Genève: «S'il est bon, on s'en fiche d'avoir un maire africain»
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Genève«S'il est bon, on s'en fiche d'avoir un maire africain»

Première à Genève: un Vert natif du Bénin a été élu dimanche à l'Exécutif du Grand-Saconnex. Les habitants ne se formalisent pas de ses origines.

par
Julien Culet
A 55 ans, Laurent Jimaja se présentait pour la troisième fois au Conseil administratif du Grand-Saconnex.

A 55 ans, Laurent Jimaja se présentait pour la troisième fois au Conseil administratif du Grand-Saconnex.

«C'est un peu un événement. Il était temps.» Comme Lucia, nombre sont les habitants du Grand-Saconnex à saluer l'élection, dimanche, du Vert Bienvenu Laurent Jimaja à l'Exécutif de leur commune. Il est le premier africain à accéder à une mairie genevoise. Mais les citoyens rencontrés au lendemain du scrutin ne se focalisent pas plus que ça sur les origines de leur élu. «On s'en fiche du moment qu'il est compétent», estime ainsi une retraitée. Si les Saconnésiens espèrent du changement, c'est davantage parce qu'il est le premier magistrat de gauche depuis de nombreuses législatures. «Il a gagné sur des valeurs, un programme», juge Albertino, pour qui «le premier symbole, c'était Obama. Là, on est au Grand-Saconnex, c'est bien moins important.»

Et s'il y en a bien un qui ne va pas revendiquer une quelconque différence, c'est Bienvenu Jimaja. Ou plutôt Laurent, «car quand je donne mon premier prénom, les gens ne comprennent pas et me remercient». Natif du Bénin, il est arrivé à Genève il y a 26 ans. «Je ne mets pas mes origines en avant, même si elles sont évidentes. Je suis Saconnésien avant tout», explique-t-il. Actif dans la vie associative, au Conseil municipal depuis 12 ans, il voit son élection comme une «reconnaissance ultime de son appartenance à la communauté». Une adaptation qui lui paraît totalement naturelle: «c'est comme une plante. Si elle n'est pas acclimatée, elle ne peut pas pousser.»

Cette élection au conseil administratif, à 55 ans, est l'apothéose de sa carrière. Dès son enfance, au Bénin, il a baigné dans la politique, au gré des «campagnes électorales tropicales des années 1970». Après avoir côtoyé de nombreuses injustices en Afrique, celui qui est formateur pour adultes à l'institution genevoise de maintien à domicile a vu son engagement à gauche, en Suisse, comme une évidence. En 13 ans de pratique, il dit n'avoir jamais rencontré de problèmes. «Même si c'est toujours dur de partir avec un nom exotique, indique-t-il. Mais ça s'arrange une fois qu'on commence à être connu.» Et, connu, Laurent Jimaja l'est désormais puisqu'il est arrivé en 2e position dimanche dans sa commune.

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