Actualisé 20.12.2017 à 21:28

Vaud«Requérant apatride, il n'a pas été écouté, il est parti»

Ni l'Irak ni l'Iran ne voulaient d'un Kurde réfugié en Suisse. Il s'est ôté la vie. Deux femmes qui l'ont côtoyé racontent.

par
Abdoulaye Penda Ndiaye
Sharif a longtemps scruté l'horizon mais il n'a vu aucune issue.

Sharif a longtemps scruté l'horizon mais il n'a vu aucune issue.

DR

«Pourquoi ne l'ai-je pas rejoint à Yverdon quand je l'ai entendu pleurer au téléphone mardi? Pourquoi?» Une semaine après le suicide de Sharif, ­A. s'en veut. Cette Glandoise, qui avait initié le réfugié irakien au français, est la dernière personne à qui le quadragénaire a parlé. Peu après, le géomètre kurde s'est jeté depuis son logement loué par l'Etablissement vaudois d'accueil des migrants (EVAM), au 6e étage.

«On était comme frère et soeur depuis 2011, confie-t-elle. Il n'avait pas dormi depuis dix jours. On devait se revoir après son rendez-vous de jeudi à l'hôpital.»

«Amateur de maths et de littérature»

Pour A., en transférant Sharif de Nyon au Nord vaudois, l'EVAM a ajouté le dépaysement au déracinement. «C'était un amateur de maths et de littérature, rappelle-t-elle. Un fin lettré qui parlait anglais, farsi et français. L'administration a eu raison de sa santé mentale. Requérant apatride, il n'a pas été entendu: il est parti. Ils ont poussé l'ignominie jusqu'à lui couper les vivres car il avait cassé une baie vitrée.»

Enquête ouverte

Un ancien requérant qui a connu Sharif à Nyon se souvient d'un «homme distant, plongé dans les livres». En 2012, Mireille avait sonné l'alerte sur le cas de Sharif. «Ni lui ni moi n'avons été entendus, regrette cette habitante de La Côte. Comment l'EVAM a-­t-il pu loger un suicidaire au 6e étage?» Contactée, l'institution soutient que Sharif a été bien suivi, mais elle ne veut pas évoquer le cas à cause de l'enquête ouverte après le décès.

L'EVAM précise

En réaction à la parution de cet article et aux termes de «couper les vivres», l'EVAM a tenu à préciser que l'homme était aux poursuites et qu'un arrangement avait été trouvé pour régler sa dette. En outre, un séjour à l'hôpital avait entraîné la baisse des prestations pour ses frais de nourriture et produits d'hygiène.

Bloqué à Badgdad et réexpédié en Suisse

Sharif a sombré dans la détresse psychologique dès 2011. Las de vivre à l'abri PC de Nyon, il retire sa demande d'asile et décide de rentrer en Irak. Mais à Bagdad, il est retenu à l'aéroport par la police des frontières, qui le réexpédie en Suisse. A Genève, il est accueilli par la police et acheminé au Service de la population. Là, il se taillade les veines. Sauvé, il sera hospitalisé à Cery. «Depuis, toujours bourré de médicaments, il était devenu un zombie», selon A.

Envies suicidaires? Faites-vous aider!

Selon stopsuicide.ch, la problématique du suicide est un sujet complexe et multiple qui ne peut s'expliquer au travers d'une réponse unique. Cette association vise à briser le tabou qui englobe le suicide afin de réfléchir aux différents moyens permettant de mettre en oeuvre une aide concrète destinée aux jeunes en souffrance.

D'autres structures comme La Main Tendue (composez le 143) et la Ligne d'aide pour jeunes (147) sont également disposées à aider.

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