«Chemsex»: «Sans méthamphétamine, je ne peux plus avoir de relations sexuelles»

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«Chemsex»«Sans méthamphétamine, je ne peux plus avoir de relations sexuelles»

La pratique qui associe sexe et drogues synthétiques se démocratise de plus en plus en Suisse. Un adepte a décidé de témoigner à visage découvert.

par
Noah Knüsel
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Marco veut mettre en garde contre le «chemsex».

Marco veut mettre en garde contre le «chemsex».

Photo: 20 Minuten

En Suisse, plusieurs services spécialisés mettent en garde contre la propagation des soirées «chemsex». Fusion des deux mots anglais «chemical» (produit chimique) et «sex», la pratique – provenant de la culture gay anglo-saxonne – fait la promesse de pouvoir faire l’amour pendant des heures sans s’épuiser et avec un plaisir sexuel décuplé. «Nous traitons de plus en plus de patients et patientes», explique-t-on ainsi au centre de médecine de l’addiction Arud à Zurich. De telles soirées sont généralement secrètes.

Un ancien participant a décidé de parler publiquement de son expérience. Marco a fréquenté ce milieu pendant des années. Sa première fois remonte à l’âge de 20 ans. Quelques années plus tard, il a commencé à s’injecter de la méthamphétamine lors de soirées. «Dans ces cas, je ne pense pas à ce qui s’est passé et à ce qui va se passer. Je suis dans le présent et j’ai des relations sexuelles», explique l’homme désormais âgé de 33 ans.

«Les soirées durent parfois plusieurs jours»

La substance l’aurait complètement désinhibé: «Je ne pouvais parfois plus me souvenir avec qui j’avais eu des rapports sexuels.» Les rencontres seraient souvent organisées via des portails de rencontre et auraient lieu dans des appartements privés. «Du riche au pauvre et de l’éduqué à l’inculte, tout le monde était là.» La plupart du temps, deux à quatre hommes sont présents: «Les soirées durent parfois plusieurs jours.»

En raison d’une crise personnelle, sa consommation est devenue incontrôlable en 2018: «Je suis parfois sorti pendant des jours, j’ai complètement perdu la notion du temps.» Il aurait également commencé à consommer de la drogue de plus en plus souvent seul: «Je suis devenu paranoïaque et me suis donc caché chez moi.»

Ce n’est que la pause de consommation forcée pendant la crise du coronavirus (lire encadré) qui a aidé Marco à sortir de sa dépendance. Mais il en ressent encore les conséquences aujourd’hui: «Sans méthamphétamine, je ne peux plus avoir de relations sexuelles – une peur panique s’installe.» Il garde néanmoins espoir et espère que les rapports sexuels sans drogue lui seront à nouveau possibles un jour. Il veut mettre en garde les autres: «J’ai vu ce que la substance fait à beaucoup de gens: d’abord elle rend psychiquement dépendant et ensuite elle détruit.»

Le confinement a aussi donné des ailes aux dopés du sexe

Si la crise du coronavirus a permis à Marco de mettre un terme à ses soirées «chemsex», ça n’a pas été le cas de tout le monde. Bien au contraire. «Il y a de plus en plus de personnes qui ont recours à ce type de pratiques et, avec le confinement, le phénomène semble avoir pris de l’ampleur», expliquait en mai 2021 Ferdinando Miranda, codirecteur du Centre Maurice Chalumeau en sciences des sexualités à l’Université de Genève. En effet, en l’absence de possibilités de socialisation dans les bars et les discothèques, les fêtes s’organisaient dans les espaces privés. Or c’est dans ce genre de contextes que la plus grande partie des séances chemsex a lieu.

Le «chemsex», c’est quoi?

Monsieur Florian Vock, qu'est-ce que le «chemsex» ?

Par «chemsex», nous entendons la consommation de substances très spécifiques pendant les rapports sexuels. Les plus courantes sont la méthamphétamine, les cathinones et le GHB. Nous n’utilisons ce terme que pour les hommes homosexuels. En effet, il s’agit également d’une pratique culturelle qui se nourrit d’expériences partagées.

Quelle est la prévalence du «chemsex» en Suisse?

Nous partons du principe que 5% à 15% des hommes gays le pratiquent. Mais nous ne le savons pas exactement.

Quels sont les risques?

À court terme, il existe un risque d'overdose lors de la consommation avec des seringues. À moyen terme, la dépendance peut faire perdre le sens de la sobriété. Mais pour évaluer le risque, il est également important de savoir dans quel état physique et psychique on consomme ces substances.

Florian Vock est responsable Key Populations à l’Aide Suisse contre le sida

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