Actualisé 14.07.2007 à 06:18

Retour dans une localité dévastée par... «une bombe nucléaire»

Certains évoquent un «meurtre délibéré contre toute une communauté», d'autres «une destruction totale», voire une «bombe nucléaire»: une semaine après l'attentat dévastateur à Emerli, les habitants vivent dans un champ de ruines.

Le 7 juillet, un attentat au camion piégé frappe le marché de cette localité pauvre du nord de l'Irak faisant 140 morts et 250 blessés et plongeant une communauté minoritaire dans le gouffre des violences qui ravagent le pays.

Pour les habitants d'Emerli, des chiites turcomans, entourés de communautés arabes sunnites soupçonnées d'abriter des extrémistes, l'ampleur des dégâts est catastrophique.

Plus rien

«Ma maison était ici», dit Abbas Abdallah, un charpentier de 33 ans en montrant un tas de briques en morceaux. «Je n'ai plus de maison, plus rien, et la plupart de mes voisins sont morts».

«Ce n'était pas un véhicule piégé, mais une bombe nucléaire comme celle qui a été larguée sur Hiroshima» au Japon à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, affirme-t-il.

«Les enfants ont peur», constate Zeid al-Abdine en parcourant une rue de ruines avec son fils et sa fille. «Eux pensent que c'était une tempête et ils continuent de me demander s'il y en aura une autre. Ils sont tellement choqués qu'ils n'ont pas dormi depuis l'explosion», confie ce père de famille.

«Meurtre délibéré»

Dans une autre rue, un homme âgé portant un châle blanc autour de la tête pleure ses quatre fils emportés par la déflagration. Nombres d'habitants de cette localité de 11 000 âmes parlent d'un «meurtre délibéré» visant toute une communauté.

«Ce n'était pas simplement une bombe, mais une destruction totale. Si cela s'était passé à New York, Londres ou au Caire, il y aurait eu des millions de morts», estime Fayçal Abbas, un enseignant de 33 ans.

«La ville a été complètement ignorée par le précédent régime parce que nous sommes turcomans», affirme la chef d'une organisation humanitaire locale, Zeinab al-Bayati, 28 ans, en allusion au régime sunnite de l'ex-président Saddam Hussein exécuté en décembre 2006.

Une fois par semaine

Depuis des décennies, les habitants d'Emerli ont moins de deux heures d'électricité par jour et de l'eau potable seulement une fois par semaine. Le petit hôpital de la ville n'a pas de médecin et possède seulement une ambulance.

Mais les gens y ont toujours vécu en paix, «même sous l'ancien régime», témoigne M. Abdallah. Emerli a longtemps été épargnée par les violences confessionnelles qui ont éclaté en Irak après l'invasion américaine en 2003.

Mais depuis l'arrivée de renforts américains et irakiens à Bagdad et dans sa région au début de l'année en cours, des combattants d'Al-Qaïda se sont repliés dans des régions plus isolées comme la leur, affirment des habitants d'Emerli.

Pas assez de policiers

«Depuis que les Américains sont entrés dans la province de Diyala, les terroristes ont bâti des camps dans les montagnes Hamrin» de la région, affirme le nouveau chef de la police locale, Zeid Khalaf Mohammed.

«Nous n'avons pas assez de policiers et ni les armes appropriées pour lutter contre le terrorisme», se plaint-il. Pour un porte- parole des autorités locales, Issam Joumaa «dans cette région nous sommes tous pareils. Ici, peu importe qu'on soit sunnite, chiite, chrétien ou même juif. Il n'y a pas de divisions».

Mais quand on lui demande qui pourrait être à l'origine de l'attentat, il désigne une localité proche: «le plus grand village terroriste du secteur est Ouchtepa, à sept kilomètres d'ici».

Les habitants de ce village sont des sunnites arabes qui «soutiennent tous Al-Qaïda», soutient-il. «Après l'exécution de Saddam Hussein, ils ont tous défilé dans les rues en criant vengeance».

(ats)

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