Militants jugés à Fribourg - Sans experts, l’état de nécessité sera difficile à plaider
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Militants jugés à FribourgSans experts, l’état de nécessité sera difficile à plaider

La justice fribourgeoise a refusé les experts appelés à témoigner au procès de 32 activistes qui avaient bloqué un centre commercial lors de Black Friday.

par
Pauline Rumpf
Une cinquantaine de militants avaient bloqué une des entrées d’un centre commercial pour faire réfléchir au consumérisme et à l’urgence climatique. 

Une cinquantaine de militants avaient bloqué une des entrées d’un centre commercial pour faire réfléchir au consumérisme et à l’urgence climatique.

Léa Chabaud – XR

Pour juger les motifs des contrevenants, il faut comprendre les enjeux qui les ont poussés à agir. Voilà pourquoi le collectif d’avocats, qui défend 32 activistes amendés pour avoir bloqué une entrée d’un centre commercial pendant le Black Friday en 2019, a appelé toute une série de spécialistes du climat, de durabilité et même de psychologie sociale à intervenir lors du procès. «Il est courant que la justice fasse appel à des experts pour éclairer des enjeux techniques, car les juges sont des humains aussi, ils ne peuvent pas tout savoir, rappelle Me Irène Wettstein. Or, partout où des experts ont été entendus, les prévenus ont été acquittés.»

Benoît Chassot, président de la cour qui jugera les activistes, a choisi de ne pas admettre ces témoins. De quoi contrarier les plans de la défense, qui avait prévu et prévoit toujours de plaider l’état de nécessité, qui justifie un acte illicite s’il a été mené pour empêcher un dommage plus grave et qu’il était perçu comme la seule option possible. Pour les avocats, l’urgence climatique, telle qu’elle est présentée par les experts, doit permettre de conclure à un état de nécessité.

Même pas de mention du mot «climat»

«Chacun, même dans les catégories de population les mieux éduquées, a des idées préconçues savamment construites par les industries fossiles au travers des décennies», a soulevé la climatologue Martine Rebetez lors d’une conférence de presse mardi. Et de faire le rapprochement avec les campagnes de désinformation menées par l’industrie du tabac. «Mais quand on présente les faits scientifiques, la réponse est finalement toujours la même: c’est fou, je ne savais pas que c’était aussi grave et aussi urgent», poursuit-elle.

L’acte d’accusation ne fait même pas mention du mot «climat», dénonce Me Arnaud Nussbaumer. «On avait pourtant l’impression qu’en prévoyant quatre jours de procès, cela voulait dire que la cour avait pris le sujet au sérieux», regrette Morgane, une des prévenues. Les avocats comptent bien insister avec leur demande. Les experts se présenteront au procès le 25 mai même s’ils ne sont pas entendus, et les plaidoiries pourraient comprendre des extraits vidéos des témoignages d’experts si c’est le seul moyen de les faire entendre.

Multiplication des «procès climatiques»

Ce procès se déroulera en continuité de plusieurs autres affaires dans toute la Suisse, ouvrant le débat de la légitimité de la désobéissance civile et de la nécessité d’agir contre le changement climatique. Le plus retentissant est celui des tennismen de Credit Suisse, acquittés en première instance à Renens, condamnés au Tribunal cantonal, et en attente d’une décision du Tribunal fédéral. Plusieurs militants ont aussi été jugés pour des «mains rouges» en peinture sur des enseignes de banques, pour l’occupation des Retraites populaires ou encore de la Place fédérale à Berne. L’occupation d’un quai à Zurich par Extinction Rebellion (XR) sera également jugée fin mai.

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