coronavirus: «Rouvrir mon resto, c’est un casse-tête heureux»
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coronavirus«Rouvrir mon resto, c’est un casse-tête heureux»

Lundi, les établissements publics pourront à nouveau accueillir leurs clients. Les restrictions les obligeront à se réinventer. Reportage.

par
David Ramseyer

«Le double-mètre, c’est mon nouveau pote», sourit Julien Megevand. Entre deux tables à l’ombre d’un marronnier, il se penche sur la barre jaune graduée et vérifie: «Bon là, la distance, ça joue». Le patron du Café de l’Étoile à Vernier (GE) contemple sa terrasse. Après huit semaines de fermeture forcée, les lieux rouvriront lundi, avec les limitations imposées par la pandémie (cf. second encadré). À l’extérieur, l’établissement qu’il tient avec son associé Fabian passera de 70 à 44 places, certaines sur la piste de pétanque près de la haie. «En début de semaine, j’avais fait un agencement à l’oeil. Mais j’ai tout dû déplacer. Je ne m’imaginais pas que deux mètres entre les tables, c’était si grand!» Puis il lève les yeux au ciel: «Si la météo n’est pas avec nous, ce sera très, très dur…»

Les terrasses devraient s’étendre

Pour accueillir plus de clients, alors que la place sera limitée à l’intérieur, les restaurants miseront sur leur terrasse. Lundi passé, la Ville de Lausanne a assoupli ses règles en la matière. Des espaces pourront être agrandis ou créés sur le domaine public; et même, dans certains cas, empiéter sur des places de parc. Au bout du lac, si le conseiller d’Etat chargé du développement économique, Pierre Maudet, se dit favorable à de telles dérogations, il rappelle qu’il s’agit d’une compétence communale. La Ville de Genève étudie une possible extension des terrasses, «mais aucune décision n’a été prise pour le moment», indique Cédric Waelti, porte-parole du Département de l’environnement urbain. À Carouge, où pullulent bars et restaurants, «les discussions sont en cours», informe le conseiller administratif Nicolas Walder. Ce dernier précise que la commune sarde offre déjà la gratuité de l’utilisation de son domaine public jusqu’à la fin de l’année.

Seul au turbin, pour l’instant, Julien retourne dans la salle du restaurant qui va tourner avec moitié moins de couverts. Il balaie les lieux du regard, puis s’agite. «La tablée centrale, je la crame! Là, je tourne la table dans l’autre sens, ça fera un passage plus large. Celle-ci dans le coin est trop grande, je ne peux pas l’enlever, je n’ai pas d’espace de stockage. Bon, je mettrai des fleurs dessus.» Le personnel, lui, est déjà drillé. Lavage des mains «trente fois par jour», rigole le patron, et les deux serveuses devront rester à distance lorsque la clientèle passera commande. A cela, il faut ajouter une désinfection intensive, plusieurs fois dans la journée, des toilettes, des cartes de menu, des chaises et des tables. Les nappes seront en papier, «parce que désinfecter le tissus au fur et à mesure des services, c’est évidemment impossible».

Plus d’espace en salle mais moins de clients

Face à une pandémie toujours installée, la faîtière de l’hôtellerie-restauration, GastroSuisse, a dévoilé mardi passé les règles précises que devront suivre les exploitants. Seule la clientèle assise sera autorisée, avec quatre personnes maximum par table – sauf pour les parents accompagnés de leurs enfants – et deux mètres entre chaque table. La traçabilité des convives sera de mise: ils devront fournir leurs coordonnées, tandis que les gérants noteront la date et l’heure de leur venue. Le but? Reconstituer la chaîne d'infection au cas où un client devait contracter le Covid-19. Du savon ou du désinfectant devra être disponible à l’entrée des établissements. Ces derniers devront aussi protéger leur personnel et faire respecter la distance sociale (chariot de service, protections au comptoir, port éventuel d’un masque).

Le restaurateur verniolan sait qu’il prend un risque financier à rouvrir avec une capacité d’accueil réduite de moitié. «C’est un casse-tête, mais un casse-tête heureux. Je vais recommencer mon travail. C’est mon métier et je l’aime.»

Le 11 mai, un peu de vie reviendra donc enfin dans les établissements publics. «Il faut rester optimiste, martèle Laurent Terlinchamp, président de la Société des Cafetiers et Restaurateurs genevois. Même s’il y aura de gros dégâts économiques, le commerce a toujours réussi à s’adapter. Nous aurons plaisir à retrouver nos clients. Même si ce ne sera pas comme avant, c’est déjà ça».

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57 commentaires
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Petit Nain

07.05.2020, 14:08

Je vais y aller le plus vite possible pour soutenir les restaurateurs et les retrouver Je leur fais une grande confiance De plus ,ayant contracté le Covid 19 Je ne suis plus contagieuse( test négatif) Et j’ai peu de risques

Lavéritéavanttout

07.05.2020, 14:02

La restauration peut profiter du moment pour se réinviter de façon positive pour tout le monde. Tout le monde perdra en quantité mais gagnera en qualité. Les petits restaurants et bars devront peut-être se mettre ensemble (fusionner) pour créer de plus grands espaces. La promiscuité ne sera plus de mise et pour longtemps.

Jamais réservé ?

07.05.2020, 13:55

Autant je conoçit qu'on puisse s'inquiéter pour ses données personelles quand on voit certains questionnaires, autant j'aimerais savoir qu'elle est la difference par rapport à avant le virus, où lorsqu'on réserve une table on donne son nom et son numéro de telephone ?