Genève - Revolver couvert de mollusques extirpé de la vase du Rhône
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GenèveRevolver couvert de mollusques extirpé de la vase du Rhône

Un amateur qui récupérait des objets métalliques dans le fleuve, au centre-ville, y a trouvé une arme à feu du XIXe siècle. Il devra la restituer, dit la loi.

par
David Ramseyer
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L’arme retrouvée au fond du Rhône est un revolver à broche, produit en Belgique dès 1865 environ.

L’arme retrouvée au fond du Rhône est un revolver à broche, produit en Belgique dès 1865 environ.

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Le revolver couvert notamment de petites moules, tel qu’il se présentait lorsqu'il a été sorti du Rhône. 

Le revolver couvert notamment de petites moules, tel qu’il se présentait lorsqu'il a été sorti du Rhône.

Lecteur reporter
L’exposition à l’air libre pendant plusieurs heures, une fois sorti de l’eau, a provoqué des réactions chimiques qui ont attaqué le six-coups.

L’exposition à l’air libre pendant plusieurs heures, une fois sorti de l’eau, a provoqué des réactions chimiques qui ont attaqué le six-coups.

Lecteur reporter

«J’ai déjà retiré du Rhône des skateboards, une clé de Ferrari et une multitude d’outils, d’écrous ou de clous. Mais un revolver, jamais! Ça m’a scotché». Autant pour amuser sa fille de 11 ans que pour dépolluer le fleuve et le Léman, Steeve s’adonne depuis plus d’un an à la pêche à l’aimant. Au pont de la Machine il y a deux semaines, le quinquagénaire a découvert au bout de sa corde de 10 mètres, plaquée au poids aimanté, une vieille arme à feu couverte de mollusques.

Revolver inutilisable

«Je l’ai traité au vinaigre, je l’ai brossé et limé pour lui rendre un peu de son éclat», énumère le Genevois. Cependant, après une baignade d’a priori plusieurs décennies, le six-coups de poche est plutôt en mauvais état: le métal est piqué, les mécanismes sont bloqués et la tige qui sert à dégager les cartouches du barillet est manquante. Steeve aimerait tout de même bien conserver «cette pièce de collection qui ne fonctionne plus». Mais il n’en a pas le droit.

Abandonner une arme: un délit

La loi fédérale sur les armes (LArm) oblige en effet toute personne qui trouve un pistolet, un revolver, un fusil ou encore certains types de couteaux, à l’apporter à la police, qui tentera alors d’identifier son propriétaire. Si c’est impossible, l’objet peut être conservé «à des fins didactiques, pour études par exemple. Sinon, il est détruit», précise Joanna Matta, porte-parole des forces de l’ordre.

Au cas où le détenteur de l’arme est retrouvé, elle lui sera restituée, mais elle peut aussi être confisquée ou éliminée: «La décision finale revient à la justice», appuie la communicante. Enfin, si quelqu'un se débarrasse de son bien et qu’il est identifié, il sera sanctionné d’une contravention «pour avoir rendu son arme accessible à un tiers», dixit la loi.

Une «pétoire sans grande valeur»

L’arme sortie du Rhône est un revolver à broche, de conception belge, fabriqué à grande échelle dès 1865 environ, décrypte l’armurier Didier Truchère, en analysant la photo de l’objet sauvé des eaux. «C’est une pétoire sans grande valeur. Peu puissant, ce 7mm était prisé des citadins et des bourgeois de l’époque, pour l’auto-défense ou la dissuasion. Les dames, en particulier, le portaient sur elles lorsqu'elles sortaient. Même chose pour les médecins, lorsqu’ils se rendaient au chevet de patients isolés en campagne, où ils risquaient de mauvaises rencontres.» Les décorations gravées sur le métal étaient effectuées à la demande de l’acheteur. Pour la petite histoire, c’est avec ce revolver de style Lefaucheux qu’en 1873, le grand poète Paul Verlaine avait fait feu et blessé au bras son amant – un autre immense esthète des mots: Arthur Rimbaud.

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