Actualisé 01.09.2015 à 16:05

Genève

Septante-deux heures de sit-in pour les aînés

Un aide-soignant et les syndicats estiment qu'il manque du personnel dans les EMS. Ils jugent que la qualité de leur prise en charge décroît.

de
Jérôme Faas
Mohammed est aide-soignant depuis 30 ans dans les EMS genevois. Il juge que la qualité de la prise en charge des aînés se dégrade, et protestera trois jours et trois nuits sur la place du Bourg-de-Four.

Mohammed est aide-soignant depuis 30 ans dans les EMS genevois. Il juge que la qualité de la prise en charge des aînés se dégrade, et protestera trois jours et trois nuits sur la place du Bourg-de-Four.

«On aimerait un peu plus de personnel pour pouvoir prendre un peu plus de temps avec les personnes âgées, expose Mohammed, aide-soignant à l'EMS Notre-Dame, aux Pâquis. Promener des résidents hors de l'EMS, c'est bien aussi. Un EMS n'est pas une prison.» L'homme a ainsi décidé d'attirer l'attention du Conseil d'Etat en restant trois jours et trois nuits sur la place du Bourg-de-Four, en chaise roulante, équipé d'une sonde urinaire et nourri par les syndicats.

60 millions de francs réclamés

Leur revendication commune: que l'initiative adoptée par le peuple en 2007, intitulée «Pour une meilleure prise en charge des personnes âgées en EMS», soit enfin appliquée. A l'époque, le Conseil d'Etat calculait que sa mise en œuvre coûterait 60 millions francs et nécessiterait la création d'environ 600 postes de travail. Malgré l'acceptation de ce texte dans les urnes, il n'a pas été suivi d'effets.

«L'aspect relationnel n'existe plus»

Les syndicats (SSP, SIT, Unia et Syna) ont déposé en juin une pétition munie d'un millier de signatures afin d'obtenir gain de cause. Ce mardi, Yves Mugny, du SSP, a estimé que la situation s'aggravait: les EMS accueillent des patients toujours plus malades, les soins à domicile s'étant développés et l'hôpital ayant réduit les durées d'hospitalisation. «La prise en charge en soins se complexifie. Evidemment, les soins vitaux sont dispensés. Ce sont donc tous les soins d'accompagnement qui diminuent.» Ce que Mohammed résume ainsi. «Tout l'aspect social et relationnel n'existe plus.» Craint-il de fâcher son employeur en manifestant de la sorte sur ses jours de congé? «Le risque, il faut le prendre. Et j'ai 63 ans, c'est aussi pour moi-même que j'agis.»

«Respecter la décision du souverain»

Alors que le Conseil d'Etat a annoncé mercredi passé un gel immédiat des embauches pour compenser des comptes qui plongent dans le rouge, est-il réaliste d'imaginer qu'il augmente sa subvention aux EMS ? «Pour nous, il s'agit juste de respecter la décision du souverain, rétorque Yves Mugny. Un silence de huit ans, voilà ce qui est inadmissible.»

"Un employé par lit"

Mauro Poggia, conseiller d'Etat MCG chargé de la Santé, a peu goûté l'action syndicale de ce mardi. "La Cour des comptes a constaté en juin que la qualité des soins en EMS était haute. A part Fribourg, Genève est le 2e canton de Suisse en termes de taux de personnel par patient: 1,02 équivalent temps plein par lit. Enfin, depuis 2007, le virage des soins à domicile a été amorcé. Ils constituent une alternative aux EMS. Avant d'alerter la population et d'envoyer des messages négatifs, les syndicats feraient mieux de se renseigner."

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