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Affaire PolanskiRoman Polanski, une oeuvre non conformiste, une vie émaillée de drames

Physique de lutin, oeuvre et vie controversées, le cinéaste d'origine polonaise Roman Polanski, rattrapé par une affaire de moeurs vieille de plus de 30 ans, est un artiste complexe, séduisant et fragile, à la vie émaillée de drames.

Réalisateur surdoué, acteur, scénariste et producteur, aujourd'hui âgé de 76 ans, il a construit, en une quarantaine de longs métrages, une oeuvre non conformiste teintée de cynisme, marquée par de grands films : «Cul de sac» (1966), «Le Bal des vampires» (1967), «Rosemary's Baby» (1968), «Chinatown» (1974), «Le locataire» (1976), «Tess» (1979) ou «Le pianiste» (2002).

Né en 1933 à Paris de parents juifs polonais rentrés en Pologne deux ans avant le début du conflit mondial, Polanski est marqué par son enfance derrière les barbelés du ghetto de Cracovie et la déportation de ses parents à Auschwitz, d'où sa mère ne revient pas.

Seul dès l'âge de huit ans, il survit dans les bois avec d'autres enfants, puis est recueilli par des paysans et frôle la mort lors de la chute d'un obus.

Il en tirera son film le plus personnel, Palme d'Or au Festival de Cannes en 2002 : «Le Pianiste» où Adrien Brody campe un survivant du ghetto de Varsovie.

Le film raflera trois Oscars en 2003, dont meilleur réalisateur pour Polanski. Mais, symbole de l'affaire qui le rattrape aujourd'hui, il ne peut se rendre à Hollywood recevoir son trophée.

Diplômé de l'institut du cinéma de Lodz en 1959, sa carrière commence en 1962 un premier long métrage, le thriller psychologique «Le Couteau dans l'eau».

Parti à Paris puis à Londres, il voit s'ouvrir les portes de Hollywood avec le succès du film d'horreur «Répulsion», où Catherine Deneuve campe une folle meurtrière, et «Cul de sac».

L'aventure américaine durera 10 ans, semée de bonheurs - mariage avec l'actrice Sharon Tate, succès internationaux - et de cauchemars : le sauvage assassinat de cette épouse, enceinte de huit mois, en 1969 par des satanistes disciples de Charles Manson.

Huit ans plus tard, en 1977, Roman Polanski qui mène une vie agitée, se retrouve enfermé dans la prison qui avait abrité les assassins de sa femme, accusé de viol de mineure pour avoir eu des relations sexuelles avec Samantha Geimer, alors âgée de 13 ans, lors d'une séance de photos dans la villa de Jack Nicholson.

Elle témoignera plus tard avoir cherché à le repousser et qu'il lui avait donné drogue et alcool.

Le cinéaste avancera que la victime semblait plus âgée et, selon des témoignages ultérieurs, le juge en charge de l'instruction songeait surtout à sa publicité personnelle.

Libéré après quelques semaines mais menacé de retourner sous les verrous, Polanski fuit les Etats-Unis.

Plus tard, il confiera toutefois au journaliste français Paul Giannoli son attraction pour les «fruits verts». «J'aime les très jeunes filles, d'abord parce qu'elles sont plus belles, c'est évident, mais surtout parce qu'elles satisfont mon désir de pureté et de romantisme».

Naturalisé français en 1976, il s'installe à Paris et tourne moins, poursuivant son parcours accidenté entre succès («Tess» en 1979), fiasco («Pirates» en 1984) ou égarement érotico-triste («Lunes de fiel» en 1992, avec sa compagne, Emmanuelle Seigner).

Ses mises en scène de théâtre ou d'opéra : «Lulu» de Berg en Italie, «Les Contes d'Hoffmann» d'Offenbach à Paris, sont saluées.

«Aux yeux de bien des gens, je passe pour une espèce de gnome et de débauché mais mes amis - et les femmes de ma vie - savent à quoi s'en tenir», écrivait-il en 1984, dans son autobiographie «Roman». (afp)

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