Nucléaire iranien: Reprise des négociations à Istanbul
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Nucléaire iranienReprise des négociations à Istanbul

L'Iran et les grandes puissances ont repris samedi à Istanbul les négociations interrompues depuis 15 mois sur le programme nucléaire controversé de Téhéran, soupçonné de préparer l'arme nucléaire sous couvert d'un programme civil.

Les négociations entre l'Iran et l'Occident ont repris vendredi à Istanbul.

Les négociations entre l'Iran et l'Occident ont repris vendredi à Istanbul.

Les discussions entre l'Iran et les grandes puissances qui visent à apaiser les tensions sur le programme nucléaire iranien controversé ont commencé samedi à Istanbul, sur une note pessimiste.

«Ces négociations seront dignes du peuple iranien», a cependant déclaré à la presse, juste avant l'ouverture des travaux, le négociateur en chef iranien Saïd Jalili.

Des délégués à ces pourparlers entre l'Iran et les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU plus l'Allemagne, ou groupe des 5 1, estiment que le résultat le plus ambitieux à en attendre sera la décision de se retrouver pour des discussions plus approfondies dans un laps de temps raisonnable.

«La réponse la plus récente donnée par l'Iran est qu'il est prêt à s'asseoir à une table et à parler nucléaire. Pour nous, ces pourparlers permettront de vérifier si c'est le cas», a déclaré un diplomate, membre d'une des délégations.

Pas d'attente précise

«Nous n'attendons rien de très précis... mais on va parler de la possibilité de se retrouver d'ici à quatre ou six semaines, si possible», a-t-il ajouté.

«Ce que l'Iran attend du groupe des 5 1, c'est au minimum qu'il nous fasse confiance en annulant toutes les résolutions illégales (de l'ONU) et toutes les sanctions (qui visent l'Iran), en tant que première mesure», déclare pour sa part samedi le journal iranien Kayan, proche du pouvoir.

Les pays occidentaux, qui soupçonnent l'Iran de vouloir se doter de l'arme nucléaire, s'inquiètent de la capacité acquise par ce pays d'enrichir l'uranium, pour une utilisation civile, mais aussi éventuellement militaire.

Ils s'intéressent notamment à l'usine de Fordo, près de la ville sainte de Qom, qui produit de l'uranium enrichi à 20 %, mais pourrait pousser cet enrichissement au niveau de 90 % requis pour une arme nucléaire.

La Turquie veut y croire

Pour la deuxième fois pays hôte des pourparlers après une rencontre infructueuse il y a 15 mois dans la même ville d'Istanbul, la Turquie est plus optimiste que les deux parties en présence.

«Nous aurons de bonnes nouvelles à la fin de la rencontre», a assuré vendredi soir le ministre turc des affaires étrangères Ahmet Davutoglu, après un entretien avec le négociateur en chef iranien Saïd Jalili.

Et ce même si les signaux envoyés avant l'ouverture des travaux ont été plutôt négatifs.

Attitude décevante

L'Iran a jugé «décevante» l'attitude des Occidentaux, et les Etats-Unis ont haussé le ton, demandant à Téhéran de faire preuve de «sérieux».

La position occidentale «ne permet pas d'y voir des points permettant d'espérer» avancer dans ces discussions, a ainsi déclaré vendredi à l'AFP une source proche de la délégation iranienne, qualifiant l'attitude des Occidentaux de «décourageante et décevante».

«Nous souhaitons un environnement favorable dans lequel le gouvernement iranien puisse faire preuve de son sérieux et de sa volonté de poursuivre des négociations sérieuses», a rétorqué le conseiller adjoint à la sécurité nationale de la Maison Blanche, Ben Rhodes.

Six résolutions de l'ONU

Téhéran a été condamné par six résolutions de l'ONU dont quatre assorties de sanctions. Celles-ci ont été renforcées depuis 2010 par un embargo commercial, financier et pétrolier des Etats-Unis et de l'Union européenne.

Les pays de l'UE ont en outre décidé en janvier d'imposer un embargo pétrolier graduel sans précédent à l'Iran, qui aura son plein effet au 1er juillet, et les Etats-Unis ont ouvert la voie à de nouvelles sanctions pour la fin juin visant les exportations iraniennes de brut, en déterminant que le marché pétrolier mondial pourrait à cette période supporter ces mesures.

L'Iran demande la levée des sanctions internationales et européennes et considère l'enrichissement d'uranium comme un «droit» incontestable.

Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a ainsi annoncé jeudi que son pays ne bougerait «pas d'un iota sur ses droits nucléaires inaliénables».

