Gastronomie: Savourer son plat sans piper mot
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GastronomieSavourer son plat sans piper mot

Faire silence à table, tel est le concept d'un resto de New York. Pas sûr que cette idée fasse son chemin en Suisse.

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Catherine Muller/jah
Après la mauvaise qualité du service, le bruit est la deuxième cause de plainte des clients de restaurants, selon un sondage mené à New York en 2012.

Après la mauvaise qualité du service, le bruit est la deuxième cause de plainte des clients de restaurants, selon un sondage mené à New York en 2012.

Plus besoin d'être enfant pour s'entendre dire «mange et tais-toi!» Un restaurant de Brook­lyn vient de lancer le concept des «silent suppers» (dîners silencieux). A raison d'une soirée par mois, l'établissement propose à ses clients de profiter pleinement de leur repas sans être dérangés par le bruit ambiant ni les sonneries de portable. Et gare à ceux qui «frauderont»: ils devront terminer leur assiette ailleurs. Pour l'initiateur, Nicholas Nauman, qui s'est inspiré du bouddhisme et notamment des petits déjeuners silencieux dans les monas­tères, «le rapport à l'alimentation peut être troublé par le bruit, ce qui amène un stress inutile», explique-t-il. Sans ­aller aussi loin, un restaurateur californien propose une ristourne de 5% à ceux qui laissent leur smartphone au vestiaire. La tendance se développe également dans les foyers: les «silent dinner parties» essaiment chez les par­ticuliers, notamment sur le continent américain.

En Suisse, ce concept ne fait pas... grand bruit. Président de GastroVaud, Frédéric Haenni est sceptique: «Il s'agit d'un concept assez extrémiste. Franchement, je ne le vois pas se développer ici.» Il différencie néanmoins les lieux ­comme les pubs, pintes et autres brasseries, «où se taire serait carrément contraire à l'esprit même de tels établissements», des endroits où l'on vient d'abord pour le cadre et qui «invitent naturellement à parler plus doucement».

Encore moins emballé, son homologue genevois Laurent Terlinchamps ne voit carrément pas l'intérêt d'aller au resto si on ne peut pas parler: «Pour que ça reste un lieu de convivialité, les conversations sont indispensables.» Patron du Chat Noir à Lausanne, Stéphane Chouzenoux n'est pas davantage enthousiasmé. Face à l'émergence des portables, certains établissements se mettent toutefois à placarder des consignes invitant à un comportement respectueux des autres clients.

Micro-trottoir

Mangeriez-vous dans un resto silencieux?

«Je ne vois pas de problème à manger dans le silence, même si je ne suis pas trop sensible au concept. Le bruit ne me dérange pas. Je choisis un restaurant d'abord pour sa qualité. Il faut que les gens soient accueillants, la nourriture bonne, et l'ambiance agréable.»

Orhan, 17 ans, employé de comm.

«C'est intéressant comme idée. Je tenterais volontiers l'expérience. J'imagine que pendant le repas, on doit être plus attentifs à ce que l'on mange et aux autres. On cherchera le contact par un langage non verbal.»

Lise, 22 ans, étudiante.

«C'est dom­mage de manger dans le silence. Un repas est un moment où l'on passe du bon temps avec d'autres gens. Je ne pense pas que j'essayerais, je ne serais pas à l'aise. Je préfère un lieu trop bruyant plutôt que silencieux.»

Benjamin, 19 ans, étudiant.

«Je serais curieuse de m'y rendre»

cam

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