Genève: Scanner cérébral pour démasquer les racistes
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GenèveScanner cérébral pour démasquer les racistes

Une étude d'un neuropsychologue de l'Université de Genève montre que les cerveaux des personnes xénophobes fonctionnent différemment.

par
Till Hirsekorn/Olivia Fuchs

Les stéréotypes négatifs laissent leurs empreintes dans le cerveau. Selon Tobias Brosch, neuropsychologue à l'Université de Genève, les racistes peuvent être démasqués par un simple scanner cérébral. Il vient de publier les résultats de son étude dans le magazine «Psychological Science».

Visages blancs et noirs

Il a successivement confronté des individus ayant une image négative des personnes de couleur à des photos de gens blancs et noirs. Ensuite, le chercheur a mesuré l'activité dans leur zone cérébrale qui s'occupe de la reconnaissance des visages. «Les schémas d'activité cérébrale pour les visages blancs et noirs se différencient davantage chez les personnes à tendances xénophobes que chez celles sans stéréotypes», explique Tobias Brosch.

Méthode pas au point

Selon lui, un grand nombre d'avocats américains attendent avec impatience que cette méthode du «Brain Imaging» s'améliore pour l'utiliser devant les tribunaux. En Suisse, des bases légales font défaut. En effet, une personne qui subit un scanner cérébral n'a pas le contrôle total de soi. «Personne ne peut s'accuser soi-même sous cette condition», explique le criminologue Martin Killias. Ce dernier rappelle également que cette méthode va à l'encontre de la convention européenne des droits de l'homme. L'avocat Walter Mathys est lui aussi très sceptique quant à l'utilisation du «brain imaging» dans la criminalistique: «Ces méthodes ne sont pas encore au point. Il existe aussi la crainte que la protection de la personnalité soit bafouée et que les personnes deviennent des objets.» Walter Mathys rappelle également que le racisme, comme le terrorisme, n'est pas une maladie que l'on peut diagnostiquer médicalement et soigner.

«Le racisme ne se soigne pas avec des pilules»

Tobias Brosch, le racisme peut se détecter dans le cerveau. Est-il inné?

Non, les préjugés et les stéréotypes ne sont pas ancrés dans le cerveau. Ils sont le résultat d'apprentissages sociaux et culturels. On peut prendre l'exemple des séries de télévision américaine. Pendant longtemps, les méchants étaient noirs. Si on est souvent confronté à ces images, on va forcément faire des associations négatives.

Mais peut-on démasquer les racistes grâce à votre étude?

Théoriquement, oui. Il s'agit d'une méthode parmi tant d'autres pour mesurer les stéréotypes négatifs. Mais la recherche dans ce domaine est encore à ses débuts.

Pourrait-on «guérir» les racistes en supprimant la région cérébrale en question?

Non, ça reviendrait à supprimer toute la région cérébrale qui sert à reconnaître les visages. C'est utopique de penser que le racisme pourrait se guérir avec une simple pilule. Mais on peut désapprendre les stéréotypes négatifs et les remplacer par des expériences positives.

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