Genève: Rooftop 42: le tueur ignore pourquoi il a «explosé»
Actualisé

GenèveRooftop 42: le tueur ignore pourquoi il a «explosé»

Le procès de l'agent de sécurité accusé de meurtre a débuté lundi.

par
Marine Guillain
C'est dans cette galerie de la rue du Rhône que le drame s'est produit.

C'est dans cette galerie de la rue du Rhône que le drame s'est produit.

20 minutes / jef

«Je ne voulais pas le frapper», a répété Daniel*, lundi au tribunal. Pourtant il l'a fait. C'était le 25 septembre 2015. Ce jour-là, au retour d'un voyage professionnel à Zurich, Thomas* est allé boire des verres au Rooftop 42 avec des amis. Il n'est jamais rentré chez lui. Il a été vidé des lieux puis violemment frappé par l'agent de sécurité. Plongé dans le coma, il est mort neuf mois plus tard, à 43 ans. Laissant derrière lui sa femme et ses deux filles de 15 et 13 ans.

«Je ne sais pas pourquoi j'ai explosé, assure l'accusé, qui admet les coups au visage. C'était l'accumulation. Je n'aurais jamais dû le frapper, je n'ai aucune excuse. Je n'ai pas pensé aux conséquences, je voulais juste qu'il se taise.» Peau pâle, crâne rasé: Daniel est étonnement petit et mince. Cet ancien champion du monde de full-contact explique que dans son métier, «il faut savoir se maîtriser et maîtriser les gens sans violence. C'était mon point fort jusqu'à ce jour.»

Il s'énerve aux questions qu'on lui pose: «Mais non, je ne lui ai pas mis de coup au ventre, dans la bousculade il y a des mains qui se baladent, c'est normal!» Il raconte avoir grandi dans la pauvreté, commencé à travailler à 14 ans. Quelques années plus tard, il était marié et père de deux enfants, possédait son fitness et discothèque. Il a été agent d'accueil pendant 40 ans. «J'ai travaillé dans toutes les boîtes de nuit qui ont bonne réputation à Genève, dit-il. J'étais apprécié.»

La femme de Thomas*, séparée visuellement du tueur par une paroi blanche, est restée digne. Pleurant silencieusement à l'évocation de son mari «baignant dans son sang». «Depuis le 25 septembre je suis brisée, je ne suis plus la même, soutient-elle. Mon mari me manque terriblement, tous les jours. Personne n'avait le droit de lui faire ça».

*Prénoms d'emprunt

Viré puis tabassé

Viré puis tabassé

Le soir du drame, Thomas* s'était attablé à la terrasse du bar huppé. Non loin, d'autres clients, avec qui le cadre dans une multinationale genevoise avait eu un différent. De peur que ça s'envenime, l'établissement a demandé à Daniel de sortir Thomas: «Il a pété les plombs quand je lui ai dit de partir, raconte l'agent de sécurité. J'ai voulu le calmer mais il ne voulait rien entendre, il n'a cessé de m'insulter. Je le connaissais un peu, là il n'était pas dans son état normal.» Les deux hommes ont pris l'ascenseur qui mène à la sortie. En bas, Daniel a asséné coup de boule et coups de poing au visage de Thomas, qui est tombé. Sa tête a heurté le sol en marbre.

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