Actualisé 11.08.2017 à 19:07

VoileSeul face aux glaces, «un danger permanent»

Près d'un mois après son départ d'Alaska pour rejoindre le Groenland par le passage glacé du Nord-Ouest sur son petit catamaran, Yvan Bourgnon fait le point.

von
Oliver Dufour
Le marin neuchâtelois recharge ses batteries à Taloyoak, tout au nord du continent nord-américain.

Le marin neuchâtelois recharge ses batteries à Taloyoak, tout au nord du continent nord-américain.

Il est usé, secoué, mais toujours aussi optimiste, Yvan Bourgnon. Après 25 jours de navigation dans son Défi Bimédia, dans lequel il espère devenir le premier homme à passer à travers les glaces du nord à la voile en solitaire, le Chaux-de-Fonnier de 46 ans marque une pause au mouillage à proximité de Taloyoak, village canadien d'environ 800 âmes (le plus septentrional du continent nord-américain), sur «Ma Louloute», son petit multicoque sans habitacle. «Comme je suis en quête d'un record du monde, je n'ai pas le droit de mettre pied à terre pour visiter, mais j'ai pu parler avec quelques personnes sur des bateaux autour de moi», raconte le marin solitaire, qui affirme n'avoir pu dormir qu'une dizaine d'heures au cours de sa dernière semaine de navigation. «C'est bien insuffisant. Mais je profite d'être ici pour me reposer et faire des réparations.»

«J'ai failli perdre deux doigts»

Des mésaventures, Yvan Bourgnon en a quand même vécu quelques-unes en presque un mois d'expédition. «J'ai mes deux pilotes automatiques qui sont tombés en panne. Je savais que le second ne me serait d'aucune utilité à un certain point, car déréglé par le pôle magnétique, mais je ne m'attendais pas à ce que le premier casse à cet instant non plus! J'ai du faire sans pendant une semaine.» Idem pour son réchaud, au moment où les températures ont vertigineusement chuté au cours de la semaine dernière, gelant ses réserves d'eau potable et l'empêchant ainsi de boire. «Mais je suis toujours là et confiant», rigole celui qui a connu une première partie de voyage plus mouvementée que prévu. «Je suis tombé à l'eau un jour au mouillage, mais j'ai pu me réchauffer dans mon sac de couchage. J'ai failli perdre deux doigts, en bricolant durant une heure et demie sur mon gouvernail dans de l'eau glacée. C'était trop long. J'ai eu deux phalanges blanches et insensibles durant une dizaine de jours. J'ai réussi à les retrouver à force de les réchauffer et de les masser, mais j'ai bien cru que je n'allais pas les récupérer!»

La météo, elle aussi, ne lui a laissé que peu de répit. Une dizaine de jours ensoleillés sur l'ensemble du trajet parcouru. «J'ai vraiment bien profité de ces moments-là. Des décors magnifiques, comme le passage du détroit de Simpson à travers des centaines d'îles. Ou la faune sauvage avec des baleines, des narvals, des bélugas, des phoques et même un ours polaire. Mais c'est vrai que sinon ça a été dur. Beaucoup de pluie pour commencer, nuit et jour, ce qui est moralement difficile à encaisser. De l'humidité permanente. Des vents forts et incertains, qui augmentent le froid avec la vitesse du bateau. Je me suis fait quelques frayeurs, notamment en passant par une bande d'eau de 100m de large avec la terre d'un côté et la glace de l'autre. A la voile, sans moteur, donc, c'était chaud à gérer. Cette aventure est plus courte que ma précédente, où je faisais le tour du monde, mais la prise de risques est bien plus forte. En mer, lorsqu'il y a la tempête, on peut baisser les voiles et attendre que ça passe. Si on fait ça ici, en deux heures on ira se crasher et on risque de mettre un terme à l'histoire. On n'a pas le droit à l'erreur, on ne peut ni dormir ni se nourrir dans ces conditions.»

«Quand je serai enfin sorti de ce merdier...»

Même les fois où Bourgnon s'est mis au mouillage en espérant s'abriter quelque peu pour prendre un peu de repos, il s'est régulièrement retrouvé en situation compliquée. «Il y avait toujours des vents forts, je n'arrivais pas à me mettre à l'abri. J'avais de grosses vagues qui me secouaient et mon ancre dérapait. J'ai failli être emporté vers les rochers. Je suis dans un état de stress et un danger permanents, pas plus rassuré au mouillage qu'en navigation, alors que ça devrait être le cas.»

Nouveau défi à la voile fou d'Yvan Bourgnon

Le marin neuchâtelois s’attaquera dès mercredi au passage du Nord-Ouest avec son petit catamaran sans habitacle, pour relier l’Alaska au Groenland à travers les glaces.

Désormais au calme durant quelques jours, le marin neuchâtelois a de quoi se montrer satisfait. «Malgré tout ça j'ai bien respecté mon timing jusqu'ici. Mon bateau va très bien, aussi. Et la bonne nouvelle, c'est que les glaces commencent à s'ouvrir devant moi et que je suis à peu près sûr de pouvoir passer. Mon départ se fera entre le 12 et le 15 août. Et j'ai bon espoir d'avoir réparé mes pilotes d'ici-là.» Lorsqu'on lui demande à quoi il s'attend dans la seconde moitié de sa folle aventure, Yvan Bourgnon répond du tac au tac: «Au pire! Je serai dans la région la plus froide, avec les vents les plus incertains et très changeants, à devoir me frayer un chemin à travers des passages très étroits, avec peu d'endroits propices au mouillage. Quand je serai sorti de ce merdier pour atteindre la mer de Baffin, ça devrait aller mieux!»

Il faudra qui plus est espérer ne pas trop perdre de temps sur cette sortie des glaces. Sous peine d'arriver de l'autre côté pour le début de la période des tempêtes au large du Groenland. Avec toutes ces contraintes, pas étonnant qu'un seul voilier – appareillé par un équipage – ait à ce jour franchi le passage du Nord-Ouest sans l'aide d'un moteur. Mais Yvan Bourgnon est bien décidé à prouver que c'est aussi possible d'y parvenir seul.

Nouveau défi à la voile fou d'Yvan Bourgnon

Le marin neuchâtelois s’attaquera dès mercredi au passage du Nord-Ouest avec son petit catamaran sans habitacle, pour relier l’Alaska au Groenland à travers les glaces.

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