Actualisé 28.02.2019 à 05:39

Amérique latine

Reprise du dialogue politique au Nicaragua

Après la libération d'opposants politiques, les discussions entre le gouvernement Ortega et l'opposition ont repris mercredi au Nicaragua.

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L'opposition nicaraguayenne a annoncé mardi la formation d'une large «Coalition nationale» pour affronter le parti du président Daniel Ortega aux élections de 2021. (Mercredi 26 février 2020)

L'opposition nicaraguayenne a annoncé mardi la formation d'une large «Coalition nationale» pour affronter le parti du président Daniel Ortega aux élections de 2021. (Mercredi 26 février 2020)

Keystone
La Suisse demande au Nicaragua d'arrêter d'intimider et d'attaquer les défenseurs des droits humains, après l'assassinat récent de trois ex-manifestants. (Mardi 10 septembre 2019)

La Suisse demande au Nicaragua d'arrêter d'intimider et d'attaquer les défenseurs des droits humains, après l'assassinat récent de trois ex-manifestants. (Mardi 10 septembre 2019)

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Après un premier groupe lundi d'une cinquantaine de prisonniers amnistiés, 56 opposants ont été remis mardi au CICR. (11 juin 2019)

Après un premier groupe lundi d'une cinquantaine de prisonniers amnistiés, 56 opposants ont été remis mardi au CICR. (11 juin 2019)

AFP

Une première réunion de «négociations» entre le gouvernement du président nicaraguayen Daniel Ortega et l'opposition s'est tenue mercredi et le dialogue se poursuivra dès jeudi pour tenter de trouver une issue à la crise politique, a annoncé le nonce apostolique (ambassadeur du Vatican) à Managua.

La réunion a commencé à huis clos vers 10H30 locales (16H30 GMT) et s'est achevée un peu plus de sept heures plus tard par une courte déclaration devant la presse du nonce, Mgr Stanislaw Waldemar Sommertag.

Les délégations du gouvernement et de l'opposition ont consacré leur première rencontre à la définition de la «feuille de route» des négociations, a indiqué le diplomate du Vatican. «Sur douze points (soulevés), un accord a été trouvé sur neuf», a-t-il ajouté, sans donner plus de détails.

Libération de cent opposants

Quelques heures avant l'ouverture des discussions sur un campus universitaire à une quinzaine de kilomètres au sud de Managua, cent opposants emprisonnés ont été extraits de leurs cellules et conduits à leur domicile pour y être assignés à résidence, a annoncé le ministère de l'Intérieur dans un communiqué officiel.

Aucun leader important de l'opposition ne figure parmi les détenus qui ont bénéficié de cette mesure, ont relevé les observateurs. Environ 670 opposants restaient en prison mercredi soir, selon les décomptes des organisations de défense des droits de l'homme.

Tandis que les deux délégations --six représentants du gouvernement, et autant de l'opposition, ainsi que le nonce apostolique et le cardinal-archevêque de Managua, Leopoldo Brenes, présents en qualité de «témoins»-- se réunissaient, de nombreux policiers ont rapidement dispersé un petit groupe de jeunes qui manifestait près de la cathédrale de Managua, a constaté un photographe de l'AFP.

Economie en crise

Une première série de discussions, avec la médiation de l'Eglise catholique, avait été suspendue en juin par le gouvernement. La plateforme de l'opposition, l'Alliance civique pour la Justice et la Démocratie (ACDJ) -- réunissant patronat, société civile, paysans et étudiants -- avait posé comme préalable à la réouverture des négociations avec le gouvernement la libération de tous les opposants emprisonnés et le rétablissement des libertés de la presse, d'expression et de manifestation. Elle devait également proposer la participation de «garants internationaux» tels que l'Organisation des Etats américains (OEA) et l'ONU.

En annonçant la semaine dernière la reprise du dialogue, le président Ortega a insisté sur la nécessité de redresser l'économie, gravement mise à mal par la crise. En 2018, le PIB a reculé de 4% tandis que plus de 300'000 emplois ont été perdus au Nicaragua. Les chefs d'entreprise prévoient pour cette année une chute allant jusqu'à 11% du PIB, provoquant une contraction encore plus sévère de l'emploi.

La vice-présidente Rosario Murillo, qui est également l'épouse de Daniel Ortega, a quant à elle appelé à «laisser en arrière les dures expériences (...) en arrachant et en éloignant de nos vies les sentiments négatifs» pour «vivre avec amour et espérance», selon le registre politico-mystique dont elle est coutumière.

Plus de 325 morts depuis avril

Outre l'emprisonnement de centaines d'opposants, la crise politique, qui a commencé le 18 avril 2018 par des manifestations contre le gouvernement, a fait plus de 325 morts, pour la plupart dans les rangs de l'opposition, selon les organisations de défense des droits de l'Homme.

Des dizaines de milliers de Nicaraguayens ont également pris le chemin de l'exil, tandis que les médias indépendants ont été la cible de harcèlement, de menaces et d'arrestations. L'ancien guérillero Daniel Ortega, 73 ans, dénonce une tentative de putsch de l'opposition avec le soutien de l'Eglise et de Washington.

Les opposants, qui l'accusent d'avoir instauré une dictature, réclament son départ ainsi que celui de son épouse, des réformes politiques et la convocation de nouvelles élections avant le terme prévu de 2021.

«Ortega a accepté de reprendre le dialogue parce que la résistance civile continue fermement, à cause de son isolement international et de la situation (de crise) au Venezuela, et parce que l'économie est en chute libre», selon Azahalea Solis, membre suppléante de la délégation d'opposition.

«Corde au cou»

Dans le contexte des fortes pressions exercées par les Etats-Unis sur le gouvernement du président vénézuélien Nicolas Maduro, Donald Trump a affirmé la semaine dernière que «les jours du communisme étaient comptés au Venezuela, mais aussi au Nicaragua et à Cuba».

«L'affaiblissement de Maduro affaiblit Ortega», estime l'ex-guérillera sandiniste Dora Maria Tellez, pour qui le président nicaraguayen s'assied à la table de négociations avec «la corde au cou».

Pour Luis Carrion, un ex-commandant de la guérilla passé à l'opposition, l'objectif de Daniel Ortega est de «briser son isolement et d'éviter les sanctions internationales, pour préserver son pouvoir et se maintenir à la présidence jusqu'en 2021». (nxp/afp)

(NewsXpress)
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