Actualisé 14.07.2014 à 11:14

Mondial 2014

Réveil baby blues après le rêve d'une Coupe

Meurtri par l'humiliation de sa Seleçao mais fier d'avoir organisé un superbe Mondial, le Brésil s'éveille lundi un peu groggy après un mois d'anesthésie sous opium football.

«Le mantra ici c'est: la vie continue. Le bon football fait vibrer le pays mais c'est un jeu et la vie est bien plus que cela. Le Brésilien se tourne maintenant vers l'économie, l'inflation élevée», déclare à l'AFP André César, analyste politique du cabinet de consultants Prospectiva à Brasilia. Le Mondial au «pays du futebol» a pris les Brésiliens à leur propre art du contre-pied.

Ils rêvaient d'un sixième titre mondial qui effacerait à jamais le traumatisme du «Maracanazo», la plaie ouverte de la défaite de 1950 face à l'Uruguay au stade Maracana de Rio. Ils ont assisté à un film d'horreur. Leur Seleçao quintuple championne du monde a subi la plus grande humiliation de son histoire face à l'Allemagne (1-7) en demi-finales. Une claque à peine atténuée par la défaite des rivaux historiques argentins en finale face à leurs bourreaux allemands (1-0 a.p).

Après sept ans de coûteux et laborieux préparatifs, ils craignaient que des failles d'organisation et des manifestations violentes ne transforment la compétition en «honte» nationale au yeux du monde. Mais les aéroports, les transports et les stades ont finalement bien fonctionné, à grand coups de distributions de jours fériés et vols supplémentaires.

Les revendications ont été mises en sourdine

Le Mondial brésilien a égalé le record de buts (171) marqué dans une coupe du monde lors de matches passionnants. Des supporteurs du monde entier ont communié joyeusement avec les Brésiliens pendant la grand-messe du football.

Le géant émergent d'Amérique latine, septième puissance économique mondiale, a finalement gagné son pari. Démontrer au monde qu'il était devenu plus que le «pays du futebol» et de la samba. Qu'il était capable d'organiser l'un des deux plus grands événements sportifs mondiaux, en attendant les JO-2016 à Rio.

«Les Brésiliens ont une capacité de résistance très forte. Certes ils sont tristes et déprimés. Mais leur tempérament festif les aidera à se récupérer», assure la psychologue Dalva Frigulha. «Au fond, ils savaient que l'équipe n'était pas bonne. Quand je parle avec eux dans l'intimité, ils sont pratiquement unanimes à penser cela. Ils ont perdu, mais cela ne va pas générer une grande commotion. Le pire est passé et ils reviennent à leur vie quotidienne», ajoute-t-elle.

Dilma Roussef aurait préféré un triomphe

Candidate à un second mandat, la présidente de gauche Dilma Rousseff, très critiquée avant la Coupe, aurait bien sûr préféré un triomphe de la Seleçao. Mais elle a beau jeu de marteler que, contrairement aux prédictions des «oiseaux de mauvais augure», le Brésil peut s'enorgueillir d'avoir organisé la «Coupe des coupes» qu'elle promettait.

Favorite de la présidentielle du 5 octobre, elle a progressé de quatre points pendant le Mondial, à 38% des intentions de vote, selon un sondage effectué avant la déroute de la Seleçao. Il est trop tôt pour dire si cette déroute inversera la tendance.

En 1998, la défaite du Brésil en finale face à la France (0-3) n'avait pas empêché Fernando Henrique Cardoso d'être réélu. A l'inverse, la victoire de la Seleçao au Mondial-2002 au Japon et en Corée du Sud a été suivie par l'élection de l'opposant Luiz Inacio Lula da Silva, du Parti des travailleurs (PT, gauche). En 2006, l'élimination prématurée du Brésil n'a pas empêché la réélection de Lula, par plus que la piètre performance de 2010 n'a entravé l'élection de sa dauphine Dilma Rousseff. (afp)

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