Sepp Blatter: «Michel Platini valait son million»

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FootballUn «accord de gentlemen» entre Blatter et Platini

Jeudi matin, l’ancien président de la FIFA a assuré que l’argent versé au Français consistait en «un salaire qui était dû», après un accord oral entre les deux hommes.

Sepp Blatter et Michel Platini se retrouvent cette semaine au Tribunal pénal fédéral de Bellinzone.

Sepp Blatter et Michel Platini se retrouvent cette semaine au Tribunal pénal fédéral de Bellinzone.

AFP

Quelle légèreté peut-on conserver quand on gagne des millions? Le procès de Michel Platini et de l’ex-président de la FIFA Sepp Blatter pour escroquerie a tourné jeudi au choc des cultures, entre les coulisses informelles du football mondial décrites par les accusés et l’étonnement palpable de la justice suisse.

«Quand M. Blatter m’a demandé d’être son conseiller, il m’a demandé quel salaire je voulais. J’ai été surpris qu’il me pose cette question et je lui ai dit: "Je veux un million"», raconte le triple Ballon d’or, 66 ans, au deuxième jour de son procès devant le Tribunal pénal fédéral de Bellinzone.

«Sepp m’a dit "un million de quoi?". Et moi, pour rigoler, j’ai dit "des pesetas, des lires, des roubles, des marks, c’est toi qui décides". Il m’a dit: "OK, un million de francs suisses"», poursuit l’ex-capitaine des Bleus, ton espiègle en se remémorant avoir «succombé au charisme» du Valaisan pour le porter à la présidence de la FIFA, en 1998.

«Je ne sais pas comment ça fonctionne»

Silencieuse quelques secondes, la présidente Joséphine Contu Albrizio hésite, puis s’assure que l’ancien patron de l’UEFA (2007-2015), qui paraissait destiné à prendre à son tour la tête de la FIFA jusqu’à ce que ses mésaventures judiciaires ne l’en écartent en 2015, a bien compris «les différences de valeur» entre devises.

«Je n’avais jamais été dans une administration comme la FIFA, je ne sais pas comment ça fonctionne (...) J’ai répondu comme ça, un million», balaie l’ex-enfant chéri du football mondial, le premier à combiner à ce degré, jusqu’à sa chute, gloire sportive et responsabilités politiques.

Or la crédibilité de son récit, conforté par celui de Sepp Blatter, est au cœur du procès des deux hommes pour un paiement suspect de 2 millions de francs suisses (1,8 million d’euros) accordé au Français par la FIFA en 2011.

Cinq ans de prison

Pour les accusés, il s’agit du «solde», certes tardif, de la rémunération convenue entre eux pour le travail de conseiller effectué par Platini entre 1998 et 2002, consistant à assister Blatter dans ses déplacements politiques, aider financièrement les fédérations et réformer le calendrier international.

Mais le Parquet y voit un paiement «sans fondement», obtenu en induisant «astucieusement en erreur» les contrôles internes de la FIFA par des affirmations mensongères des deux alliés, soit une escroquerie passible de cinq ans de prison.

L’accusation relève en particulier la contradiction avec l’unique contrat signé entre les deux hommes, en août 1999, prévoyant une rémunération de 300’000 francs suisses par an qui avait été réglée par l’instance de Zurich.

Erreur de calcul?

Mais Blatter comme Platini donnent une autre lecture de ce document, arrangement temporaire face aux finances alors fragiles de la FIFA. Platini «m’a dit: "Ce n’est pas tout" et je lui ai répondu "Le reste viendra plus tard"», a raconté au tribunal le Valaisan de 86 ans.

«J’avais simplement cet homme chez moi et il valait son million», a poursuivi le roi déchu du football mondial, fatigué en fin d’audience mercredi mais très alerte jeudi matin, confirmant un «accord de gentlemen» conclu oralement, sans témoins, et jamais provisionné dans les comptes de la FIFA.

«Je gagne très bien ma vie»

Autre motif de perplexité pour les magistrats, l’erreur de calcul de Michel Platini, qui a fini par réclamer à la FIFA 500’000 francs suisses de solde par an et en a donc oublié 200’000, faute d’avoir vérifié combien il avait déjà touché. «C’est moi, je me suis trompé», reconnaît le Français pendant que des rires traversent la salle d’audience. «Je m’en suis rendu compte quand le procureur m’a montré le contrat de 1999 pendant l’interrogatoire».

La présidente insiste néanmoins: pourquoi n’avoir jamais pris la peine de mentionner le solde restant à régler? «J’avais confiance en la personne. Et vous comprendrez que, dans nos discussions, je ne me sentais pas concerné par l’argent, parce que depuis l’âge de 17 ans, je gagne très bien ma vie».

Version concordante

«J’avais simplement cet homme chez moi et il valait son million», a de son côté assuré un peu plus tôt dans la journée l’ancien président de la FIFA Sepp Blatter, expliquant «ne pas comprendre» pourquoi il comparaît pour escroquerie en Suisse aux côtés de son ancien conseiller.

Michel Platini «m’a dit "Je vaux un million". Je lui ai dit: "Donc tu seras chez moi pour un million"», a ajouté le Valaisan, poussé à la démission en 2015 par un vaste scandale de corruption, puis banni du football après le déclenchement de poursuites pénales dans cette affaire.

Le Parquet accuse Blatter d’avoir validé début 2011 une facture de 2 millions de francs suisses (1,8 million d’euros) présentée à la FIFA par Michel Platini, alors président de l’UEFA, près de neuf ans après la fin de son travail de conseiller entre 1998 et 2002.

«Un salaire qui était dû»

Comme depuis l’ouverture de cette enquête en 2015, Blatter a assuré avoir accepté oralement la rémunération réclamée par le triple Ballon d’or lorsque le Suisse s’est appuyé sur son aura sportive pour prendre la tête de la FIFA, en 1998, avant d’en faire son conseiller. «Lorsque j’ai été élu comme président, nous avions un mauvais bilan. Mais je me suis dit qu’un homme qui a été dans le football pouvait nous aider, la FIFA et moi-même», a-t-il raconté.

«C’est un salaire qui était dû», a martelé le Suisse. «Je ne sais pas pourquoi nous sommes dans une audience pénale, pour une procédure administrative au sein d’une association», s’est-il indigné, la voix étranglée, répétant avoir déjà subi «sept ans de punition, une éternité».

L’audience doit se poursuivre jusqu’au 22 juin, pour une décision attendue le 8 juillet.

(AFP)

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