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MaliRisque de contagion de la crise malienne

En s'emparant d'un complexe gazier dans l'est de l'Algérie mercredi, les combattants liés à Al-Qaïda ont montré qu'ils étaient en mesure de frapper n'importe où dans la zone saharienne.

Dans une région où les frontières ne sont guère plus que des traits tracés sur une carte, les islamistes peuvent se disperser comme bon leur semble et se réorganiser facilement s'ils sont chassés d'une région. L'opération Serval menée par la France et désormais épaulée par la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao) a stoppé la progression des rebelles en direction de Bamako, la capitale du Mali, et a marqué les esprits.

Le risque est de voir la crise malienne provoquer une contagion dans l'ensemble de l'Afrique sub-saharienne, notamment dans des pays dont les forces militaires ou la police peinent à garantir la sécurité sur l'ensemble de leur territoire.

Les observateurs s'inquiètent que la prise d'otages menée depuis mercredi matin par un groupuscule émanant d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) se soit produite en Algérie. Les forces algériennes, endurcies par le sanglant conflit civil contre les islamistes au cours des années 90, ont la réputation de protéger efficacement les sites stratégiques installés sur leur sol.

Islamistes multinationaux

Si la «brigade des Moulathamine» a réussi à se rendre maître du complexe gazier de Tiguentourine et à tenir tête aux soldats algériens pendant plusieurs jours, d'autres islamistes peuvent constituer une menace encore plus grande face à des forces de sécurité moins entraînées et équipées.

L'autre sujet d'inquiétude des experts est que les preneurs d'otages appartenaient à différentes nationalités. Selon les premiers éléments, certains étaient égyptiens, tunisiens, libyens et avaient été rejoints par un Français et un Malien.

Le caractère multinational du groupe confirme que les islamistes installés depuis plusieurs mois dans le nord du Mali ont réussi à attirer des combattants venus de pays jusqu'alors sous-représentés dans les factions plus ou moins liées à Al-Qaïda.

Groupuscules très mobiles

La lenteur avec laquelle la communauté internationale a réagi à la prise de contrôle du nord du Mali après un coup d'Etat militaire à Bamako a donné le temps aux militants de s'organiser, de recruter des combattants et de s'armer.

Le principal casse-tête pour les gouvernements de la région est de trouver le moyen de suivre et de contrôler ces groupuscules très mobiles. Ils peuvent au besoin se fondre dans la population de villes ou de villages et menacer de mener une guérilla urbaine.

Le Sénégal, pays de tradition musulmane fier de sa tolérance religieuse, s'inquiète désormais de la présence de cellules dormantes sur son sol. Le président Macky Sall, dont le pays a fourni un contingent de 500 hommes à la Misma chargée d'appuyer l'armée malienne, a appelé ses concitoyens à signaler toute activité suspecte de musulmans venus de l'étranger.

La Mauritanie, dont le spectre politique est beaucoup plus divisé que celui de son voisin, a préféré se montrer prudente et a décidé de ne pas s'impliquer dans la crise malienne. «Nous avons déjà payé un prix trop élevé pour avoir agi seul contre des groupes terroristes par le passé», a commenté Mohamed Yahya Ould Horma, vice-président du parti UPR au pouvoir.

Nigeria préoccupant

«La France veut chasser les extrémistes. Mais vers où? La Mauritanie et le Niger peuvent se retrouver dans les ennuis. Le Burkina Faso va être confronté à une menace», explique Kwesi Aning, expert au Centre d'entraînement international des casques bleus Kofi Annan au Ghana.

Mais, c'est certainement le Nigeria, pays disposant des principales réserves pétrolières de la région, qui cristallise les plus grandes préoccupations. Les autorités d'Abuja doivent déjà composer avec la présence sur leur territoire de la secte Boko Haram et en envoyant un premier contingent de 1200 hommes au Mali cette semaine, le président Goodluck Jonathan a pris un pari.

Pour Kwesi Aning, l'intervention au Mali «rend toute la région sub-saharienne beaucoup plus vulnérable. Nous allons assister à une multiplication des fronts». (ats)

«La France a été obligée d'intervenir très, très rapidement»

«La France a été obligée d'intervenir très, très rapidement»

Les forces africaines d'intervention au Mali «doivent prendre le relais de la France», a déclaré samedi le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius à son arrivée à Abidjan, peu avant le début d'un sommet ouest-africain consacré au Mali auquel il participe. «La France a été obligée d'intervenir très, très rapidement sinon il n'y aurait plus de Mali mais il est bien entendu que ce sont les Africains qui doivent prendre le relais», a-t-il déclaré à la radio RTL. Interrogé sur le temps qu'il faudra pour que les troupes africaines de la Misma (Mission de soutien au Mali) soient opérationnelles, le ministre a estimé que cela se mesurait «en semaines».

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