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CoronavirusRHT, APG, cas de rigueur: l’épopée de ceux qui cherchent de l’aide

Les annonces de crédits débloqués par la Confédération et les Cantons sont régulières depuis plusieurs mois, mais les montants peinent à arriver aux destinataires. Si les Cantons se plient en quatre, ils appellent à l’aide les argentiers de la Confédération.

par
Pauline Rumpf
Le système d’aide est lent et complexe, même pour les spécialistes. 

Le système d’aide est lent et complexe, même pour les spécialistes. 

Getty Images

2,5 milliards: c’est le montant colossal annoncé en décembre par la Confédération pour venir en aide aux entreprises touchées par la crise. C’est que, la fin de l’année approchant, les 13es salaires et les comptabilités à boucler donnaient des sueurs froides aux employeurs. Mais ce joli paquet-cadeau n’est pas arrivé sous le sapin. Quelques Cantons se sont substitués pour avancer certaines sommes promises avant le changement d’année, et y ajouter leur part de subventions. Le Valais a d’ailleurs annoncé vendredi avoir augmenté les montants de l’aide à venir, à fonds perdu, pour la seconde vague de fermeture, et avoir déjà versé des acomptes pour la quasi-totalité des demandes de décembre.

«Mais le Canton le plus pauvre de Suisse a fait un effort énorme et attend maintenant que la Confédération en fasse de même», a asséné le ministre valaisan de l’Économie, Christophe Darbellay, invitant Berne à délier les cordons de la bourse. «Des secteurs économiques sont à l’agonie», abondait son homologue vaudois Philippe Leuba sur les ondes de la RTS, avant de nuancer la lenteur parfois reprochée à ses services: début janvier, 60% des RHT ont été payées, ainsi que 55% des indemnités de fermeture.

Insuffisant pour boucher tous les trous

En effet, les Cantons romands font preuve d’efficacité, constate Blaise Matthey, directeur de la Fédération des entreprises romandes (FER). Mais les montants sont insuffisants: pour les moyennes entreprises, le maximum fixé à 500’000 francs pour quinze mois permet à peine de couvrir les charges patronales, explique son collègue Arnaud Brugin, directeur des associations professionnelles de la FER. La discussion autour de la suspension des loyers devrait également être rouverte à Berne, estime Blaise Matthey.

Les mailles du filet restent également trop larges selon lui: les entreprises hybrides, par exemple les centres de loisirs, sont traitées de façon schizophrénique, tandis que les sous-traitants sont systématiquement oubliés, par exemple les entreprises de nettoyage ou les grossistes, qui n’ont droit qu’aux RHT alors que les charges patronales subsistent. Et mis face à la complexité du système, entre RHT, APG, prêts Covid ou encore cas de rigueur, «même les spécialistes de la FER peinent à s’y retrouver».

Les Cantons alignent les acomptes

À Fribourg, Sven Dietrich est patron de Fribowling, l’exemple parfait du flou dans lequel certains se sont retrouvés cette année. Regroupant des espaces de sport, de loisirs et de restauration, le lieu a vogué entre les statuts et les fermetures de ses différents espaces, et parfois pas à la même enseigne que d’autres centres comparables mais définis légèrement différemment. «La situation est très confuse pour tout le monde, regrette-t-il, mais on ne peut pas dire qu’on n’a pas été entendus. Pour nous, le Canton a été rapide et efficace: il compense nos loyers et nous touchons les RHT, donc l’essentiel est couvert.» Point noir sur le tableau, les pourboires: cette part importante du salaire des serveurs ne sera compensée pour personne.

«Il faut se rappeler que tout ce qui nous est payé actuellement, ce sont des acomptes», ajoute Sven Dietrich, qui a foi en la générosité des autorités. Ministre fribourgeois de l’Économie, Olivier Curty veut lui donner raison. «Les gros montants viendront, avance-t-il, confiant. Nous avons pris les devants pour apporter des liquidités, mais nous attendons de la Confédération un assouplissement des règles autour des cas de rigueur. Il faut que toutes les entreprises forcées à fermer soient comprises dans cette ordonnance.» Et d’admettre que la multiplication des calendriers et des échelons parallèles a certainement apporté beaucoup de confusion.

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