Genève – Visiter une expo «sur ordonnance» pour soigner ses maux autrement

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GenèveVisiter une expo «sur ordonnance» pour soigner ses maux autrement

Les médecins pourront prescrire à leurs patients une sortie au Musée Ariana, dès le 25 février. 

par
Leïla Hussein
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Le verrier jurassien Hubert Crevoisier a conçue son exposition «pour faire du bien aux gens». 

Le verrier jurassien Hubert Crevoisier a conçue son exposition «pour faire du bien aux gens». 

Boris Dunand
«Je suis bleu, je suis jaune, je suis verre… et je vois rouge !». C’est le nom de l’exposition qui accueillera les patients munis d’une ordonnance. 

«Je suis bleu, je suis jaune, je suis verre… et je vois rouge !». C’est le nom de l’exposition qui accueillera les patients munis d’une ordonnance. 

Boris Dunand
Le vernissage de l’exposition aura lieu le 24 février. Elle sera accessible au public dès le lendemain, jusqu’au 7 août.

Le vernissage de l’exposition aura lieu le 24 février. Elle sera accessible au public dès le lendemain, jusqu’au 7 août.

Boris Dunand

«Comment mieux prendre soin d’une personne, d’une communauté, d’une société ?» C’est en ayant cette question à l’esprit que le verrier jurassien, Hubert Crevoisier, a conçu l’exposition qui accueillera le public au Musée Ariana, du 25 février au 7 août. Intitulée «Je suis bleu, je suis jaune, je suis verre… et je vois rouge !» «cette plongée dans les quatre points cardinaux de la couleur» a pour vocation «de faire du bien, confie l’artiste, autrefois infirmier. Le beau soigne. C’est l’hypothèse que je formule!»

C’est ainsi que tout naturellement, un partenariat est né entre les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), des médecins genevois, le musée et Hubert Crevoisier. Objectif de cette collaboration: offrir une visite gratuite à des personnes malades. «La santé, c’est plus que les médicaments. C’est quelque chose de global. On veut proposer autre chose aux patients, les sortir de la maladie, trouver une voie alternative pour leur permettre de faire face», explique la Dr Barbara Broers, du Service de médecine de premier recours des HUG.

«Un outil thérapeutique comme un autre»

A cette fin, un système d’ordonnance muséale a été mis en place. Le concept est simple. Les médecins du bout du lac pourront prescrire une visite à leurs patients. «Nous pensons vraiment que le musée peut provoquer des émotions fortes, qui font du bien. C’est un outil thérapeutique comme un autre. Ce sera une vraie ordonnance avec le tampon et la signature du praticien», précise Anne-Claire Schumacher, commissaire de l’exposition. 

Cette pratique, qui a vu le jour à Montréal il y a quelques années (lire encadré), est rendue possible à Genève grâce au Musée Ariana et à la Ville de Genève, qui ont décidé d’offrir les billets. «Chaque patient pourra venir avec un accompagnant et aura la possibilité de participer à une visite commentée s’il le souhaite».

Du Québec à la Suisse 

Le principe des ordonnances muséales connait un franc succès au Québec. Depuis son lancement en 2018, les médecins prescrivent des entrées au Musée des beaux-arts de Montréal. En Suisse romande, le concept est encore peu connu. Neuchâtel est le premier canton à avoir sauté le pas, en mars dernier, pour booster la culture et le moral des gens, tous deux mis à mal par la crise sanitaire. 
Au bout du lac, l’expérience qui débutera fin février est une première. Toutefois, elle s’inscrit dans une volonté des professionnels de la santé de diversifier les approches. Le programme de réhabilitation cardiaque imaginé par le Dr Frederic Sittarame, médecin associé au service de cardiologie des HUG, en est le parfait exemple. Depuis 2019, il emmène ses patients au Musée d’Ethnographie de Genève pour des visites guidées, ateliers, rencontres, discussions «destinés à aider les malades à se penser autrement».

Soulager la douleur autrement

L’expérience s’adresse à des personnes atteintes de maladie chroniques ou occasionnant beaucoup de souffrance avec des traitements lourds, telles que le cancer ou la fibromyalgie. Les maladies psychiatriques sont aussi visées, précise Barbara Broers. «C’est une autre manière de soulager la douleur, une source différente de bien-être que les substances. Les études montrent qu’il y a des effets positifs pour une grande partie des malades.»

Pour la spécialiste, ce projet pilote, qui mature depuis longtemps (quatre ans), arrive à point nommé. «Avec la crise sanitaire, les gens sont avides de voir de belles choses, de sortir, de s’ouvrir à d’autres horizons. C’est un bon timing. Surtout lorsque l’on voit toutes les déprimes que le Covid a engendrées.»

Une exposition qui appelle à la contemplation

Composée d’œuvres en verre soufflé et coulé de diverses couleurs, l’exposition, «d’apparence pure et dépouillée», dévoile peu à peu sa complexité lorsqu’on y plonge le regard. «Elle appelle vraiment à la contemplation. Dans un monde où tout se passe vite, s’arrêter et se dire «comment je me sens là?» ça fait du bien, relève Anne-Claire Schumacher. Bien sûr, on ne va pas faire de miracle. Mais on veut permettre aux gens de mettre le monde extérieur de côté et de s’offrir un moment privilégié.» 

Dans le cadre de ce projet, un colloque proposant une réflexion sur «l’art et la santé, un duo gagnant?» est prévu le 25 mars. Si cette expérience montre des résultats encourageants, le concept pourrait bien être pérennisé. 

Les assurances restent frileuses 

«Peut-être qu’avec le temps, les assurances donneront des bons pour aller aux musées. Ce serait chouette», imagine Barbara Broers. Un scénario peu probable, estime santésuisse. «Financer des activités de loisirs se traduirait immanquablement par des hausses de primes encore plus élevées pour la collectivité que celles qu’elle subit déjà actuellement. Ce serait irresponsable à notre sens», relève la principale organisation de la branche de l’assurance-maladie. A sa connaissance aucune assurance de base ou complémentaire ne rembourse les visites aux musées. Pour la première, «le cadre légal le lui interdit. Seuls les traitements dispensés par des fournisseurs de prestations reconnus, comme par exemple médecins, physiothérapeutes ou psychologues sont acceptés. Ceux-ci doivent servir à traiter directement des maladies», conclut santésuisse.

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