«Reviens-moi»: la lettre à Cécilia
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«Reviens-moi»: la lettre à Cécilia

Pas encore eu le temps d'aller au cinéma en 2008? Et si vous commenciez l'année en beauté, par un grand film d'amour et de passion, un superbe mélo épique et poignant? Les écrans romands ont ce qu'il vous faut ce mercredi: «Reviens-moi».

C'est le deuxième film de Joe Wright, jeune réalisateur britannique qui avait tourné il y a deux ans «Orgueil et préjugés» avec déjà Keira Knightley, son actrice fétiche (il a réalisé également avec elle le dernier spot publicitaire des parfums Chanel) rendue célèbre par les «Pirates des Caraïbes». La comédienne anglaise partage l'affiche de «Reviens-moi» avec un jeune et charmant acteur écossais peu connu, James McAvoy («Le dernier roi d'Ecosse»), et avec Vanessa Redgrave dans un petit rôle.

La première partie du film se déroule dans la vaste propriété d'une famille de la bourgeoisie anglaise, lors de l'été 1935. Briony, 13 ans, la plus jeune des trois enfants de la famille, a une vocation d'écrivain et un goût passionné pour l'écriture et les belles histoires compliquées.

Ce sont les vacances d'été et sa grande soeur Cécilia (Keira Knightley) semble traiter de haut le fils de la gouvernante, Robbie (James McAvoy), qui se consume d'amour pour elle en secret. Celui-ci passe l'été à aider aux travaux de jardinage et Cécilia lui fait bien comprendre qu'ils ne sont pas du même monde, même s'ils suivent les mêmes études à l'université grâce à une bourse payée au jeune homme par le père de la jeune fille.

La bande-annonce du film

Un soir, alors qu'il est invité à dîner chez la famille, Robbie décide de déclarer sa flamme à Cécilia en lui écrivant, tapée à la machine, une lettre d'amour passionnée et romantique. Mais, pour s'amuser, il en écrit une autre, beaucoup plus courte mais beaucoup plus corsée, en des termes explicites non destinés à être lus par une jeune fille de la bonne société anglaise.

Avant d'aller à la soirée, Robbie confie sa lettre d'amour à la jeune Briony, avec mission de la transmettre à Cécilia. Hélas il se trompe de lettre: c'est le petit mot pornographique qu'il met dans l'enveloppe, et non la déclaration d'amour romantique. Et évidemment cette audace involontaire va beaucoup plaire à Cécilia: en arrivant au dîner, Robbie s'excuse auprès d'elle, mais elle lui tombe dans les bras. Ils deviennent amants, debout, dans la grande bibliothèque de la maison, avant le dîner. Elle l'aime, elle aussi.

Cela pourrait être le début d'un grand amour sensuel et passionné. Mais il y a trois gros grains de sable dans cette belle machine romantique: le premier est que Briony a lu la fameuse lettre avant de la remettre à Cécilia, le deuxième est qu'elle les a vus tous les deux dans la bibliothèque.

Pour une adolescente de 13 ans, ces mots pornographiques, ces actions interdites sont un monde inconnu, effrayant. Elle ne comprend pas. Dans son imaginaire, Robbie n'est rien moins qu'un obsédé sexuel, un pervers, un homme dangereux. Et le troisième grain de sable viendra encore d'elle: quand sa cousine est violée, le soir dans les bois, par un ami de la famille, c'est Robbie qu'elle accuse.

Sur la foi de ses déclarations, le jeune homme est donc arrêté par la police, chassé par la famille, et condamné à la prison.

Quatre ans plus tard, c'est la guerre. Robbie a été libéré de prison à la condition de s'engager dans l'armée. Il combat dans le nord de la France. Cécilia, elle, a quitté sa famille et sert comme infirmière à Londres. Ils se revoient. Elle l'aime encore, et lui aussi. «Reviens. Reviens-moi», lui dit-elle. Mais c'est la guerre...

Cette seconde partie du film, plus riche et plus forte en émotions, réservera des rebondissements. On passe du charme feutré de la campagne anglaise aux horreurs de la guerre, et l'on entre de plain-pied dans le mélo le plus flamboyant. Briony vient d'avoir 18 ans et se rend compte du mal qu'elle a fait...

Le déclic, la scène-pivot, le bijou de ce film est un hallucinant plan-séquence, sur la plage de Dunkerque, avec des milliers de soldats, des chevaux, une grande roue, un manège, des soldats qui chantent dans un square, des chevaux qu'on abat d'une balle dans la tête, des soldats ivres, des soldats blessés, des cabines de bain envahies, des véhicules militaires éventrés, un navire à sec aux voiles déchirées qui claquent au vent, ds barbelés dans les dunes, des feux de camp, des caillebotis traînant sur le sable, les vagues au loin, et Robbie errant au milieu de tout cela.

Cela dure de longues minutes, la caméra tourne en continu, sans coupure: ce morceau d'anthologie se situe vers le milieu du film, ouvrez bien vos yeux et laissez-vous enivrer par ces images qui, à elles seules, méritent d'aller voir ce «Reviens-moi» dont on comprendra, en toute fin d'histoire, le titre original: «Atonement», qui veut dire «expiation», titre du livre de l'écrivain Ian McEwan dont le film est tiré. (ap)

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