Condamnée à la lapidation: Sakineh libérée, l'Iran ne confirme pas
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Condamnée à la lapidationSakineh libérée, l'Iran ne confirme pas

Condamnée à mort par lapidation, l'Iranienne Sakineh Mohammadi-Ashtiani aurait été libérée, ainsi que son fils et son avocat, selon le Comité international anti-lapidation.

La communauté internationale s'était mobilisée pour cette mère de famille de 43 ans.

La communauté internationale s'était mobilisée pour cette mère de famille de 43 ans.

Le Comité anti-lapidation, dont le siège est à Berlin, a annoncé jeudi soir la libération de l'Iranienne condamnée à mort par lapidation, Sakineh Mohammadi-Ashtiani, une information qui n'a pas été confirmée de source officielle.

Selon le Comité anti-lapidation, Sakineh aurait été libérée ainsi que son fils et son avocat.

«Nous avons reçu cette information d'Iran qu'ils sont libres», a dit à l'AFP Mina Ahadi, porte-parole du Comité. «Nous attendons encore une confirmation», a-t-elle toutefois ajouté.

En début de soirée, Téhéran n'avait pas confirmé ces libérations et aucun média du pays n'en a fait mention.

Une télévision iranienne a toutefois montré des photographies de Sakineh Mohammadi-Ashtiani chez elle la semaine dernière. Les photos semblent avoir été prises les 4 et 5 décembre, lors de la préparation d'une émission réalisée par la chaîne iranienne en anglais Press-TV, et non encore diffusée, sur l'affaire Mohammadi-Ashtiani, a appris l'AFP.

Emission à charge

Dans la soirée au contraire, la 4e chaîne iranienne diffusait une émission à charge destinée à prouver la culpabilité de Sakineh et dénonçant la campagne politique et le parti pris hostile des médias et dirigeants occidentaux dans cette affaire.

A Paris, le philosophe français Bernard-Henri Lévy a fait part à l'AFP de son profond scepticisme sur la libération de Sakineh.

«C'est plus que le doute, hélas. On est peut-être en présence d'une énorme et monstrueuse manipulation», a déclaré le philosophe qui mène une campagne active pour obtenir la libération de Sakineh.

Réactions

Ni les ministères allemand ou français des Affaires étrangères n'ont pu confirmer l'information, indiquant l'un comme l'autre qu'ils étaient dans l'attente d'une éventuelle confirmation.

Toutefois, en Italie, le ministre des Affaires étrangères Franco Frattini s'est aussitôt réjoui de l'annonce de la libération de Mme Mohammadi-Ashtiani, la qualifiant de «belle journée pour les droits de l'Homme».

Au Canada, Laureen Harper, épouse du Premier ministre Stephen Harper, s'est également réjouie qu'elle ait «apparemment été libérée».

Au Brésil, le président Luiz Inacio Lula da Silva s'est déclaré «très heureux et ému».

Condamnée deux fois depuis 2006

Mme Mohammadi-Ashtiani, emprisonnée à Tabriz (nord-ouest de l'Iran), a été condamnée à mort par deux tribunaux différents en 2006 pour son implication dans le meurtre de son mari. Sa condamnation pour meurtre a été ramenée à 10 ans de prison en appel en 2007, mais sa condamnation à la lapidation pour adultères a été confirmée la même année par une autre cour d'appel.

La révélation de cette affaire en juillet par des associations de défense des droits de l'Homme a provoqué une vive émotion en Occident et une intense mobilisation, de nombreux pays demandant que cette sentence «barbare» ne soit pas appliquée.

Téhéran a annoncé en juillet que la sentence avait été suspendue et que l'affaire était en cours de réexamen par la justice.

Le 22 novembre, le chef du Conseil des droits de l'Homme iranien, Mohammad Javad Larijani, a estimé qu'il y avait «une bonne chance pour que la justice iranienne épargne la vie» de Sakineh Mohammadi-Ashtiani, lors d'une interview à Press-TV.

Mohammad Javad Larijani est le frère de l'ayatollah Sadegh Larijani, chef de l'autorité judiciaire iranienne dont dépend le Conseil des droits de l'Homme, et du président du Parlement Ali Larijani.

Quant au fils de Sakineh, Sajjed Ghaderzadeh, et son avocat Me Houtan Kian, ils ont été arrêtés le 10 octobre à Tabriz alors qu'ils étaient interviewés par deux journalistes allemands.

Pour l'Allemagne, le dossier est délicat car ces deux Allemands - un reporter et un photographe travaillant pour le journal Bild am Sonntag du groupe de presse Axel Springer - ont alors eux aussi été arrêtés.

Ils sont toujours aux mains de la justice iranienne et se voient reprocher d'être entrés en Iran sans visa de presse.

L'enquête judiciaire «se poursuit», ils ne sont «pour l'instant» pas officiellement accusés d'espionnage, avait dit lundi le procureur général Gholam Hossein Mohseni Ejeie. (afp)

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