Actualisé 24.03.2011 à 21:30

Crise au YémenSaleh se défendra par «tous les moyens»

Le président yéménite Ali Abdallah Saleh, de plus en plus isolé face à la contestation populaire, a annoncé jeudi qu'il se défendrait par «tous les moyens possibles».

Le président yéménite Ali Abdallah Saleh, qui avait multiplié les concessions dernièrement, a annoncé jeudi qu'il se défendrait par «tous les moyens possibles», à la veille d'une nouvelle manifestation exigeant son départ immédiat. Des heurts entre militaires hostiles et fidèles au chef de l'Etat ont eu lieu jeudi.

«Nous préserverons la sécurité, l'indépendance et la stabilité du Yémen par tous les moyens possibles», a déclaré Ali Abdallah Saleh dans une allocution diffusée par la télévision d'Etat.

Il a par ailleurs violemment critiqué l'opposition parlementaire, qui anime la contestation populaire, estimant que «même si nous nous engageons dans un arrangement avec eux (chefs de l'opposition), la situation sera pire que maintenant».

Le chef de l'Etat a également invité les officiers et militaires ayant fait défection pour rallier l'opposition à «revenir à la raison».

Appel lancé

Les jeunes protestataires, qui continuent depuis plus d'un mois de manifester sur la place de l'Université de Sanaa, ont décidé de faire du vendredi «une journée pour le départ d'Ali Abdallah Saleh» et de marcher sur le palais présidentiel le vendredi suivant s'il continue de s'accrocher au pouvoir.

De son côté, Ali Abdallah Saleh, 69 ans, a appelé ses partisans à se masser vendredi sur une place proche du palais présidentiel, à plusieurs km du centre de Sanaa, loin de la place de l'Université.

L'armée, dont l'homme fort le général Mohsen Ali al-Ahmar s'est rallié à la contestation, est dorénavant divisée, et un nouvel incident entre unités rivales dans le sud-est du pays a fait trois blessés jeudi.

Ces accrochages ont éclaté entre des soldats et la garde républicaine commandée par Ahmed Saleh, l'un des fils du chef de l'Etat, à Moukalla, théâtre mardi d'une première confrontation qui avait fait deux tués.

Concessions

Le Parlement a approuvé mercredi, lors d'un vote contesté par l'opposition, l'instauration de l'état d'urgence qui donne en principe au président Saleh le droit d'interdire les manifestations et de limiter la liberté de la presse.

Le bureau d'Al-Jazira à Sanaa, la chaîne du Qatar, a été saccagé mercredi par des hommes armés et les autorités yéménites ont justifié jeudi sa fermeture pour diffusion de «fausses nouvelles».

Depuis le début des troubles, Ali Abdallah Saleh a procédé à plusieurs replis. Il a annoncé qu'il ne se représenterait pas en 2013, à la fin de son mandat, il a dissous son gouvernement, puis il a proposé mardi l'élection avant la fin de l'année d'un Parlement et de son successeur.

Mais même cette dernière concession, une exigence de l'opposition, a été insuffisante pour calmer les appels à sa démission immédiate.

Las des concessions au compte-gouttes

«Nous n'acceptons plus aucune concession. Nous ne voulons que le départ rapide du président», a assuré à l'AFP un des responsables du Comité politique des jeunes de la révolution, Rachad al Charaabi.

Il a encore ajouté que des concertations étaient en cours pour opérer une transition pacifique du pouvoir, mais qu'elle ne devait pas conduire à la mise en place d'une dictature militaire. «Nous voulons une société civile, pas un régime militaire», a-t-il assuré.

Cette requête des protestataires est intervenue alors que des pans entiers de l'armée ont jeté leur poids dans la bataille contre le président Saleh.

Le général Ahmar, chef le plus respecté de l'institution militaire, a entamé des concertations pour former un conseil de transition, ont assuré des sources proches de ces tractations.

Nouveaux signes de délitement

Parmi les transfuges de poids figurent, outre des ministres, chefs tribaux et diplomates importants, le général Ali Mohsen, considéré comme le second personnage du pays, auxquels les puissants services secrets seraient acquis.

Al-Jazira a fait état jeudi de nouveaux signes de délitement du régime. Dans le Nord du pays, où sévit une rébellion chiite, les gouverneurs des provinces Djouf et Saada, nommés par Saleh, auraient à leur tour tourné casaque.

Des tractations seraient encore en cours entre des groupes de la 'société civile' et le pouvoir. Regroupés sous le nom de «Bloc civil», ces groupes proposeraient la formation d'un conseil transitoire de neuf personnalités «non impliquées dans la corruption de l'ancien régime», le temps de préparer des élections dans les six mois. (afp)

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