Résolutions 2011: Religion et école: des chrétiens en mission
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Résolutions 2011Religion et école: des chrétiens en mission

Un document publié sur le site du «Réseau évangéliques suisse» indique les grands combats que ménera l'instance cette année. Parmi ceux-ci, la liberté de distribuer des Bibles aux abords des préaux.

par
Raphaël Pomey
Les évangéliques veulent défendre le droit de distribuer des Bibles près des classes.

Les évangéliques veulent défendre le droit de distribuer des Bibles près des classes.

Comme d'autres prévoient de perdre du poids ou d'arrêter de fumer, les têtes pensantes du «Réseau évangélique suisse» (RES) viennent aussi de prendre de fermes résolutions.

Dans un document publié sur leur site internet, ces représentants de 250'000 Suisses, dont plus de 40'000 romands, viennent d'annoncer, pour 2011, un programme «musclé» sur le thème de leur influence sur la société. Entre autres mesures: réaffirmer, «de manière préventive», leur liberté d'évangéliser. Quésaco? En clair, les évangéliques entendent se battre, cette année, contre les résistances qu'ils rencontrent lorsqu'ils distribuent des Bibles près des écoles, ou lorsqu'ils tentent d'obtenir un stand au marché du village: «Il faut être honnête, clarifie Michael Mutzner, secrétaire général adjoint du RES. Nous n'avons pas les mêmes problèmes qu'en France, par exemple. Mais cela passe vite pour de l'intolérance lorsque nous proclamons notre foi.» Il estime que la société est devenue de plus en plus hostile aux diverses croyances, lorsqu'elles affirment connaître une vérité valable pour tous. Interrogé sur cette éventualité, il précise qu'il reconnaitrait aux musulmans le droit de placer des sourates sur des affiches, «même si nous ne sommes pas d'accord avec ce qu'elles proclament.»

Le RES (dont le document appelle aussi à prier, en janvier, pour chaque conseiller fédéral, pour son administration, et sur des thèmes tels que la péréquation financière) entend aussi veiller à ce que les petits écoliers ne soient pas contredits par leurs professeurs lorsque leur foi apparait en classe, par exemple en cours sur la religion. L'instance souhaite obtenir 30'000 francs de ses sympathisants pour mener à bien ses divers combats.

«Ils ont la liberté de croire ce qu'ils veulent, y compris que la terre est plate, s'ils le veulent, lâche Ivo Caprara, responsable de la revue vaudoise Le Libre Penseur. Mais ces distributions dans les écoles relèvent clairement de la propagande religieuse. Jamais il ne me viendrait à l'esprit d'aller distribuer mon journal près des classes.» Il juge que la liberté d'expression des évangéliques n'est clairement pas menacée, prenant pour preuve les sommes d'argent considérables dont disposeraient les responsables de distribution de Bible vers les écoles.

«Le ton défensif du document ne m'étonne pas, juge le sociologue spécialiste de la religion Christophe Monnot. Toute religion est avant tout une défense de traditions. Dans ce document, ce qui me frappe surtout, c'est avant tout la volonté du RES de réunir ses membres autours de valeurs fédératrices que sont l'école ou la défense du droit d'évangéliser». Pour lui, le RES adopte ce ton pour ne pas braquer les communautés évangéliques qui pourraient être hostiles à l'institutionalisation que connaît actuellement leur mouvement en Suisse.

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