Sarkozy nettoye au «Kärcher»
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Sarkozy nettoye au «Kärcher»

Le plus grand squat de France a été évacué jeudi par les forces de l'ordre. La gauche critique «l'irresponsabilité» du ministre de l'Intérieur.

Le squat abritait près de mille personnes en banlieue parisienne dans une ancienne résidence étudiante de Cachan (Val-de-Marne).

Le ministère de l'Intérieur a déclaré avoir pris en charge 508 occupants, 367 adultes et 141 enfants. Selon la place Beauvau, 190 d'entre elles ont accepté une proposition de relogement d'urgence dans des hôtels réquisitionnés et seront invitées à demander un logement ultérieur en HLM.

En revanche, 49 autres qui n'ont pas de titre de séjour en France ont été arrêtées et «ont vocation à être reconduites dans leur pays d'origine», dit le cabinet de Nicolas Sarkozy.

Critiques

Le Parti communiste, dont des élus ont tenté en vain de se rendre sur place pour soutenir les squatters, a dénoncé «l'acharnement» du ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, à «faire du chiffre», c'est-à-dire à arrêter massivement des sans- papiers.

«Cette expulsion à grande échelle marque le franchissement d'un pas supplémentaire dans la violence et l'irresponsabilité», dit-il dans un communiqué, soulignant que la moitié des mille résidents, dont 200 enfants, sont sans papiers.

Le Réseau éducation sans frontières (RESF) a lui dénoncé une «opération médiatique» de M. Sarkozy pour «souligner sa fermeté à l'égard de la question de l'immigration».

Chambres réquisitionnées

Le ministère de l'Intérieur a précisé n'avoir fait qu'exécuter une décision de justice rendue par le tribunal administratif de Melun le 11 avril 2004, après plusieurs autres tentatives vaines d'évacuation «à l'amiable».

Il invoque des risques d'incendie liés à des branchements électriques sauvages pour justifier l'opération, qui met un terme à quatre ans d'occupation des lieux.

«Il a été décidé de procéder en urgence à l'évacuation de cette ancienne résidence universitaire de plus de 300 chambres occupée depuis 2001», a précisé la préfecture de département dans un communiqué.

Près de 350 chambres d'hôtel ont été réquisitionnées dans quatre départements d'Ile-de-France pour reloger en urgence environ 800 personnes.

«Nuit de solidarité»

Des opérations d'évacuation progressive de l'ex-résidence de l'Ecole normale supérieure ont été menées au fil des ans sur la base de négociations, qui ont été rompues début 2006.

Les occupants avaient organisé au début du mois une «nuit de solidarité», au son du zouk et de rythmes africains, pour réclamer le «relogement de tous» et la régularisation des sans-papiers figurant parmi eux.

Les «1000 et leurs soutiens» ont également mené plusieurs marches pour exiger des solutions «dignes et décentes» et organisé des «tours de veille» pour tenter de déjouer l'évacuation qu'ils savaient inéluctable.

Une décision du tribunal administratif de Melun (Seine-et-marne) leur enjoint de quitter les lieux depuis le 16 avril 2004.

A quelques jours de la rentrée

Cette évacuation vise à mettre fin à plus de quatre ans de discussions et de guérilla judiciaire autour d'un dossier épineux pour M. Sarkozy, critiqué à la fois sur sa droite et sur sa gauche pour sa politique d'immigration.

En août 2004, une cellule de relogement a été mise en place pour étudier la situation des occupants au cas par cas. Cette démarche s'est toutefois heurtée au fait que de nombreux squatters étaient en situation irrégulière.

Selon le PCF, le gouvernement s'est décidé à une évacuation d'urgence, «à quelques jours de la rentrée scolaire», sans avoir véritablement traité la question du relogement ni celle d'éventuelles régularisations. (ats)

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