que ce soit pour les Etats, les organisations internationales, le secteur privé, nous sentons le besoin d'une nouvelle approche pour mieux répondre» au défi migratoire.

Non contraignant, l'événement «ne se focalise pas seulement sur les réfugiés, mais aussi sur les pays qui les accueillent» et sera «l'occasion de mettre en actes» des propositions dans les domaines de l'emploi, l'éducation, l'énergie, ou encore l'environnement, qui feront l'objet de sessions distinctes, souligne Kelly Clements.

«Il s'agit de collecter les annonces, donner des pistes et créer un élan», résume Céline Schmitt, porte-parole du HCR en France.

L'interrogation turque

Par exemple, le groupe français EDF doit annoncer une aide pour permettre d'installer l'électricité sur un camp de réfugiés Rohingyas au Bangladesh, où près d'un million de membres de cette minorité musulmane persécutée sont installés.

Autre objectif du rassemblement, affirme Céline Schmitt, replacer les réfugiés au coeur des préoccupations alors que la crise migratoire qu'a connue l'Europe en 2015 est passée. «Il ne faut pas oublier ce qui se passe dans le monde», avertit-elle.

L'intervention de la Turquie, co-organisatrice du Forum avec l'Allemagne, le Costa Rica, l'Ethiopie, le Pakistan et la Suisse, sera très attendue.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan, dont le pays accueille le plus de réfugiés dans le monde, environ 3 millions, martèle que si la communauté internationale ne l'aide pas davantage il pourrait laisser les réfugiés gagner l'Europe.

La Turquie devrait évoquer «le soutien supplémentaire dont elle a besoin de notre part», convient Kelly Clements. «Je pense qu'il y a une grande inquiétude, en particulier pour les crises (comme celle en Syrie) qui durent depuis longtemps, que le monde n'oublie et qu'elles finissent par échapper à la vigilance internationale», poursuit-elle.

«Nous serons vigilants sur ce qu'il dira éventuellement sur la volonté de replacer des déplacés dans une zone de sécurité en Syrie. Et on espère ne pas entendre de menaces sur une possible ouverture des vannes vers l'Europe. Ce n'est pas le lieu», confie à l'AFP un diplomate européen.

«Prêt à aider»

Paris, pour sa part, devrait mettre en avant le programme de réinstallations mis en place avec le HCR, consistant à ramener en France des réfugiés déjà déplacés dans d'autres pays.

Selon le ministère de l'Intérieur, l'objectif de 10'000 réinstallations fixé par Emmanuel Macron d'ici fin 2019 devrait être «atteint»: début décembre, quelque 9500 personnes avaient déjà bénéficié du programme, qui sera reconduit à la même hauteur pour les deux prochaines années, «car le HCR a des besoins forts».

Ce dernier estime à 1,44 million le nombre de réfugiés en besoin de réinstallation, pour seulement «quelques dizaines de milliers» de place disponibles. Selon l'Union européenne, 65'000 réfugiés ont été réinstallés en Europe depuis 2015.

Le Pacte mondial sur les réfugiés, non contraignant lui aussi, comprend quatre objectifs principaux: alléger les pressions exercées sur les pays d'accueil, accroître l'autonomie des réfugiés, générer des solutions faisant appel à des pays tiers, favoriser le retour en sécurité des réfugiés dans leur pays d'origine.

Si le forum se veut une première déclinaison concrète du Pacte, l'ONU reconnaît que la route s'annonce longue. «Le manque de solutions politiques que l'on constate, la complexité des conflits (...), la perspective n'est pas lumineuse», affirme Kelly Clements.

La Haut-commissaire adjointe prévient donc que le HCR «doit rester prêt à aider de manière encore plus accrue les réfugiés et les pays hôtes». (nxp/afp)

(NewsXpress)

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!