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FranceSarkozy s'attaque au voile intégral

Le président français Nicolas Sarkozy a tranché: le port du voile intégral sera interdit «dans tout l'espace public».

Le gouvernement va donc déposer un projet de loi en ce sens, a décidé mercredi le chef de l'Etat à l'occasion du conseil des ministres, malgré la mise en garde du Conseil d'Etat qui avait fait valoir fin mars qu'une telle prohibition serait «très fragile juridiquement».

Le texte «devrait être présenté en conseil des ministres dans le courant du mois de mai», a précisé le porte-parole du gouvernement Luc Chatel. Selon lui, le chef de l'Etat a jugé que le port du voile intégral «ne posait pas un problème d'ordre religieux, mais portait atteinte à la dignité de la femme».

M. Sarkozy, a-t-il poursuivi, a fixé trois principes: «l'interdiction doit être générale dans tout l'espace public», «tout doit être fait pour que nul ne se sente stigmatisé» et, enfin, le texte qui sera mis en discussion au Parlement «ne peut émaner d'une approche partisane».

«Il appartient donc au gouvernement de déposer un projet de loi», ce qui sera fait «après avoir consulté les partis et les groupes politiques et naturellement les autorités morales et religieuses», a expliqué M. Chatel, soulignant que le gouvernement «souhaite aller vite sur ce sujet».

Il s'agit d'affirmer un «principe républicain», a insisté M. Chatel, rappelant que les estimations du nombre de femmes portant la burqa ou le niqab en France «tournent autour de plusieurs centaines».

Le chef de l'Etat a donc finalement préféré une interdiction totale dans l'espace public, y compris la rue -comme le souhaitaient les députés UMP- à une interdiction restreinte aux seuls services publics, comme le suggérait le Conseil d'Etat.

En revanche, M. Sarkozy n'a pas souhaité utiliser comme véhicule législatif la proposition de loi déposée dès février par le président du groupe UMP à l'Assemblée, Jean-François Copé, malgré la pression de ce dernier en ce sens.

En endossant la responsabilité d'un projet de loi, le gouvernement prend un risque: dans son rapport remis le 30 mars au Premier ministre, le Conseil d'Etat avait en effet écarté la possibilité d'une interdiction générale de la dissimulation du visage. «La sécurité publique ne peut (...) justifier que soit imposé à toute personne d'avoir le visage découvert en tout temps et en tout lieu», avaient estimé les sages, tout en jugeant que cette interdiction était possible dans certains lieux publics, au nom de la sécurité publique et de la lutte contre la fraude.

«Il y a eu un débat sur cette question», a reconnu M. Chatel. «Le Conseil d'Etat, en 1989 déjà, avait mis en garde le gouvernement sur les interdiction du port du voile à l'école. La vérité, c'est qu'en ne faisant rien en 1989 et en ne faisant rien pendant 15 ans, le gouvernement a laissé dériver ces pratiques».

Se référant à la loi interdisant le port de signes religieux ostensibles à l'école, votée en 2004, «nous agissons de la même manière aujourd'hui: nous décidons de légiférer», a-t-il affirmé.

La décision du chef de l'Etat est «sage», a réagi mercredi M. Copé. «Je trouverais très bien que le gouvernement demande l'urgence sur ce texte», a-t-il ajouté, afin qu'il soit «adopté avant la fin du mois de juillet (...) tout en prenant le soin de veiller à ce que soit écrit dans la loi qu'il y aura six mois de délai pour consulter, pour expliquer, de telle manière que cela soit plus pour convaincre que pour contraindre».

Le député communiste André Gerin, président de la mission parlementaire sur le port du voile intégral, s'est «réjoui» de cette annonce. «Je pense et j'ai toujours été convaincu que l'on peut interdire dans la rue, dans l'espace public en général, le fait d'avoir le visage couvert», a-t-il déclaré sur RTL. «Ca va être quelque chose de très important pour nouer le dialogue avec l'ensemble des musulmans et combattre les dérives communautaristes et intégristes», a-t-il estimé. (ap)

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