Allemagne/Suisse: «Séminaire de la défonce» inspiré par un Suisse
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Allemagne/Suisse«Séminaire de la défonce» inspiré par un Suisse

Un congrès sur la médecine douce a viré à l'overdose pour 29 experts, début septembre en Allemagne. Le rassemblement était animé par le disciple d'un gourou suisse.

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Une enquête pénale a été ouverte en mars à l'encontre de Samuel Widmer (photo à gauche).

Une enquête pénale a été ouverte en mars à l'encontre de Samuel Widmer (photo à gauche).

Un rassemblement qui semblait être des plus anodins a complètement dégénéré, le 4 septembre à Handeloh, une commune de Basse-Saxe. Pas moins de 29 médecins, thérapeutes et homéopathes ont été hospitalisés parce qu'ils avaient ingéré la drogue de synthèse 2C-E dans le cadre d'un séminaire sur la médecine douce. Les patients souffraient d'hallucinations, de crampes et de problèmes respiratoires. Deux d'entre eux ont été pris en charge par les secouristes dans un état grave.

Le 2C-E est interdit en Allemagne depuis fin 2014, rappelle «Der Spiegel». Comme l'amphétamine, cette drogue fait partie de la famille des phényléthylamines et provoque des altérations de la perception ainsi que de fortes hallucinations. La police allemande a ouvert une enquête.

Des recherches menées par le «Tages-Anzeiger» montrent que l'homme qui animait le congrès est le disciple du gourou suisse, Samuel Widmer. Le Ministère public soleurois avait ouvert une enquête pénale en mars de cette année à l'encontre de ce psychiatre et fondateur de la communauté des Fleurs de cerisier (voir encadré) à Nennigkofen-Lüsslingen (SO).

Un gourou comparé à Jésus

Samuel Widmer est accusé d'utiliser des substances illégales dans le cadre de ses thérapies depuis plus de trente ans. Le sexagénaire aurait ainsi formé des centaines d'adeptes pour qu'il deviennent des thérapeutes en psychothérapie psycholytique (voir encadré). A leur tour, ceux-ci feraient prendre des drogues à leurs patients.

Le quotidien alémanique affirme dans son édition de mercredi que Samuel Widmer connaît très bien la substance 2C-E. Il la décrit notamment dans son livre «Wer heilt, hat recht» (Celui qui soigne a raison). Dans une lettre, que le «Tages-Anzeiger» a pu se procurer, l'Allemand - ayant administré cette substance aux participants du séminaire - vénère le gourou helvétique. Il le compare même à Jésus.

Deux cas mortels en 2009

Ce n'est pas la première fois qu'un séminaire - animé par le gourou en personne ou alors par un de ses disciples - vire au cauchemar pour les participants. En mars 2009, plusieurs personnes avaient souffert de symptômes d'empoisonnement et avaient commencé à avoir des hallucinations effrayantes à Lüsslingen (SO). En septembre de la même année, un médecin allemand avait administré une douzaine de pilules d'ecstasy à ses clients. Ce n'est que lorsque certains avaient perdu connaissance que le quinquagénaire avait appelé les secours. Deux hommes de 28 et de 59 ans étaient décédés. En décembre 2014, une femme, en voyage à Amsterdam, avait consommé une substance qu'elle avait l'habitude de prendre au cours des séminaires de Samuel Widmer. Un médecin lui avait diagnostiqué une grave attaque cérébrale et deux grosses hémorragies internes.

Voici une photo montrant l'intervention des secours, le 4 septembre dernier au nord de l'Allemagne:

«Psychothérapie psycholytique»

Cette forme de psychothérapie consiste à faire prendre occasionnellement aux patients des substances permettant un approfondissement du travail psychologique, rapportent divers sites internet.

Quelques informations sur la communauté des Fleurs de cerisiers

La communauté des Fleurs de cerisiers a vu le jour en 1996. Sur son site Internet, elle dit compter 90 membres adultes et autant de mineurs. Ces personnes sont installées à Lüsslingen et Nennigkofen, mais aussi à Soleure et dans d'autres lieux de l'Espace Mittelland. L'Université thérapeutique-tantrique-spirituelle chapeaute le groupe.

Samuel Widmer, qui a choisi d'installer son premier cabinet à Lüssingen dans les années 70, a toujours expliqué vouloir expérimenter de nouvelles formes de thérapies. Interrogé par «L'Hebdo», il avait ainsi affirmé que pour lever «les barrières» il fallait notamment passer par le «sexe thérapeutique». «Le médecin noue automatiquement une relation avec son patient, il n'est donc pas naturel de l'abroger au nom d'une morale conservatrice», avait-il précisé. Samuel Widmer a deux femmes et onze enfants.

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