Actualisé 06.02.2015 à 11:46

Fin du taux plancher

Replacer le franc à un niveau supportable

La décision prise le 15 janvier par la Banque nationale suisse (BNS) risque de devenir «la faute de politique économique la plus grave de ces dernières décennies», a estimé vendredi l'Union syndicale suisse (USS).

La faîtière syndicale demande à la banque et au Conseil fédéral de prendre des mesures pour sauver les emplois. C'est la seule manière d'empêcher que des secteurs économiques entiers et des dizaines de milliers d'emplois ne soient sacrifiés à cause d'un franc très fortement surévalué, ont expliqué les responsables syndicaux devant la presse à Berne.

«Si la Suisse dispose avec le franc d«une monnaie propre, les instances responsables doivent alors veiller à ce qu'elle serve et non pas nuise à l'économie et à la population», a déclaré Paul Rechsteiner, président de l'USS, à Berne. Le cours supportable pour l'économie réelle est de 1,30 franc pour 1 euro, a-t-il ajouté.

L'actuel cours (1,05 franc) est par conséquent un danger pour les emplois, les salaires et des secteurs industriels entiers. S'accommoder d'une énorme surévaluation du franc ne peut être une option, selon l'USS.

Rompre avec l'austérité

«C'est en premier lieu à la BNS d'intervenir», souligne le syndicat. L'institut d'émission doit replacer le franc à un niveau supportable. «L'instrument le plus efficace pour le faire est un taux plancher explicite ou un but de taux de change explicite, si nécessaire complété par des intérêts négatifs ou des restrictions au marché du franc», explique Paul Rechsteiner.

L'organisation syndicale exhorte aussi le Conseil fédéral à agir. Afin de protéger les firmes exportatrices touchées de plein fouet par le franc fort, l'USS demande à l'instance gouvernementale de renforcer l'assurance contre les risques à l'exportation. Les PME devraient pouvoir bénéficier de cette protection plus largement.

Pour lutter contre le danger de récession, le syndicat exige également que la Confédération et les cantons cessent leur politique d'austérité. «Etant donné que les taux d'intérêt n'ont jamais été aussi bas, voire sont négatifs, une telle manière d'agir est d'autant plus absurde», confie le président de l'USS.

L'organisation syndicale demande encore à Berne de préserver et de simplifier l'accès au marché de l'Union Européenne (UE), afin de soutenir le secteur d'exportation. Pour ce faire, elle soutient, tout comme economiesuisse, les accords bilatéraux et l'abolition d'obstacles douaniers.

Eviter la sous-enchère salariale

Au Conseil fédéral enfin de donner un signal fort pour lutter contre le dumping salarial. Il doit montrer que sur sol helvétique, on doit verser des salaires suisses et que ceux versés en euros aux employés frontaliers sont illégaux, martèle l'USS.

De telles pratiques ouvrent tout grand la porte à la sous-enchère salariale. Elles font pression sur les salaires de tout le monde, précise Vania Alleva, coprésidente d'Unia et vice-présidente de l'USS.

Pour les syndicats en outre, les nombreuses baisses salariales annoncées par les entreprises ne résolvent pas le problème du franc fort. «Etant donné que les salaires ne représentent que 20% des coûts totaux, les baisser dans l'industrie ne réduirait guère les coûts», signale Vania Alleva.

Avec de telles baisses salariales, le pouvoir d'achat des salariés se trouve diminué. La situation accentue alors le risque de récession.

Vers une hausse du chômage

L'USS et Unia ne sont pas contre le recours au chômage partiel en cas de commandes lacunaires. L'instrument permet de maintenir le savoir-faire au sein même des firmes et d'assurer l'emploi.

Les deux organisations syndicales ne s'opposent pas fondamentalement non plus à l'augmentation du temps de travail pour autant que la mesure soit présentée en toute transparence. Cela suppose que l'intégralité de la structure des coûts des sociétés et de leur clientèle soit présentée de manière claire. Les entreprises doivent aussi fournir des contreparties en échange comme la protection contre le licenciement et le renoncement au versement de dividendes, souligne la coprésidente d'Unia.

Si le cours euro-franc se maintient à la parité en 2015, l'USS table sur une stagnation du produit intérieur brut (PIB) et un taux de chômage de 3,7%. L'inflation, quant à elle, devrait se situer entre -1,5% et -2%, avec un prix du pétrole oscillant autour des 50 dollars (46 francs) le baril. (ats)

Travailler plus

Pour contrer les effets du franc fort, Bühler a décidé d'augmenter le temps de travail de ses salariés. Le groupe technologique saint-gallois a également exclu toute négociation salariale cette année.

Dès le 16 février et pendant sept mois, la semaine de travail des collaborateurs comptera 45 heures, contre 42,5 actuellement, indique Bühler vendredi dans un communiqué. L'entreprise s'engage en contrepartie à ne pas procéder à des licenciements économiques durant cette période.

«Je suis fier de nos collaborateurs, avec qui nous avons rapidement trouvé un accord sur ces mesures pour maintenir notre compétitivité», se félicite le patron de Bühler Calvin Grieder, cité dans le texte. Près de 2500 employés sont concernés par cette décision.

Le groupe espère ainsi pouvoir honorer ses commandes, dont les carnets sont pleins. Mais aussi garder ses parts de marché et maintenir sa profitabilité. Bühler, présent sur 140 sites dans le monde, souligne qu'il réalise près de 98% de son chiffre d'affaires à l'étranger. «Les changements des cours de change ont entraîné une hausse des coûts comprise entre 80 et 90 millions de francs».

Modèle flexible

Si le cours de l'euro venait à dépasser 1,08 franc pendant au moins trois semaines, le temps de travail serait à nouveau réduit à 42,5 heures, précise à l'ats le chef du personnel Christoph Oswald. Et l'ensemble des mesures serait levé si le cours se maintenait à 1,15 franc sur la même durée.

Pour mémoire, l'entreprise établie à Uzwil (SG) et qui emploie 10'000 personnes dans le monde, a dégagé des recettes de 2,3 milliards de francs en 2013. Son bénéfice s'élevait à 123 millions, en baisse de 20,9% sur un an. Les charges de personnel atteignent 360 millions.

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