Votations du 18 mai: Rejet massif du salaire minimum
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Votations du 18 maiRejet massif du salaire minimum

Des centaines de milliers de salariés à plein temps continueront de toucher moins de 4000 francs bruts par mois en Suisse.

par
ats

Par 76,3% des voix, le peuple a balayé dimanche l'introduction d'un salaire minimum. L'initiative de l'Union syndicale suisse (USS) a même été rejetée à Neuchâtel et dans le Jura, qui avaient adopté des projets similaires au niveau cantonal.

Le salaire minimum a été refusé par 2,2 millions de votants. Seuls près de 688'000 l'ont accepté. Le résultat constitue une claque pour les syndicats, qui n'ont même pas réussi à mobiliser le socle d'électorat potentiel de la gauche. A titre de comparaison, en novembre, l'initiative «1:12» de la Jeunesse socialiste visant à plafonner les salaires des top managers avait été repoussée par 65,3% des voix.

La majorité a suivi le raisonnement des milieux patronaux, qui ont vu dans le salaire minimum un autogoal économique. L'USS peut néanmoins se targuer d'avoir obtenu un certain succès. Nombre d'entreprises se sont empressées d'annoncer ces derniers temps des hausses de salaires pour se conformer aux 4000 francs par mois.

Hypothèques cantonales

Le refus le plus modéré est venu de Bâle-Ville, avec 62,3% des voix. Juste derrière, le Jura, avec 64,1%. Les observateurs avaient pourtant parié sur un soutien, le canton ayant adopté une initiative réclamant un revenu minimum l'an dernier.

Le même cas de figure s'est présenté à Neuchâtel, où le texte de l'USS a été rejeté par 68,1%. Dans les deux cantons, ces résultats risquent de peser lourd sur la concrétisation des projets cantonaux.

En Valais, l'initiative populaire a été balayée par 82% des voix - une initiative cantonale exigeant un revenu minimal de 3500 francs a subi le même sort. Les Fribourgeois ont dit non à 75,1%, tout comme les Vaudois (71,7%) et les Genevois (66,1%). Le refus des Bernois s'est inscrit à 76,2%, celui des Tessinois à 68%.

L'opposition la plus véhémente s'est concentrée à Appenzell Rhodes-intérieures, avec 87,9% des votants. Nidwald (87,2%) et Schwyz (86,4%) suivent de près.

22 francs de l'heure

L'initiative «pour la protection des salaires équitables» voulait encourager les conventions collectives de travail (CCT). Mais pour les secteurs où cela n'était pas possible, un salaire minimum de 4000 francs aurait dû être introduit (pour 42 heures hebdomadaires, sans 13e salaire). Aujourd'hui, en Suisse, près d'un salarié sur dix gagne moins que cette somme.

Pour Daniel Lampart, économiste en chef de l'Union syndicale suisse (USS), «les gens veulent que ce soient les conventions collectives de travail (CCT) qui garantissent de bons salaires.» Ce résultat est aussi une «claque pour les femmes», qui forme la majorité des «working poor» en Suisse, estiment les Femmes socialistes suisses.

Campagne utile

Pour la conseillère nationale Ada Marra (VD), la campagne a toutefois été utile puisque «des distributeurs comme Aldi, Lidl ou H&M ont adapté leurs salaires». «J'attends maintenant que la droite montre son attachement au partenariat social», qu'il a brandi pendant la campagne.

Même à droite, l'ampleur du non surprend. Isabelle Moret, vice-présidente du PLR, interprète ce vote comme un soutien au «modèle qui fait la force et le succès de la Suisse», alors qu'il avait subi un important revers avec le vote du 9 février dernier. «Un droit au travail libéral et le partenariat social en sortent plébiscités».

Les citoyens ont tiré les conséquences du 9 février et «ne veulent plus de nouvelles expérimentations», a réagi Christophe Darbellay, le président du PDC. «Cette initiative était surtout néfaste pour ceux qu'elle entendait protéger».

Le net rejet de cette initiative est «une magnifique victoire», s'est réjoui le directeur de l'USAM, Hans-Ulrich Bigler. Pour Jean-François Rime, président de l'USAM et conseiller national (UDC/FR), c'est la preuve que «les Suisses restent favorables au partenariat social.»

Les paysans respirent

Concernés au premier chef par cette initiative, les paysans respirent. «Nous avons besoin d'une main-d'oeuvre extra-familiale, a rappelé Jacques Bourgeois, directeur de l'Union suisse des paysans. Même réaction chez GastroSuisse, une branche aussi très dépendante d'un bas coût du travail: «c'est un signe fort de raison que le peuple adresse à l'Union syndicale suisse».

Une participation très élevée

Les votations fédérales ont mobilisé les Suisses dimanche. Avec plus de 55%, la participation a presque atteint celle observée le 9 février, lors du scrutin sur l'initiative de l'UDC «contre l'immigration de masse». Le record des dernières décennies, détenu par le scrutin sur l'EEE avec 78,7% de votants en 1992, n'est de loin pas battu.

Comme de coutume, les Schaffhousois détiennent la palme, avec un taux de votants autour de 70%. Le Valais, qui votait aussi sur un salaire minimum cantonal et les soins de longue durée, se situe en bonne place avec une participation de quelque 61%. Celle-ci dépasse aussi la barre des 60% à Nidwald, Obwald et et Zoug. Elle ne se situe nulle part en dessous de 50%. Glaris, Uri et Appenzell Rhodes-intérieures sont en queue de peloton, avec environ 51%. Le Valais mis à part, la participation dans les cantons romands s'échelonne entre un peu plus de 53% dans le Jura et quelque 58% dans le canton de Vaud.

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