Tennis: Roland-Garros ou le règne de l'aléatoire
Actualisé

TennisRoland-Garros ou le règne de l'aléatoire

La pluie a perturbé la journée de lundi à la Porte d'Auteuil, où les mesures de sécurité sont parfois étonnantes. Récit de l'intérieur.

par
Jean-Philippe Pressl-Wenger
Paris
Silence, on bâche!

Silence, on bâche!

photo: AFP/Philippe Lopez

Le sport en général, et le tennis en particulier, a ceci de formidable qu'il remet parfois le sort d'une partie ou d'une carrière entre les mains d'un destin facétieux. Cette année, il suffit déjà de s'approcher du périmètre de sécurité érigé autour des installations exiguës de la Porte d'Auteuil pour déceler un parfum d'à-peu-près, pour titiller la frontière entre la règle et l'aléatoire.

Les attentats qui ont frappé Paris en novembre 2015 ont eu comme conséquence un renforcement de la sécurité autour du tournoi. Une mesure logique et justifiée. Sa mise en oeuvre a toutefois de la peine à donner l'image d'une action coordonnée aux visiteurs. Sous la pluie du lundi matin, les files d'attentes se sont multipliées aux portes d'entrée du site, pour les VIP, pour les visiteurs munis d'un billet et pour les journalistes. L'expérience peut s'avérer un poil frustrante, et pas en raison des précipitations.

Earl Grey interdit

Il y a la file pour les dames, et celle pour les messieurs. Mais on ne le découvre toutefois qu'une fois près du gardien chargé de vous fouiller. Certaines, égarées, ont dû repartir pour un tour. Notez bien que rien n'indique qu'il s'agit d'une file réservée à l'un ou l'autre sexe. Le contrôle de sécurité débute par la fouille du sac à dos. Ordinateur, iPad, carnet de notes, stylos, tout y passe, jusqu'à la trouvaille du préposé à la dite fouille: «Ah monsieur, désolé, vous ne pouvez pas entrer avec votre thermos, ni avec votre bouteille d'eau. Vous devez les mettre en consigne.» La pluie donnait déjà à Paris des airs de Wimbledon, le thé y aurait amené une touche de classe britannique. Siroter un Earl Grey sous le crachin a toujours un petit quelque chose d'une douce bravade. Dommage.

Du coup, en avant direction la consigne à 800 mètres de l'entrée des plumitifs, où l'on nous apprend que le thermos n'a rien de dangereux, mais que les boissons doivent être achetées dans l'enceinte. «C'est du marketing», tente de justifier l'hôtesse. Retour, sans conviction, au portique habituel. La marche a des vertus, même sous la pluie. Mais les trottoirs inégaux, en terre, du Boulevard d'Auteuil se transforment vite en caniveau, avec l'eau tombée du ciel. Les organisateurs ont tout prévu pour le confort des spectateurs, déversant de la sciure ou du sable dans les flaques. Mais pas partout.

De retour dans la file d'entrée, on regrette de ne pas avoir emporté nos bottes en caoutchouc. Une fois face au garde, l'esprit léger, on ouvre le sac une deuxième fois, et ça passe. On se soumet ensuite au détecteur de métal, puis à la fouille corporelle. Tout est en ordre, le badge est scanné, on pénètre enfin dans ce qui semble être le saint des saints.

La veille, le sous-signé avait pu entrer dans l'enceinte de la Porte d'Auteuil. Sans voir son sac ouvert ou fouillé une seule fois. Avec une bouteille d'eau et un thermos de thé. La quinzaine parisienne est donc bien lancée. Et on sait qu'à Roland Garros, il faudra s'attendre à tout.

Ton opinion