Actualisé 07.12.2010 à 16:27

«De vrais mensonges»Rencontre avec une Audrey Tautou aux anges

L'actrice n'avait jamais été aussi pétillante que dans le nouveau film de Pierre Salvadori,
«De vrais mensonges».

de
Fred Ferrari

Pierre Salvadori a offert à la comédienne le rôle d'une femme dont les petits mensonges vont avoir de drôles de conséquences.

- Qu'est-ce qui vous a séduite dans le personnage d'Emilie?

- Ses paradoxes. Qu'elle soit à la fois sûre d'elle et en grand manque de confiance, forcément organisée pour être la patronne de ce nouveau salon et en même temps très désorganisée, qu'elle soit aussi pleine d'amour pour sa mère et en même temps aussi maladroite, qu'elle soit à la fois aussi affirmée et inconsciente. Elle est à la fois dure et drôle.

- Avez-vous avez mis des choses de vous-même dans le personnage?

- Ça, je ne m'en rends pas compte. J'y ai mis ma nature, peut-être un peu de ma drôlerie, si je puis dire. Mais ce n'est pas une démarche consciente.

– Le scénario et les dialogues de Pierre Salvadori sont un travail d'orfèvre. Y a-t-il eu des scènes difficiles à jouer?

- Non. C'est tellement bien écrit, tellement jubilatoire à jouer. Ce sont des scènes que j'aurais pu tourner 50 fois, je ne m'en serais jamais lassée. Les seuls moments difficiles ont été quand j'ai été prise de fou-rire.

- Ça vous est arrivé souvent?

- Non, mais ça m'est arrivé quelques fois et c'est l'enfer. Le plus gros fou-rire, ça a été dans la scène d'ouverture où je coupe la frange de cette cliente et j'ai cru que je n'arriverais jamais à la tourner.

- Avez-vous été étonnée que Sami Bouajila soit choisi pour un rôle dans un registre assez inattendu pour lui?

- Ça ne m'a pas étonnée parce que c'est un acteur formidable et qu'à mes yeux les grands acteurs savent tout jouer. Comme Daniel Auteuil. Donc personnellement, et d'ailleurs c'est une évidence, je n'ai pas imaginé une seconde qu'il ne puisse pas être aussi épatant dans le film.

- Je ne doute pas non plus de son talent et de sa capacité à jouer ainsi. Mais ça paraît étonnant qu'on aille le chercher dans ce registre-là.

- C'est le signe des grands réalisateurs qui voient des choses que les autres ne voient pas.

- Qu'est-ce que Pierre Salvadori est allé chercher chez vous?

- C'est la première fois qu'on me propose un registre aussi comique. Ce qu'il a cherché, c'est que j'aille plus profondément dans la comédie avec sa technique, avec son rythme, ses ruptures, sans en faire une prestation théâtrale. C'est d'aller au bout de la comédie, et aussi bien dans le texte que dans le corps.

- C'est quelque chose dont vous aviez envie, que vous recherchiez?

- Oui, j'en avais envie. Mais je ne le recherchais pas. En fait, je trouve que la comédie de Pierre est surprenante dans le sens qu'elle est extrêmement drôle et en même temps tellement intelligente et profonde. On ne peut pas chercher une chose pareille. C'est tellement rare. Et en plus, Pierre Salvadori est plutôt le seul à savoir faire des comédies qui ont un sens, qui sont aussi émouvantes, qui ont cette élégance. C'est tellement rare d'avoir au cinéma des scènes de jeu avec autant de possibilités. C'est jubilatoire.

- Dix ans après "Vénus Beauté" vous vous retrouvez dans un univers de femmes. Vous vous y sentez à l'aise?

- Je suis retombée dans mes jeux de petites filles. Où on joue à la marchande, où on joue à la vendeuse, où on joue à la coiffeuse. C'est très amusant. Il est vrai aussi que toutes les femmes qu'il y a dans ce film, tous les rôles secondaires,sont tellement formidables.

- Quel regard jetez-vous sur les dix dernières années?

- C'est marrant parce qu'en général c'est une pensée qui ne me vient pas. Mais je suis très contente de ce qui m'est arrivé. J'ai fait des rencontres vraiment merveilleuses, que je n'échangerais contre aucune autre.

- Y a-t-il des choses qui vous étonnent plus que d'autres dans ce qui vous est arrivé?

- Tout est une surprise. Chaque rencontre est une surprise parce que pour moi elles sont toujours inattendues. Comme je ne sollicite personne, quand quelque chose m'arrive c'est toujours une surprise. Bien sûr je n'aurais jamais imaginé que je serais là aujourd'hui, déjà à faire ce métier, ensuite à en vivre, en plus à être célèbre et pour finir à avoir survécu à un raz de marée médiatique. Mais en même temps je suis quelqu'un de sérieux, de professionnel, et je ne fais pas les choses avec désinvolture. Donc à partir du moment où je me suis présentée à des castings, où j'ai travaillé avec des réalisateurs, je l'ai toujours fait avec sérieux. Même s'il y a une part de chance dans tout ça, tout ce qui m'est arrivé, toutes les expériences que j'ai vécues, ne sont pas le fruit d'un hasard.C'est aussi du travail, des choix, un état d'esprit.

- Qu'avez-vous retiré de vos expériences américaines?

- Les quelques expériences que j'ai vécues étaient très différentes, j'ai tourné «Dirty Pretty Things» avec Stephen Frears qui est anglais, j'ai tourné «Happy End» avec Amos Kollek qui est américain mais qui fait un cinéma très indépendant, et j'ai fait cette grosse production américaine avec Ron Howard et Tom Hanks («Da Vinci Code»). Donc j'en ai tiré des sentiments très différents. Pour cette expérience américaine, ça a été un regard assez amusé, de vivre une expérience très exotique par son importance, le caractère exceptionnel de l'objet, parce que c'est vrai que c'était fou… C'est rigolo.

- Et le théâtre?

- Je pensais faire du théâtre dès le cours Florent, même si j'adorais aussi le cinéma. Et là j'ai commencé à faire du théâtre pour la première fois vraiment à la fin de l'hiver et au printemps dernier, après le tournage de «De vrais mensonges». Ce que j'ai aimé dans le théâtre c'est la liberté, le fait d'être le seul propriétaire de son rôle. Et aussi d'avoir le temps de connaître un personnage. C'est-à-dire d'être en constante recherche même pendant les représentations. Surtout pour un rôle (dans «La maison de poupées» d'Ibsen, ndlr) comme celui-ci qui est tellement dense, tellement riche.

- Si vous aviez une lettre d'amour à écrire à quelqu'un aujourd'hui, à qui l'adresseriez-vous?

- A ma mère.

Dis-moi comment tu écris, je te dirai qui tu aimes

Emilie (Audrey Tautou) est une femme ingénieuse. La lettre d’amour anonyme qu’elle vient de recevoir, elle ne la laisse pas longtemps à la poubelle: elle l’expédie à sa mère (Nathalie Baye), qui dépérit depuis son divorce. Aussitôt, maman s’éprend de celui qu’elle croit être son soupirant, Jean (Sami Bouajila), qui n’est autre que l’employé d’Emilie... et l’auteur de la fameuse lettre anonyme. C’est le début d’un vaudeville savoureux, que Pierre Salvadori a mis en scène avec une élégance rare. Il signe l’une des meilleures comédies de l’année, avec des scènes et des répliques d’anthologie. Une perle.

«De vrais mensonges»

De Pierre Salvadori. Avec Audrey Tautou, Nathalie Baye, Sami Bouajila.

Sortie le 8 décembre 2010.

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