Actualisé 12.07.2011 à 14:47

En marge du «Moine»

Rencontre avec Maître Dominik Moll

Il tourne peu. Mais il tourne bien. «Intimité» en 1993, «Harry, un ami qui vous veut du bien» en 2000, «Lemming» en 2005.

de
Fred Ferrari
Dominik Moll dirige Vincent Cassel sur le tournage du «Moine».

Dominik Moll dirige Vincent Cassel sur le tournage du «Moine».

- Vous tournez peu. C'est un choix, une manière de fonctionner?

- C'est une manière de fonctionner que j'aimerais bien changer. J'aimerais bien accélérer un petit peu. En même temps je suis entièrement responsable de ces laps de temps. Tout simplement parce que je mets du temps à trouver un sujet qui me plaise suffisamment. Chaque film est un tel investissement que j'aurais du mal à me lancer dans quelque chose auquel je ne crois pas à 100%.. Et parfois il y a aussi des projets sur lesquels je travaille pendant un certain temps et au bout d'un moment je me rends compte qu'en fait je n'y crois plus suffisamment, tout part à la poubelle… Je ne peux pas dire que j'en souffre, mais j'aimerais bien faire plus films. Je pense que tous les réalisateurs rêvent d'avoir un scénariste enfermé dans une cage qui tous les ans passe un scénario par la porte en disant «Voilà le prochain!» et hop, super, on y va. Mais comme on est obligé de les écrire soi-même et quand on est un peu lent à l'écriture, très vite ça prend du temps.

- C'était un projet facile à monter financièrement?

- Non. Il n'y a pas eu de moment de vrai blocage, mais ce n'était pas du tout cuit.

- La présence de Vincent Cassel n'a pas été un déclencheur?

- Si. C'est sûr que si j'avais pris un inconnu, on n'aurait pas fait le même film parce qu'on n'aurait pas eu le même budget. C'est vrai qu'à partir du moment où il y a un comédien connu, et à plus forte raison Vincent qui est connu à l'international, ça rassure les investisseurs.

- Vous auriez aimé avoir un budget plus important?

- C'est toujours une histoire de comparaison. Par rapport au budget d'un «Harry Potter» le nôtre est probablement ridicule. Mais par rapport à la moyenne des films français, il est très conséquent et je n'ai pas l'impression d'avoir été bridé par le manque d'argent. Il y avait l'argent qu'il fallait pour faire le film tel que je voulais le faire. De toute manière un film n'est jamais un produit parfait. C'est toujours améliorable mais à un moment donné il faut bien s'arrêter et le livrer et le sortir et le montrer. Je n'avais pas envie que le film ressemble à du Harry Potter. Il y a des effets spéciaux dans le film, mais ce sont des effets plutôt traditionnels, qui se voient peu mais qui sont quand même là.

- Pourquoi Vincent Cassel pour le rôle principal?

- En tant qu'acteur il m'attire. Il y a des comédiens que je n'ai pas envie de regarder et lui j'ai envie de le regarder. Voilà. C'est un bon point de départ. Et pour ce rôle-là je me disais que c'était intéressant de le prendre lui justement parce que jusqu'à présent il a eu des rôles très extériorisés alors que là c'est plus en intériorité. C'est justement ce qui m'intéressait: prendre quelqu'un qui déborde d'énergie et d'essayer de confiner cette énergie et de créer comme ça une tension qui est assez juste pour le personnage, dans une sorte de carcan qu'est la religion, et on sent quand même qu'à l'intérieur ça bouillonne.

- Qui a conçu le masque de Valerio, le novice?

- Il y a une équipe surtout spécialisée dans la fabrication de faux cadavres ou de trucs comme ça. Pour moi, il fallait que ce soit assez réaliste mais de manière un peu maladroite. Qu'on sente un côté un peu artisanal. Au début ils étaient partis sur quelque chose de trop bien fait, très symétrique, et moi je disais non, il faut de l'asymétrie.

- Catherine Mouchet est tellement juste dans le film qu'on a l'impression que le rôle a été écrit pour elle. Vous aviez pensé à elle très en amont?

- J'ai assez vite pensé à elle. Après, le doute que je pouvais avoir, c'était plus par rapport au fait qu'elle était censée être la mère de Vincent Cassel alros qu'ils ont juste dix ans de différence, donc c'était un peu difficile. Et puis en même temps comme on les voit jamais vraiment ensemble... Je me suis dit que c'était plus important d'avoir la comédienne qui me semblait bien pour incarner la mère et de ne pas se focaliser sur cette histoire d'âge.

- La scène finale ne donne pas de réponse quand au salut d'Ambrosio...

- Ce qui est important … En soi le film est sans doute plus pro-catholique que le livre, il va quand même vers la rédemption à partir du moment où Ambrosio sacrifie son âme pour sauver Antonia et qu'à la fin il redit ce psaume comme une prière adressée à Antonia, on sent bien que finalement ça va quand même plus vers la lumière que vers l'obscurité.

- C'est votre choix à vous?

- Oui, complètement.

- Comment avez-vous travaillé avec Alberto Iglesias?

La musique, c'est quand même la collaboration artistique la plus compliquée, je pense. Parce que c'est tellement abstrait. Au montage, on avait très vite besoin de musique pour pouvoir travailler sur certaines scènes. On a aussi pioché dans des musiques pré-existantes dont des musiques qu'Iglesias avait composées pour d'autres films, notamment pour «La mauvaise éducation». Mais c'est toujours un peu piégeant, parce qu'après, pour le compositeur, c'est super dur d'entendre un truc qu'on a mis et qui fonctionne et on lui dit qu'on veut ça mais autre chose. Surtout quand c'est des trucs qu'il a composés lui-même!

«Le Moine»

De Dominik Moll. Avec Vincent Cassel, Déborah François, Catherine Mouchet.

Sortie le 13 juillet 2011.

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