Changement de programme: Sarkozy, président de l'Europe en crise
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Changement de programmeSarkozy, président de l'Europe en crise

La présidence française de l'UE a gagné une nouvelle dimension à la faveur de la tempête financière et de la guerre dans le Caucase.

Elle est devenue une présidence de crise alors qu'elle semblait vouée à gérer les suites du non irlandais au traité de Lisbonne.

«Elle est devenue une présidence de gestion de crises», relève le secrétaire d'Etat français aux Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet. L'activisme du président Nicolas Sarkozy a en outre permis de chambouler l'ordonnancement institutionnel.

Lourdeurs

Pays du G8 et du Conseil de sécurité, la France s'est affranchie de certaines lourdeurs. M. Sarkozy s'est ainsi rendu rapidement à Moscou pour chercher une solution à la crise géorgienne. Il s'est aussi permis d'intégrer la Grande-Bretagne à une réunion de la zone euro sur la crise financière.

Le quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ), généralement critique à l'égard de M. Sarkozy, a salué un président «au meilleur de sa forme en tant que manager de crise». Pour John Palmer, du Federal Trust de Londres, «l'énergie déployée par le président Nicolas Sarkozy pour chercher le consensus et obtenir des décisions fermes de l'UE a été quelque chose de positif».

Faiblesse US

«Le grand mérite de Nicolas Sarkozy a été de se comporter comme devrait se comporter un président du Conseil européen version traité de Lisbonne», juge Alain Lamassoure, eurodéputé UMP (au pouvoir en France). Le rôle inédit de Paris s'explique toutefois d'abord par l'absence de Washington.

«Les Etats-Unis sont aujourd'hui doublement affaiblis, du point de vue institutionnel et concret», relève Antonio Missiroli, du European Policy Center à Bruxelles. «Ils ont été incapables d'aider la Géorgie et de prévenir la crise financière et ont un président sortant», estime-t-il.

Au sein de l'UE, le leadership allemand a également fait défaut face à la crise financière. Dans un premier temps en effet, la chancelière Angela Merkel a refusé une solution européenne, ce qui a valorisé le volontarisme de M. Sarkozy.

Rapidement

Le président français «a su saisir rapidement la proposition du Premier ministre britannique Gordon Brown (de secourir des banques) et la replacer dans un cadre européen», dit M. Palmer.

La présidence française a parié sur la vitesse. Elle a réuni dimanche, dès la fin de la pire semaine pour les bourses européennes, un sommet historique des dirigeants de la zone euro. Auparavant, elle avait obtenu un cessez-le-feu en Géorgie moins d'une semaine après le début du conflit.

Plusieurs ratés

Ces campagnes-éclair ne sont pas allées sans quelques ratés. La réunion séparée à Paris des membres européens du G8, dix jours avant le sommet de l'Eurogroupe, a soulevé pas mal de critiques. «Cela a été un échec embarrassant», dit Charles Grant, du Centre for european reform de Londres.

Pour M. Missiroli, «l'annonce prématurée de la création d'un fonds d'intervention européen, vite démentie, a été une autre maladresse».

Dans la crise géorgienne, le président français a été accusé d'avoir fait trop de concessions à Moscou, qui venait d'envahir un pays souverain. En particulier, les termes ambigus des accords passés avec la Russie, dont les fameuses «mesures additionnelles de sécurité» lui ont permis de prolonger son occupation d'une partie de la Géorgie.

Irlande

Plusieurs pays européens «se sont plaints du manque de précision des accords», relève Charles Grant. En outre, la France a ébauché «une tactique, mais pas encore de stratégie» pour la Russie, l'Ukraine ou la Géorgie, affirme M. Palmer.

Il n'est pas exclu que la gestion de ces crises se traduise par une adoption plus rapide que prévu du traité de Lisbonne. Les Irlandais souffrent particulièrement de la crise, qui a mis un coup d'arrêt à leur miracle économique. «La conclusion que tout le monde va tirer de ces crises, y compris en Irlande, est que l'on a besoin d'une Europe capable de s'unir rapidement», note Alain Lamassoure. (ats)

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