Peu après l'ouverture de ces pourparlers, la délégation iranienne a déclaré à la presse qu'il y aurait une réunion dans la matinée, puis un déjeuner, et une réunion l'après-midi. (afp)

Dates-clés de la crise du nucléaire iranien depuis 2005 :

Dates-clés de la crise du nucléaire iranien depuis 2005 :

2005

- 8 août : l'Iran reprend des activités nucléaires dans son usine de conversion d'uranium d'Ispahan (centre), suspendues depuis 2004 en accord avec l'UE-3 (France, Allemagne, Grande-Bretagne).

2006

- 10 jan : l'Iran lève les scellés sur plusieurs centres de recherche nucléaire.

- 5 fév : l'Iran cesse d'appliquer le protocole additionnel du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP).

- 11 avr : l'Iran annonce avoir procédé pour la première fois à l'enrichissement d'uranium (3,5%, puis 4,8% en mai).

- 23 déc : sanctions économiques de l'ONU (renforcées en 2007 et 2008).

2007

- 9 avr : l'Iran annonce être passé à l'enrichissement industriel d'uranium, et atteint en septembre le seuil de 3000 centrifugeuses.

2009

- 9 avr : l'Iran entame la construction à Ispahan de la première usine de fabrication de combustible nucléaire.

- 25-28 sept : révélation de la construction d'un site secret d'enrichissement à Fordo (centre).

- 27 nov : l'AIEA condamne l'Iran pour son programme nucléaire.

2010

- 9 fév : l'Iran entame la production d'uranium enrichi à 20%, après l'échec d'un projet d'échange d'uranium faiblement enrichi contre du combustible enrichi à 20% par la Russie et la France.

- 9 juin : l'ONU élargit les sanctions, suivie par les Etats-Unis, l'UE, le Canada, l'Australie, le Japon et la Corée du Sud qui adoptent des sanctions économiques plus dures.

- 21 août : Téhéran entame le chargement de la première centrale nucléaire iranienne construite par la Russie, à Bouchehr (sud).

- 5 déc : l'Iran annonce sa première production de poudre d'uranium.

2011

- 22 jan : à Istanbul, échec des discussions Iran/5 1 (USA, Russie, Chine, France et GB, plus l'Allemagne), reprises en décembre à Genève après 14 mois d'interruption.

- 19 juil : l'Iran annonce l'installation de centrifugeuses plus rapides, puis le 22 août, le transfert des centrifugeuses de Natanz à Fordo.

- 8 nov : l'AIEA évoque dans un rapport une «possible dimension militaire» du programme nucléaire iranien.

- 31 déc : sanctions américaines renforcées contre le secteur financier de l'Iran, permettant de geler les avoirs des institutions financières étrangères commerçant avec la banque centrale iranienne dans le secteur pétrolier.

2012

- 1er jan : l'Iran annonce avoir testé des barres de combustible nucléaire produites localement.

- 9 jan : l'Iran a commencé à enrichir de l'uranium à 20% à Fordo (AIEA).

- 11 jan : assassinat d'un responsable du secteur nucléaire, 4e scientifique iranien tué en deux ans.

- 23 jan : double embargo de l'UE sur le pétrole et la banque centrale iranienne.

- 15 fév : l'Iran fait état de la production de combustible enrichi à 20% pour le réacteur de recherche de Téhéran.

Le président Mahmoud Ahmadinejad annonce la mise en service de 3000 nouvelles centrifugeuses à Natanz (10'000 au total).

- 6 mars : les 5 1 acceptent de reprendre les négociations.

- 14 avr : l'Iran et le groupe 5 1 se retrouvent à Istanbul pour discuter du programme nucléaire iranien. L'Iran a annoncé de «nouvelles initiatives» pour tenter de régler la crise.

Les négociations débutent sur une «atmosphère positive»

Les discussions entre l'Iran et les grandes puissances, qui ont repris samedi à Istanbul, ont débuté dans une «atmosphère positive», a affirmé le porte-parole de la chef de la diplomatie de l'Union européenne Catherine Ashton.

«Il y a une atmosphère positive. Il y a le souhait de parvenir à des progrès substantiels», a souligné Michael Mann aux journalistes après le démarrage des discussions.

«Il n'y pas de désaccord pour l'instant», a dit le porte-parole, évoquant une «atmosphère amicale» dans la salle de réunion, où, à l'écart de la presse, les représentants des «5 1» (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Grande-Bretagne, Allemagne) et l'Iran se sont réunis pour la première fois depuis janvier 2011.

Interrogé sur le point de savoir si ces pourparlers seraient le début d'un processus de négociations, M. Mann a répondu que cela dépendrait des progrès enregistrés à Istanbul. Mme Ashton représente les «5 1» aux discussions sur le programme nucléaire controversé de l'Iran.

Une source proche des négociations a affirmé à l'AFP que de nouvelles discussions pourraient avoir lieu en mai. L'Iran demande que ces prochaines négociations aient lieu à Bagdad.

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