Espionnage industriel: Renault touché au coeur
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Espionnage industrielRenault touché au coeur

Le constructeur français Renault est secoué par une affaire d'espionnage.

Le constructeur français dans la tourmente.

Le constructeur français dans la tourmente.

Le constructeur automobile français Renault a reconnu jeudi que ses «actifs stratégiques» étaient au coeur de l'affaire d'espionnage industriel qui l'ébranle et que le gouvernement n'a pas hésité à assimiler à une «guerre économique».

«Pour Renault, il s'agit de faits très graves concernant des personnes en position particulièrement stratégiques dans l'entreprise», a souligné Christian Husson, le directeur juridique du groupe, dans une déclaration écrite à l'AFP.

Il a justifié la mise à pied depuis lundi de trois cadres de haut niveau, soupçonnés d'avoir diffusé à l'extérieur des informations sensibles, par la nécessité «de protéger, sans attendre, les actifs stratégiques, intellectuels et technologiques de notre entreprise».

«L'expression guerre économique , parfois outrancière, là pour le coup est adaptée», a affirmé de son côté le ministre de l'Industrie Eric Besson, en confirmant sur RTL la gravité des faits.

4 milliards d'euros

«Oui, malheureusement, l'affaire paraît sérieuse», a-t-il dit, après des entretiens avec la direction du constructeur. «Il semble que cela concerne la voiture électrique mais je ne veux pas aller plus loin», a-t-il précisé, se retranchant derrière la présomption d'innocence.

Renault et son allié japonais Nissan ont déjà investi 4 milliards d'euros (5 milliards de francs au cours actuel) dans le développement de la voiture électrique.

Suite à la révélation de l'affaire, Eric Besson a indiqué avoir réclamé dès mercredi le renforcement des obligations en matière de secret industriel pour les entreprises bénéficiant d'argent public.

«J'ai demandé à l'administration, à Bercy, que l'Etat renforce les obligations pour les entreprises qui demandent de l'argent de l'Etat (...) que la sécurisation du secret industriel soit renforcée dans les conventions d'aide à l'innovation que nous passons» a déclaré le ministre.

Selon Renault, l'enquête interne lancée en août 2010 «a permis d'identifier un faisceau d'éléments convergents attestant que les agissements» des cadres suspendus «étaient contraires à l'éthique (...) et mettaient en risque consciemment et délibérément des actifs de l'entreprise».

Mise à pied

Le constructeur a décidé leur mise à pied à l'issue de cette enquête déclenchée par le comité de déontologie du groupe, que préside Christian Husson. «Cette procédure est parfaitement normée, très rigoureuse et garantit le respect des principes éthiques édictés», a souligné le directeur juridique dans sa déclaration.

«La procédure avance, mais à ce stade, Renault ne souhaite pas faire davantage de commentaires», a-t-il conclu, en ajoutant que Renault a souhaité «respecter et préserver l'identité des trois cadres concernés», conformément aux dispositions du Code du Travail.

Renault va commercialiser en milieu d'année deux modèles en version électrique, la berline familiale Fluence et l'utilitaire Kangoo Express.

La gamme électrique est le programme phare du constructeur et comptera également deux autres modèles: le petit véhicule Twizy et la petite berline Zoe, qui doivent être commercialisés au deuxième semestre de cette année et mi-2012.

Selon des sources proches du dossier, un des cadres mis à pied fait partie du comité de direction de Renault et un autre travaille sur le programme des véhicules électriques.

Les suspensions sont intervenues lundi et les cadres visés ont été sommés de quitter leurs bureaux immédiatement, selon d'autres sources.

En droit français, la mise à pied conservatoire, mesure provisoire à durée indéterminée, permet d'écarter le salarié de l'entreprise dans l'attente d'une éventuelle sanction. Le contrat de travail est suspendu et le salarié n'est pas rémunéré.

(ats/afp)

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