Sarkozy va «parler franchement» avec Poutine

Actualisé

Sarkozy va «parler franchement» avec Poutine

Pour sa première visite en Russie depuis son élection, le président français a promis de «parler franchement» mardi et mercredi avec Vladimir Poutine.

Le 1er octobre, le président russe a annoncé qu'il occuperait la première position sur la liste du parti «Russie unie» aux élections législatives du 2 décembre. Il pourrait du même coup prétendre au poste de Premier ministre, alors que la Constitution l'empêche de briguer un troisième mandat présidentiel en mars 2008.

Un procédé que Bernard Kouchner jugeait pudiquement «original» le 2 octobre. «L'opposition n'est pas, je le crois, prise suffisamment au sérieux, tout le monde le reconnaît et elle a beaucoup de difficultés», avançait alors le ministre français des Affaires étrangères.

Nicolas Sarkozy avait vertement critiqué pendant la campagne présidentielle la situation des droits de l'Homme en Russie, et notamment en Tchétchénie, en promettant de mettre fin à la «realpolitik» pratiquée à l'égard de Moscou par son prédécesseur Jacques Chirac. Depuis son élection, le président français a adopté un ton plus conciliant, même s'il a assuré avoir parlé des sujets qui fâchent lors de son entretien en tête-à-tête avec M. Poutine en marge du G-8 d'Heiligendamm, en Allemagne, en juin.

Le 27 août dernier, Nicolas Sarkozy déplorait par ailleurs «une certaine brutalité» de la diplomatie russe.

Deux jours après le premier anniversaire de l'assassinat de la journaliste russe Anna Politkovskaïa, Nicolas Sarkozy entend donc aborder aussi lors de sa visite en Russie les points de «désaccord», a affirmé vendredi son porte-parole David Martinon. «La conviction du président de la République est en effet qu'on doit parler franchement à ses amis.»

«Pour autant, le président est également convaincu qu'il faut avant tout, comme pour tout pays, chercher à comprendre la Russie avant de vouloir la juger», a-t-il ajouté. «C'est la condition pour renforcer les chances de s'entendre avec la Russie ou, quand ce n'est pas possible, pour gérer nos désaccords de manière apaisée.» Nicolas Sarkozy entend donc «redire son amitié pour le peuple russe, sans faire de concession sur le fond de ses valeurs», a résumé M. Martinon.

Considérant la Russie «comme un partenaire privilégié», «la France souhaite entretenir un dialogue politique régulier, franc et confiant» avec Moscou, a expliqué le porte-parole de l'Elysée.

Car Moscou joue un rôle clé dans certains dossiers sensibles, à commencer par celui du programme nucléaire iranien, qui devrait figurer au menu des discussions entre MM. Sarkozy et Poutine. Il devrait également être question de l'avenir du Kosovo, la France tentant de convaincre la Russie de lever son veto à toute perspective d'indépendance de la province serbe.

Les deux hommes aborderont aussi le projet de bouclier antimissile américain, violemment dénoncé par Moscou. Les Etats-Unis projettent d'installer une station radar en République tchèque et plusieurs missiles en Pologne. Nicolas Sarkozy a d'ailleurs reçu lundi à l'Elysée le Premier ministre tchèque Mirek Topolanek et le président polonais Lech Kaczynski.

Dans le cadre de la préparation de son voyage en Russie, le chef de l'Etat s'était entretenu vendredi à Paris avec son homologue ukrainien Viktor Iouchtchenko.

Attendu mardi soir en Russie, Nicolas Sarkozy doit rejoindre Vladimir Poutine dans sa «datcha» près de Moscou pour un dîner de travail. Mercredi, il prononcera un discours devant des étudiants en sciences à l'Université Bauman, puis retrouvera le président Poutine pour un entretien suivi d'une conférence de presse conjointe. Les deux hommes inaugureront dans l'après-midi une statue à la mémoire de l'escadrille de chasse française Normandie-Yémen, qui s'était illustrée pendant la deuxième guerre mondiale sur le front soviéto-allemand. (ap)

Ton opinion