Europa League: Séville, le triomphe de la maîtrise

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Europa LeagueSéville, le triomphe de la maîtrise

Les Andalous, même dominés et bousculés, ne tremblent jamais. Ils l'ont confirmé ce mercredi face à Liverpool.

par
Tim Guillemin
Bâle
Coke, le capitaine du FC Séville, a réalisé un doublé mercredi soir à Saint-Jacques.

Coke, le capitaine du FC Séville, a réalisé un doublé mercredi soir à Saint-Jacques.

photo: Kein Anbieter

Le Liverpool FC et l'aura qu'il possède dans le monde du football ont complètement éclipsé le vrai favori de cette finale d'Europa League, le FC Séville. En dehors des Espagnols eux-mêmes, l'Europe entière avait le regard tourné vers ces fameux «Reds», que tout le monde contemple avec les yeux de l'amour sans forcément voir au delà du mythe. Car Liverpool, en 2016, est une équipe moyenne en Europe, capable de tous les exploits à la maison, mais terriblement friable hors de ses bases.

Séville, de son côté, cultive la discrétion à l'échelon européen, étant tout le temps là à l'arrivée, mais rarement dans les pronostics de départ lorsqu'il s'agit de lister les favoris à la victoire finale. Les Andalous ne font rien pour changer cet état de fait et leur (relatif) manque de popularité, qui leur convient bien. Ils ne sont pas une puissance de premier plan et ils le savent pertinemment. Chez eux, dans leur championnat, ils sont systématiquement devancés par les intouchables que sont le Real Madrid, le FC Barcelone et l'Atletico Madrid. Et en Europe, la Champions League est un monde (pour l'instant?) un tout petit peu trop grand, malgré un parcours honorable cette saison (victoires face à la Juventus et au Borussia Mönchengladbach).

Alors, les Sévillans font ce qu'ils savent faire de mieux: remporter la «petite» Coupe d'Europe et jouer les coupes nationales à fond. Dans quelques jours, d'ailleurs, les Sévillans défieront le Barça en finale de la Coupe du Roi. Ils ne partiront pas favoris, c'est certain, mais cette fois, ce sera légitime, pas comme ce mercredi face à un Liverpool FC qui est un grand club, sans grande équipe. Le Barça, lui, combine les deux.

Car si Liverpool a gagné la bataille des cœurs et de la popularité en tribunes ce mercredi (quel public, quand même!), le FC Séville n'a guère laissé de place au doute dans un Parc Saint-Jacques aux trois quarts acquis à son adversaire. Dominés en première période, les Andalous n'ont jamais paniqué, même lorsque Liverpool a poussé très fort. C'est vrai, les Anglais auraient pu bénéficier d'un penalty, voire de deux, en première période. Ils auraient pu, les joueurs de Jürgen Klopp, mener de plusieurs longueurs à la pause. Comme le FC Bâle en 8es de finales de cette même compétition, déjà à Saint-Jacques, l'adversaire du FC Séville laisse passer sa chance, avant de se faire violenter une fois l'orage passé. Cela s'appelle le triomphe de la maîtrise et cela ne peut pas être du hasard. Pas trois fois de suite, puisque Séville vient de remporter sa troisième Europa League consécutive, sans jamais être favori au départ.

Cette série victorieuse tient à beaucoup de paramètres, dont celui de former un bloc cohérent, sans individualités pour le tirer en avant peut-être, mais aussi sans ego mal placé. La stabilité de cette équipe ne tient pas forcément à ses joueurs, qui vont et qui viennent, mais bien à celle de son staff technique emmené par un entraîneur ultra-compétent, Unai Emery, et par un directeur sportif, Monchi, qui n'a pas son pareil pour dénicher et valoriser de jeunes joueurs.

Séville étant un club vendeur, si l'on ose dire, il est difficile de construire sur le long terme. Dès que Daniel Alves, Ivan Rakitic et Jesus Navas, pour ne citer qu'eux, ont été prêts à partir, ils l'ont fait du jour au lendemain. Alors, pour jouer les premiers rôles en Espagne, c'est trop court, on l'a dit. Mais pour voyager en Europe, aller chercher un résultat à l'aller et s'imposer tranquillement au retour, ou en deuxième mi-temps, ces valeurs-là sont indispensables. Séville est solide et fiable, voilà, et on sait toujours à quoi s'attendre avec cette équipe: même lorsqu'elle joue la Champions League, elle finit par gagner l'Europa League.

Liverpool - FC Séville 1-3 (1-0)

Bâle, 35 000 spectateurs (guichets fermés).

Arbitre: Eriksson (SWE).

Buts: 35e Sturridge 1-0. 46e Gameiro 1-1. 64e Coke 1-2. 70e Coke 1-3.

Liverpool: Mignolet; Clyne, Lovren, Touré (82e Benteke), Moreno; Milner, Can; Lallana (73e Allen), Firmino (69e Origi), Coutinho; Sturridge.

FC Séville: Soria; Mariano, Rami (78e Kolodziejczak), Carriço, Escudero; N'Zonzi, Krychowiak; Coke, Banega (93e Cristoforo), Vitolo; Gameiro (89e Iborra).

Notes: Liverpool sans Sakho (suspendu) ni Gomez (blessé), Séville sans Reyes, Krohn-Dehli, Andreolli ni Trémoulinas (blessés). 38e but de Lovren annulé pour hors-jeu. Avertissements: 30e Lovren. 56e Vitolo. 57e Banega. 72e Origi. 77e Rami. 83e Mariano. 94e Clyne.

Les Sévillans ont crié leur joie

"Je suis fier d'être Sevillista!" Monchi, le directeur sportif du FC Séville et grand artisan des succès du club, a hurlé son bonheur sur la pelouse du Parc Saint-Jacques. Monchi, sans doute un des plus fins connaisseurs d'un mercato qu'il maîtrise comme personne, était submergé par l'émotion, après la victoire de son équipe 3-1 contre Liverpool en finale de l'Europa League. "Les mots me manquent... Ce fut tellement difficile, mais le public nous a énormément aidés. C'est un immense accomplissement."

"Nous nous sommes battus pour nous, le club, les fans, les blessés", a expliqué le capitaine Coke, auteur d'un doublé. "Nous avons tout donné et nous l'avons fait. Au plus fort de la difficulté, quand tout semblait plié, nous avons montré notre courage."

Et Séville, mené au score, a retourné la crêpe. "Nous n'avons pas paniqué, s'est réjoui le buteur du 1-1 Kevin Gameiro. Le coach nous a dit de rester calmes et d'attendre notre moment. Marquer rapidement nous a aidés. C'est beau."

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