«Beaucoup sont déçus» – Réfugiés renvoyés par leur famille d’accueil
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«Beaucoup sont déçus»Réfugiés renvoyés par leur famille d’accueil

En raison du bruit, des problèmes linguistiques ou de propreté, nombreux sont ceux, en Suisse, qui veulent se séparer des Ukrainiens qu’ils ont accueillis. 

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Thomas Obrecht/ofu
20min/Helena Müller

Après la solidarité vient la désillusion pour de nombreux bénévoles. Actuellement, 22’000 réfugiés ukrainiens se trouvent en Suisse et environ 1000 de plus arrivent quotidiennement. Une grande partie d'entre eux – plus de 5000 personnes – sont hébergés dans des logements privés, chez des collègues, des amis ou des bénévoles qui ont mis leur maison ou leur appartement à disposition.

Des hôtes ne veulent plus de réfugiés… et vice versa

Il semble désormais que la solidarité s’érode. «Chez nous, 1800 des 30’000 hôtes potentiels se sont désistés», explique ainsi Christian Messikommer, de l'association Campax.

Plusieurs cantons confirment que des Ukrainiens en quête de protection ont dû être relogés. Dans le canton de Lucerne, il s'agit jusqu'à présent de 60 personnes. D'autres cantons ne donnent pas de chiffres, mais si l'on extrapole à l'ensemble du pays, il devrait y avoir des centaines de personnes dans la même situation.

Silvia Bolliger, directrice du service lucernois de l'asile et des réfugiés, voit des problèmes des deux côtés. «Les annonces de familles d'accueil et de particuliers qui ne souhaitent plus héberger de fugitifs se multiplient», explique-t-elle. A l’inverse, elle souligne aussi le fait que plusieurs réfugiés se sont manifestés parce qu’ils souhaitent quitter leur logement privé et être attribués à hébergement cantonal. 

Difficultés de communication sous-estimées

Les tensions et les malentendus seraient à l'ordre du jour: «Les personnes en fuite ne sont pas seulement assises dans leur chambre et reconnaissantes pour le reste de leur vie», explique Christian Messikommer. Au contraire: «Elles sont souvent tristes et stressées en permanence, car elles sont dans l'incertitude, et beaucoup ont une vie sociale aussi active que leurs hôtes.»

Ce que la plupart des gens sous-estiment, c'est la communication et la compréhension mutuelle. «Même avec une tablette de traduction, on finit par être à bout», dit Christian Messikommer. «Quand tu dois expliquer à quelqu'un dans une langue étrangère comment tu veux retrouver tes toilettes après utilisation, ce n'est pas toujours facile.»

«Les personnes en fuite sont déçues si elles doivent s'installer sur le canapé»

Comme dans une colocation, les habitudes des gens diffèrent dans l'interaction sociale, l'hygiène ou le comportement alimentaire, poursuit Christian Messikommer. «Il est donc tout à fait normal que des conflits surviennent.»

L'historienne ukrainienne Olha Martynyuk, qui vit actuellement en Suisse, estime que le problème vient des fausses attentes, tant de la part des réfugiés que des hôtes. «Après avoir fui une guerre brutale, les réfugiés ne s'attendent pas à avoir leur propre maison ou leur propre appartement. Mais fuir sa propre maison et devoir ensuite se loger dans une petite chambre ou sur un canapé, ce n'est pas agréable.»

Questions d’intimité

Les deux parties manquent aussi souvent d'intimité. «Il est très important d'avoir une pièce à soi pour pouvoir se retirer», poursuit Olha Martynyuk. Elle estime qu’il faut veiller à ce que les réfugiés correspondent au mieux au mode de vie de l'hôte. «Il vaut mieux placer une femme âgée qui a besoin de calme chez des personnes âgées ayant les mêmes intérêts que dans une maison pleine d'enfants», explique Olha Martynyuk.

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