Actualisé 11.04.2011 à 11:03

AddictionsSe livrer ne suffit pas pour rester clean

Ils sombrent, mais refont très vite surface pour témoigner publiquement de leur calvaire. Est-ce aussi facile que ça en a l'air?

von
Caroline Goldschmid
Après avoir été hué sur scène, le comédien américain Charlie Sheen a fini par conquérir le public de Cleveland mardi dernier.

Après avoir été hué sur scène, le comédien américain Charlie Sheen a fini par conquérir le public de Cleveland mardi dernier.

L'abus de cocaïne et d'alcool a coûté son emploi à l'ex-animateur vedette Jean-Luc Delarue. Ce naufrage lui a même valu de sérieux ennuis avec la jus­tice. Tout comme le héros de «Mon oncle Charlie». Le comédien américain Charlie Sheen, également dépendant à la cocaïne et à la boisson, a perdu le rôle-titre dans la série à succès.

Aujourd'hui, après avoir touché le fond du fond, le premier enchaîne les conférences pour mettre les jeunes en ­garde des dangers de la drogue et le second joue son one-man-show «Ma violente torpille de vérité/La défaite n'est pas une option». Deux résurrections survenues très rapidement et fortement médiatisées, puisqu'il s'agit dans les deux cas de témoignages publics.

Se livrer ouvertement, une démarche efficace? «Il est impératif de remettre les choses dans leur contexte», souligne le professeur Jacques Besson, chef du service de psychiatrie communautaire au CHUV. «Le rétablissement dépend notamment du type de drogues que l'on consomme. Si elles ne sont pas aussi socialisantes que la cocaïne, le malade n'aura pas une telle capacité à refaire surface.» La santé physique et psychologique, la motivation personnelle ainsi que les ressources sociales et culturelles jouent un rôle essentiel dans le sevrage et la réinsertion, selon l'addictologue.

Les excuses de Delarue

Dire les choses en public, ce n'est qu'un début. «C'est plus important de se le dire à soi-même», affirme le Dr Panteleimon Giannakopoulos, chef du département de psychiatrie aux Hôpitaux universitaires de Genève. «Dans un cas comme celui de Delarue, c'est aussi une manière de ne pas tomber dans l'oubli, une autre façon d'exister au travers de l'exposition publique. Mais pour une amélioration durable, une remise en question personnelle est nécessaire.»

Jean-Luc Delarue à Payerne

«Il existe un risque d'identification»

Faire appel à des célébrités pour sensibiliser le grand public, une pratique ­efficace? «Non, nous ne travaillons pas avec des personnalités, répond la porte-parole d'Addiction Info Suisse, Donatella Del Vecchio. Lorsqu'elles font de la prévention sous forme de témoignage public, cela peut s'avérer contre-productif.» Si un parcours comme celui de Jean-Luc Delarue gardera les jeunes dont la situation est stable de l'imiter, l'effet sera autre sur ceux qui sont en échec scolaire ou en rupture. «Il y a un risque qu'ils s'identifient et idéalisent une trajectoire comme la sienne, sou­ligne la représentante de l'organisme de recherche, d'aide et de prévention. Ils pourraient imaginer que prendre des substances va leur permettre de trouver une reconnaissance dans une culture parallèle.»

Dépendances: des chiffres, des faits, des pistes

- En Suisse, 5 à 7% de la population est dépendante de l’alcool, 3 à 5% consomme de la cocaïne, 1% de l’héroïne et 30% des jeunes ont déjà expérimenté le cannabis.

- La durée du sevrage? Elle est très variable. La dépendance physique peut durer de quelques jours à quelques semaines. La dépendance psychologique dure des mois.

- La première chose à faire? En parler à son médecin traitant ou se rendre dans un centre de référence, comme le Centre Saint-Martin (unité de toxicodépendance) à Lausanne. Traitement individualisé ambulatoire et approche motivationnelle seront mis sur pied en accord avec le patient, en fonction de ses ressources et motivations.

- Le séjour en clinique – très coûteux– ne met pas à l’abri d’une rechute une fois la routine quotidienne retrouvée.

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