Coronavirus: Réouverture des écoles: un risque mesuré?
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CoronavirusRéouverture des écoles: un risque mesuré?

Le 11 mai, la Suisse va rouvrir ses écoles obligatoires, comme d'autres pays européens ces prochaines semaines. Mais n'y a-t-il pas un danger? Réponse avec des experts.

Une leçon mise sur pied durant le confinement dans une école d' Yverdon-les-Bains.

Une leçon mise sur pied durant le confinement dans une école d' Yverdon-les-Bains.

Keystone

A partir du 11 mai, le Conseil fédéral prévoit de rouvrir les écoles obligatoires. Les enfants les plus jeunes n'attrappent pas la maladie et sont de mauvais vecteurs, a rappelé jeudi le ministre de la Santé Alain Berset. A partir du 8 juin, ce sont les écoles professionnelles et du secondaire II ainsi que les hautes écoles qui devraient rouvrir leurs portes.

Les établissements scolaires rouvriront aussi progressivement en France, en Allemagne, en Norvège et au Danemark. Alors que l'épidémie de Covid-19 semble encore loin d'une décrue générale, le risque est-il bien pesé?

- Quels risques pour les enfants? -

Lorsqu'ils sont annoncés, les décès d'enfants par le coronavirus frappent l'opinion. Mais ces cas demeurent extrêmement rares. En France on déplore à ce jour deux morts de mineurs liés au Covid-19: une adolescente de 16 ans et un enfant de moins de 10 ans.

«Pourquoi les enfants ont des symptômes légers avec peu d'hospitalisation? J'avoue qu'aujourd'hui je n'ai pas de réponse», déclare l'épidémiologiste Antoine Flahault, directeur de l'Institut de santé global à l'Université de Genève. Plusieurs hypothèses sont toutefois avancées, tournant autour de la réponse immunitaire des enfants. Le risque pour les jeunes populations de tomber gravement malade, en fréquentant à nouveau salles de classe et cours de récréation, semble donc faible.

Quels risques de dissémination?

Une autre interrogation concerne la capacité des enfants, tout en n'étant pas ou peu malade, à transmettre le virus à leur famille ou aux enseignants. Les données à ce sujet sont moins claires, notamment parce qu'il est difficile d'étudier le pouvoir transmetteur de sujets qui ont peu ou pas de symptômes.

«La quantité de virus chez l'enfant n'est probablement pas si élevée que ça, moins élevée que chez l'adulte», soulignait mercredi le Pr Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique Covid-19 qui éclaire le gouvernement français sur l'épidémie. «On manque de données» sur la capacité de transmission du virus entre enfants et des enfants à leur famille, ajoutait-il lors d'une audition parlementaire.

«Contrairement à ce qu'on connaît avec la grippe où les enfants sont les principaux transmetteurs, il semble qu'avec le coronavirus ils excrètent moins de virus», selon le Pr Odile Launay, spécialiste des maladies infectieuses à l'hôpital Cochin à Paris.

Eviter la garde par les grands-parents

Garder les écoles fermées tout en laissant les adultes retourner au travail serait un non-sens en terme d'organisation familiale et de santé publique, souligne le Pr Flahault. «Le risque, c'est que les enfants soient gardés par leurs grands-parents et on n'a justement pas envie que les grands-parents soient au contact de leurs petits-enfants», souligne ce spécialiste de santé publique.

Le dépistage le plus important réalisé à ce jour à l'échelle d'un pays, en Islande, tend à confirmer que les enfants jouent un faible rôle dans la transmission. Dans l'une des campagnes de prélèvement réalisées sur l'île, aucun enfant de moins de 10 ans n'avait été testé positif.

La reprise des cours peut s'accompagner de mesures de «distanciation sociale» et du port de masques pour les enseignants et/ou les élèves, voire de «droit de retrait» pour ceux qui se sentiraient les plus à risque, estime le Pr Flahault. Parallèlement le retour à l'école aura des effets bénéfiques «en matière de nutrition et sur le plan de l'accès à l'enseignement pour les enfants des milieux défavorisés», argumente-t-il.

Risque de relance avant l'été?

S'il se vérifie que les enfants sont de faibles disséminateurs de ce virus, ce sont moins les cours de récréation que les sorties d'écoles qui sont à craindre, souligne le pédiatre et infectiologue Robert Cohen. «Les arrivées et les sorties d'écoles sont des moments de rencontres entre adultes. C'est peut-être ça qui joue un rôle dans l'épidémie bien plus que les enfants eux-mêmes», indiquait-il mercredi sur France Info.

«Il faut savoir ce qu'on veut. Si on ne rouvre pas les écoles, on ne peut pas laisser les gens retourner au travail. Déconfiner ne veut pas dire qu'on aura zéro cas pendant l'été. On va permettre à la vie sociale et économique de reprendre certains de ses droits et espérer contrôler la situation pour que les hôpitaux ne soient pas engorgés», estime le Pr Flahault. (nxp/afp)

(NewsXpress)

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