Suisse-Maroc: Ses vacances? Deux nuits dans le froid d’un terminal d’aéroport
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Suisse-MarocSes vacances? Deux nuits dans le froid d’un terminal d’aéroport

Un couple suisse a quitté le canton de Vaud mercredi pour des vacances au Maroc. Mais, à cause d’un passeport défectueux, le séjour marocain de l’homme s’est limité à l’aéroport de Marrakech, dans des conditions difficiles.

par
Abdoulaye Penda Ndiaye
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Marrakech, ses riads, ses hammams, ses souks, sa place Jemaa el-Fna… Mercredi, quand ils ont décollé de Genève, Zoran (30 ans) et Sarah (25 ans) se réjouissaient de leurs vacances au Maroc. Mais les choses se sont gâtées dès les formalités à l’aéroport. «Un douanier m’a signalé que les pages 37-38 de mon passeport avaient été arrachées et m’a refusé l’entrée sur le territoire marocain. Je devais être rapatrié mais dans l’immédiat, il n’y avait pas de vol pour la Suisse», raconte le Vaudois, doctorant en management. Ses supplications s’étant heurtées à la placide inflexibilité de la police des frontières du royaume chérifien, Sarah, enceinte de cinq mois, a dû quitter l’aéroport sans son mari. La mort dans l’âme.

«Pourtant, le douanier zélé est allé consulter un collègue qui lui a demandé de laisser passer Zoran. Mais, rien à faire. Il s’est rendu au bureau du chef puis celui-ci a dit que le passeport était invalide. Le chef avait son masque sous le menton et fumait. Je me suis mise à genoux et je pleurais à chaudes larmes à l’idée que mon mec allait rester comme un malfaiteur dans un terminal d’aéroport», ajoute Sarah. Selon la jeune femme, dont c’était le septième voyage à Marrakech, un des douaniers l’avait lourdement draguée lors de son avant dernier séjour. «Ces gens ne voulaient même pas que je rapporte à manger à mon homme. Comme je ne voulais pas quitter l’aéroport, ils ont menacé de me faire partir de force», poursuit cette employée du Chuv.

Zoran se retrouve alors isolé dans un hôtel zéro étoile: le terminal de l’aéroport de Marrakech. Pas de chambre, pas de lit, pas de couverture, pas de douche, pas de papier toilette dans les WC. Les magasins, les restaurants et les échoppes étant fermés, il doit se contenter d’un sandwich peu ragoûtant et d’une salade défraîchie en guise de repas.

Une autre touriste dans la même galère

Dans ce lieu au froid glacial où la crise sanitaire a fait plonger la vie jadis trépidante et fourmillante de cet aéroport dans les annales du passé, le trentenaire fait la rencontre d’une Autrichienne, devenue une compagne d’infortune. «Elle était bloquée là depuis le 15 février et avait bricolé un campement à l’aide de quelques cartons. Je me suis installé à côté d’elle», explique-t-il. Il s’endort vers 1h du matin.

Trois heures plus tard, tenaillé par un froid exacerbé par l’air conditionné de l’aéroport désert, Zoran n’arrive plus à dormir. «J’avais mal à la gorge et j’étais enrhumé», narre-t-il. Pour atténuer la sensation de froid, il se met à faire les cent pas dans le terminal, entre 4h et 8h du matin. Vers 9h, un employé de l’aéroport offre des boissons et un sandwich au Suisse et à l’Autrichienne. «Ma femme a réussi à m’apporter une couverture. Je passe ma journée à regarder le personnel de nettoyage et de sécurité dans ce terminal désert», poursuit Zoran. Jeudi, il y avait deux vols pour la Suisse au départ de Marrakech. Mais le test PCR du Vaudois datait déjà de 72h et le délai était trop court pour en effectuer un autre.

«Vous venez de Suisse. Vous devez être habitué au froid.»

Un policier marocain à Zoran

Le soir, la permanence de l’aéroport oublie de livrer le souper aux deux touristes bloqués à l’aéroport. Le lendemain matin, malgré ses douleurs au dos et sur les côtes à cause de la rigidité de la banquette lui ayant servi de lit de fortune, le calvaire de Zoran prend fin. Il prend un vol pour… Bâle. «Pour pouvoir atterrir à Genève, je devais attendre un jour supplémentaire. La police m’a escorté jusqu’à l’entrée de l’avion avant de me rendre mon passeport. À l’atterrissage, à Bâle, le chef de cabine m’a fait sortir en premier de l’avion car je devais effectuer de nouvelles formalités douanières», poursuit Zoran.

Un coup de cœur indéfectible pour le Maroc

Vendredi en début d’après-midi, le doctorant est enfin arrivé au bout de ses peines: il a pu rallier Morges (VD) en train. «Le soutien de ma femme et les messages sur Instagram m’ont aidé à relativiser», ajoute le trentenaire. Malgré cette mésaventure, Sarah et Zoran sont formels: ils retourneront un jour à Marrakech. «Pour nous, c’est une affaire de coup de cœur. On adore cette ville.»

Heureux qui, comme Zoran, a fait un beau voyage et a pu s’offrir une sorte de remake du «Terminal» suivi par ses milliers de followers sur les réseaux sociaux.


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