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TPIY - MladicRefus de témoigner devant un tribunal «satanique»

L'ex-chef militaire des Serbes de Bosnie, Ratko Mladic, a refusé de témoigner mardi dans le procès de son alter ego politique, Radovan Karadzic, devant le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY).

Ses déclarations pourraient lui nuire dans son propre procès. «Je ne veux pas témoigner et je refuse de témoigner pour des raisons de santé et parce que cela me porterait préjudice dans ma propre affaire», a déclaré Ratko Mladic lors d'une audience publique à La Haye.

Accusé de génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre, Radovan Karadzic, qui se défend seul, souhaite que Ratko Mladic, accusé des mêmes crimes dans un procès séparé, témoigne en sa faveur.

M. Mladic avait refusé de se présenter devant la cour, épuisant tous les appels juridiques possibles . Il a fini par prêter serment en qualifiant le tribunal de «satanique» et de «tribunal de la haine», avant d'exiger qu'on aille lui chercher son dentier, laissé dans sa cellule, pour pouvoir «mieux parler», une demande qui provoqua des rires dans la galerie du public.

Une fois les dents retrouvées, l'audience a pu reprendre avec la première question de Radovan Karadzic à son ancien collègue: «M'avez-vous jamais informé par écrit ou oralement que les détenus de Srebrenica allaient être exécutés?»

Ce à quoi, et comme à chacune des questions qui suivront sur Srebrenica ou sur le siège de Sarajevo, Ratko Mladic a répondu: «Je refuse de témoigner vu que cela risque de porter atteinte à ma santé et risque de m'incriminer dans ma propre affaire».

«Il invente des choses»

Radovan Karadzic souhaitait faire poser une série de questions à Ratko Mladic sur leurs échanges concernant le siège de Sarajevo (1992-1995) et le massacre de Srebrenica avec l'intention semble-t-il de démontrer que les deux hommes n'avaient pas de projet commun et que lui-même ignorait les ordres donnés par M. Mladic.

Branko Lukic, l'avocat de M. Mladic, avait tenté une dernière fois mardi matin de convaincre les juges de ne pas autoriser le témoignage de son client, invoquant sa santé.

«Nous pensons que M. Mladic n'est pas en état de témoigner», a dit M. Lukic, assurant que son client souffre de troubles de la mémoire et ne peut pas distinguer «la vérité de la fiction» : «il invente des choses et pense qu'il s'agit de la vérité».

Nettoyage ethnique

MM. Karadzic et Mladic, 68 et 71 ans, sont accusés d'avoir orchestré le nettoyage ethnique de la Bosnie lors d'une guerre qui a fait 100'000 morts et 2,2 millions de déplacés entre 1992 et 1995.

Ils sont notamment accusés du massacre de Srebrenica, lors duquel les forces serbes de Bosnie ont tué près de 8000 hommes et garçons musulmans.

Devant le refus de témoigner de M. Mladic, les juges du TPIY ont décidé de ne pas contraindre l'ancien général, qui paraissait émacié dans un costume gris clair.

Déclaration interdite

Alors qu'il était escorté hors de l'audience, Ratko Mladic a déclaré à Radovan Karadzic, en serbo-croate: «Je suis désolé, Radovan, mais ces idiots ne veulent pas me laisser parler. Ils défendent l'Otan». Le juge venait en effet de refuser que Ratko Mladic lise une déclaration de sept pages préparée à l'avance.

M. Karadzic, le chef politique des Serbes de Bosnie, et M. Mladic, le chef militaire, auraient pu être jugés ensemble si leurs arrestations avaient été plus proches dans le temps, car ils sont accusés des mêmes crimes. Le premier avait été interpellé en juillet 2008 alors que le second ne l'avait été qu'en mai 2011. (ats)

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