Bande dessinée: «Sambre est une bande dessinée sur l'extrême»
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Bande dessinée«Sambre est une bande dessinée sur l'extrême»

Après huit ans, la suite de «Sambre» sort enfin. Son auteur, Yslaire, nous parle de son travail avant sa venue à Lausanne, samedi. Interview

par
Stéphanie Billeter
L'histoire tragique de Julie et Bernard dure depuis 25 ans... Yslaire promet qu'il y aura une fin.

L'histoire tragique de Julie et Bernard dure depuis 25 ans... Yslaire promet qu'il y aura une fin.

– Vous avez commencé «Sambre» en 1985. Saviez-vous alors que ce serait une longue saga?

– Je mentirais en disant que dès le premier volume, j'avais l'intention de faire une histoire qui s'étale dans le temps. L'originalité était d'avoir des personnages qui s'aiment et dont l'amour dure. C'est rare en BD. Et puis c'est devenu Roméo et Juliette, avec Juliette qui a survécu.

– Le personnage, Julie, a pourtant cherché à mourir...

– Julie a pris le dessin en main, je ne la contrôle pas. Ce sixième tome ne devait pas se focaliser sur elle, et elle s'est imposée. Il y a eu 16 versions de cet album avant le final. C'est une BD de et sur l'extrême!

– Vous avez l'air de comprendre les femmes.

– J'ai l'impression d'avoir été Julie dans une autre vie. Ma mère était une militante féministe. J'aime représenter la femme dans sa totalité, pas la bimbo telle qu'on la voit souvent.

- Pourquoi avoir placé l'action au départ en 1848?

- En fait, je ne connaissais rien au 19e siècle et je me suis lancé un défi. En outre, cette période n'existait pas en BD. J'ai découvert qu'il y avait eu une Révolution et je me suis dit, c'est romantique ça uen révolution. Il y a l'histoire d'amour et la révolte contre l'autorité, donc le père. Et à la différence d'une guerre, dans les révolutions on se bat avec un rêve en tête. J'ai situé la fin de «Sambre »en 1871, avec une autre révolution, qui a échoué elle.

– Il y a donc une fin à «Sambre»?

– Oui, et je la connais. Je prévois encore 4 à 6 albums, mais tout peut changer à cause de Julie! Et il faut que je finisse avant de mourir!

- Quand vous commencez un nouveau tome, vous relisez les anciens?

- Non jamais. Les personnages ne me quittent pas. Ils font partie de mon intimité. J'écris, je cherche. Il faut vraiment que je finisse avant de mourir!

- Julie est-elle devenue sage grâce au fait que vous ayez pris de l'âge?

- Sans doute oui. Entretemps j'ai eu des enfants, et elle est devenue adulte, comme moi. ça me fait bizarre d'ailleurs d'entendre mon fils me traiter de con, comme je le faisais avec mon père!

- Comment le prend votre entourage d'ailleurs, cette vie avec une saga?

- J'ai beaucoup évolué et j'ai acquis une certaine maturité. Je sais ce que c'est de se lever au milieu de la nuit s'occuper des enfants... J'ai surtout une histoire d'amour fabuleuse. C'est grâce à ma femme en fait si ce livre a été possible. S'il le fallait, je resigne demain avec elle. Comme les clowns sont tristes, je crois que les tragédiens ont besoin d'être heureux.

– Vous vous faites très rare en dédicace...

– J'aime la rencontre avec les gens, et le problème de la dédicace, c'est que vous avez la tête sur le papier et ne pouvez pas discuter. En outre, je veux bien faire, mais quand je fais un beau dessin, je veux le garder pour moi!

En dédicace

chez Raspoutine, Marterey 24, Lausanne,

samedi dès 14 h. Attention, il est conseillé de réserver.

Sambre: la mer vue du purgatoire (tome 6)

Lancée en 1985, la saga «Sambre» s’articule autour d’une histoire d’amour: celle du bourgeois Bernard Sambre et de la sauvageonne Julie Saintange. Dans ce 6e tome, le navire pénitencier dans lequel se trouve Julie fait naufrage. Sauvée par un médecin anglais, Julie laisse pour la première fois tomber ses défenses. Enveloppée par la souvenir de Bernard, mort durant la Révolution de 1848, elle désire désormais récupérer leur fils. Luttant entre le gris et le rouge, le dessin transcende les âmes et les révoltes des personnages. Sublime.

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