Actualisé 03.12.2014 à 16:13

Naufrage du Costa Concordia

Schettino voulait éviter la panique à bord

L'interrogatoire de l'ex-commandant du Concordia, Francesco Schettino, s'est poursuivi mercredi devant le tribunal de Grosseto, en Toscane.

Le procureur Alessandro Leopizzi a de nouveau tenté de mettre l'ex-capitaine face à ses contradictions, reprenant chaque minute du drame, qui s'est joué dans la nuit du 13 au 14 janvier 2012 devant l'île de Giglio, au large des côtes de la Toscane (I). L'ex-capitaine, détesté d'une grande partie des Italiens pour avoir abandonné son navire en train de couler, est accusé de multiples homicides, abandon de navire et dommages à l'environnement. Il risque plus de 20 ans de prison.

Devant la scène du théâtre moderne de Grosseto, où le tribunal s'est installé pour permettre au public le plus large de suivre ce procès, l'ex-capitaine a nié avec vigueur avoir tardé à donner l'alerte, puis l'ordre d'évacuer les plus de 4200 passagers et membres d'équipage. «Pourquoi ne pas avoir tout de suite lancé l'alerte générale?» lui a demandé le procureur Alessandro Leopizzi. «Je voulais faire arriver le navire le plus près possible de l'île» avant de donner l'alerte, pour éviter que, pris de panique, «les gens ne se jettent à l'eau», a-t-il répondu.

Il accuse son équipage

Le procureur a alors fait valoir que les informations parvenant de la salle des machines indiquaient clairement que le navire était en train de couler, sans aucune propulsion possible. A cela, Schettino a répondu qu'il doutait de la fiabilité du rapport de son officier machines. Mardi, il avait déjà accusé son équipage de ne pas l'avoir suffisamment informé avant l'impact fatal contre un rocher près de Giglio.

Il avait aussi affirmé s'être approché si près des côtes pour faire plaisir à des membres d'équipage originaires de l'île, et non à Domnica Cemortan, une jeune passagère moldave qui entretenait alors une relation avec lui et se trouvait ce soir-là sur la passerelle. De toute façon, «j'étais certain» à ce moment-là de la flottabilité du Concordia, même avec trois compartiments immergés, et de sa capacité, grâce au vent, de se rapprocher de la côte.

«Je connaissais parfaitement la dérive du navire, je connaissais bien le Concordia, je voulais parvenir à rapprocher le navire de l'île et ensuite lancer l'alerte générale», a-t-il insisté. Moins nerveux que lors de l'audience de mardi, mais toujours aussi pugnace, l'ex-commandant n'a rien lâché, y compris quand on l'a accusé de n'avoir pas alerté suffisamment tôt les secours maritimes.

Trou béant dans la coque

L'enregistrement de sa conversation avec les garde-côtes italiens révèle ainsi combien il a alors minimisé l'accident, évoquant seulement un «black out», sans jamais mentionner le trou béant dans la coque. Il a affirmé avoir réclamé un remorqueur par téléphone à son armateur mais que ce dernier lui a répondu: «Mais comme ça, ils vont nous manger tout le navire!» en raison des coûts très élevés des opérations de remorquage. Dans l'enregistrement des conservations sur la passerelle, on entend clairement les autres officiers presser leur commandant de lancer l'alerte générale. «Et pourtant, vous leur dites: «Attendez, attendez». Pourquoi?» a martelé le procureur.

«Parce que le navire était en train de se rapprocher de la côte», a insisté Schettino. Et de toute façon, «80% des passagers étaient déjà avertis, et sur le pont, en raison de la vibration» provoquée par le choc. Il s'y est finalement résolu, mais a attendu encore une heure avant de donner l'ordre d'abandon du navire. A ce stade, les passagers affolés par la gite du navire avaient déjà investi les premiers canots de sauvetage, sans attendre les instructions.

«Vous pensez que c'était une évacuation ordonnée?» a demandé le procureur. «Je n'allais tout de même pas les en empêcher», a répondu l'ex-commandant. (ats)

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